Sandra Johnson  : « les conditions sont plus que réunies » pour attirer les investisseurs au Togo

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(Crédits : DR.)
Ministre déléguée et conseillère du chef de l'Etat togolais, Faure Gnassingbé, en charge de la cellule climat des affaires, Sandra Ablamba Johnson est la coordinatrice du Forum Economique 2019 qui vient de clore ses travaux ce vendredi. Dans cette interview, elle revient sur les attentes du Forum ainsi que sur la question du climat des affaires et des investissements. Pour la responsable togolaise, les conditions sont plus que réunies au Togo pour attirer les investisseurs.

La Tribune Afrique : Quels étaient les objectifs du Forum Economique Togo-UE pour le gouvernement ?

Sandra Johnson : J'ai l'habitude de dire que le premier Forum Togo-UE est l'une des rencontres les plus importantes dans l'histoire économique du Togo ; en ce sens qu'elle a vu la participation d'éminentes personnalités. D'ailleurs vous l'avez vu durant ces deux jours, notamment Aliko Dangote, Lionel Zinsou, etc. qui ont eu à débattre sur des sujets importants qui s'alignent avec le Plan national de développement (PND).

LTA : la deuxième journée a été consacrée essentiellement aux investissements. Pensez-vous aujourd'hui que toutes les conditions sont réunies au Togo qui sort d'une période politique compliquée, pour attirer les investisseurs ?

SJ : Elles sont plus que réunies. Aujourd'hui, il y a une forte complicité entre le secteur privé et l'Etat. Ce qui n'était pas possible il y a quelques années. Lors des différents panels, on a pu voir les interventions et comprendre qu'il y a quand même une certaine confiance qui commence par être renforcée entre les deux parties. Ce qui suppose que même le public togolais pourra aller chercher les ressources pour mettre en œuvre le PND. Voyez-vous, on a lancé un appel à projets sur deux semaines et on s'attendait à avoir 150 ou 200 projets et pouvoir cibler les 100 projets bancables. On a été surpris de recevoir 400 projets tous en lien avec les axes du PND. Et le montant global des 135 projets qui ont été identifiés tourne autour de 1,7 milliard d'euros. Ce qui veut dire que l'engouement au niveau national est là. Nous avons ces jeunes entrepreneurs qui aujourd'hui sont venus rencontrer des investisseurs durant ce Forum. Il y a pratiquement 300 « BtoB » prévus depuis le premier jour et l'idée est qu'à la fin, on puisse avoir quand même quelques petits contrats. Soit aujourd'hui, soit après le Forum. Ces rencontres BtoB programmées traduisent le souhait et la volonté d'accompagner les projets identifiés. En plus des différentes rencontres que vous avez vues avec les autorités. L'idée c'est qu'il y ait une confiance au niveau national et même à l'international.

LTA : Le chef de l'Etat togolais a partagé son ambition de mettre un accent sur la formation dans les métiers des finances. Qu'en est-il ?

SJ : Dans les axes stratégiques du PND, il y a un volet qui est consacré à cela. Ceci, parce que nous avons dans le pilier 1, l'idée de faire du Togo, un centre d'affaires de premier ordre. Cela suppose qu'il faut renforcer les capacités des structures existantes et également aller chercher d'autres partenaires dont le niveau de formation est très élevé pour y arriver. Et dans le plan d'action, il est prévu effectivement la construction de centres de formation et le renforcement du centre de formation bancaire qu'on a déjà au Togo qui n'est pas mal et qui reçoit la plupart des banquiers de la sous-région.

LTA : La représentante de la Société financière internationale, dans ses recommandations, a insisté sur la numérisation de l'économie pour améliorer le climat des affaires. Qu'est-ce qui est fait par le gouvernement togolais à ce niveau ?

