Et si la démission du président Khama au Botswana inspirait ses pairs africains ?

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Seretse Khama Ian Khama et l'ex-président sud-africain Jacob Zuma, lors d'une conférence de presse conjointe, le 5 octobre 2010 à Pretoria.
Seretse Khama Ian Khama et l'ex-président sud-africain Jacob Zuma, lors d'une conférence de presse conjointe, le 5 octobre 2010 à Pretoria. (Crédits : Reuters)
Plus rien ne lui fera changer d’avis, pas même les manifestations spontanées un peu partout dans le pays pour le convaincre de revenir sur sa décision, ni même les quelques mois qui le séparent de la fin officielle de son mandat. A huit mois d’une présidentielle qui devait désigner son successeur, Seretse Ian Khama a décidé de démissionner de son plein gré pour laisser la place à son vice-président. Une transition politique qui détonne dans un Continent où des mammouths présidentiels trustent les records de longévité au pouvoir pendant que leurs «cadets» sont tentés par un troisième mandat… au mépris des règles !

Symbole de sa popularité, Serestse Ian Khama s'est même offert une tournée d'adieux dans les 57 circonscriptions que compte ce discret pays enclavé d'Afrique australe. A l'étape de Serowe, dans l'est du pays, d'où son père est originaire -lui est né au Royaume-Uni, les Bamangwatos, ethnie dont il est le chef, se sont pressés pour lui faire des offrandes et surtout le supplier de rester, au moins jusqu'au terme de son mandat.

La situation ne diffère pas vraiment dans les autres villes, où des regroupements se sont formés pour convaincre le président de revenir sur sa décision. Rien n'y fait, Ian Khama a décidé d'abréger son bail à la State House de Gaborone, plus tôt que prévu. A dix huit mois de la fin de son second mandat, il veut laisser la place à son vice-président et se retirer complètement de la vie publique.

Popularité en hausse, bilan en demi-teinte

«J'étais un soldat, je n'avais aucun intérêt à entrer en politique et j'ai plein de projets pour l'avenir, très loin de la vie politique», répond-t-il à ses affidés, venus l'acclamer à Serowe. Ce samedi 31 mars, Ian Khama quittera définitivement le palais présidentiel après avoir signé tous les documents pour la passation de pouvoir à Mokgweetsi Masisi, son vice-président qui sera investi dès le lendemain.

Certains pointent la gestion autoritaire et spartiate d'un ex-soldat formé à Sandhurst (Royaume-Uni), fils de Seretse Khama, le père de l'indépendance et premier président du pays, et d'une mère britannique. D'autres le jeu de chaises musicales au sein du Parti démocratique du Botswana (BDP), présenté sous