SJ : Il s'agit là de mon prochain chantier même si un travail est déjà fait depuis décembre 2018. Depuis lors, il est possible de payer ses taxes et impôts en ligne. Nous avons également lancé en février-mars dernier le e-Justice. Avec cette plateforme, aussi bien les magistrats que les avocats sont censés gérer leurs dossiers en ligne. Je sais que les avocats ne sont pas très à l'aise avec cette réforme, mais je pense que toute réforme est difficile. C'est un processus de non-retour qui est lancé. Tout le monde va devoir rentrer là-dedans. Et le chef de l'Etat a bien instruit à ce qu'on puisse élargir cette réforme de digitalisation à toutes les administrations. Aujourd'hui, le permis de construire se fait également en ligne. Le CFE vient de lancer son processus de création d'entreprise en ligne. Donc comme je le disais, c'est un chantier majeur qui va permettre aux investisseurs aussi bien locaux qu'étrangers de rentrer directement en contact avec l'administration sans forcément faire le déplacement pour pouvoir soumettre leurs dossiers.

LTA : Pour ce qui est de l'engouement des investisseurs étrangers quel est aujourd'hui le message à délivrer ?

SJ : Le Togo est ouvert et veut faire des investisseurs étrangers son premier partenaire. C'est comme un couple qui se parle et qui s'écoute. Quand l'investisseur arrive, on a le devoir de l'écouter, le comprendre et s'entendre sur ce qu'on pourra faire ensemble. Et depuis pratiquement un an, c'est ce travail qui a été fait. Si vous voyez l'engouement là autour du Forum, c'est parce que il y a certains d'entre ces partenaires qui sont déjà arrivés et qui ont commencé à investir et qui ont senti qu'il y a une attention particulière vis-à-vis de leurs activités. Jeudi dernier par exemple, il y a eu la pose de la première pierre de la centrale « Kékéli » financé essentiellement par Siemens, une entreprise européenne.

LTA : Parlant justement des accords de financement, le Président a dit lors de la cérémonie d'ouverture que ce Forum est l'occasion de traduire les opportunités en contrats et accords. Y a-t-il aujourd'hui des contrats ou accords en vue ?

SJ : Oui, il a parlé de contrats et d'accords en ce sens que lors de ce Forum il s'est agi de vendre le Togo, de permettre à ceux qui sont là de connaître les opportunités d'investissement qui sont là. On a eu plusieurs réunions. Il s'agira de s'asseoir après avec les techniciens alors que d'autres partenaires vont également venir. Le travail sera coordonné avec les différents ministères afin de voir les prochaines étapes.

LTA : Dominique Strauss-Kahn keynote speaker à ce Forum, a émis l'idée que plusieurs pays de la sous-région avec le Togo en tête, pourraient se concerter pour aller voir l'Union européenne afin de parler des garanties bancaires et faire en sorte que l'argent soit disponible. C'est une idée qui vous paraît réaliste ?

SJ : Oui. D'ailleurs, on y réfléchissait avant que le Forum n'ait lieu. C'est pour cela d'ailleurs que le chef de l'Etat a accordé une audience spéciale au vice-président de la Commission en charge de l'investissement pour échanger là-dessus. On est donc entrain d'étudier cette possibilité de voir dans quelle mesure nous pourrons effectivement nous approcher de l'Union européenne en termes d'appui puis les différents financements pour pouvoir accompagner la mise en œuvre de certains projets.

LTA : Qu'est-ce que l'Europe pourrait faire concrètement ?

SJ : L'Union européenne a lancé par exemple il y a quelques années un fonds d'investissement dont le montant est très élevé. Ce serait bien de pouvoir en profiter. Il va falloir que le secteur privé, les entreprises qui veulent rentrer en partenariat avec le gouvernement, puissent en bénéficier. Je sais que déjà le projet CIZO en profite. On devait même signer un accord normalement lors de ce Forum. Le financement passera par la Banque africaine de développement (BAD). Mais compte tenu des Assemblées annuelles de l'institution qui ont lieu cette même semaine, le président de la BAD ne pouvait pas être présent au Forum. Cela veut dire que la coopération avec l'Union européenne est à un bon niveau et on doit en bénéficier.

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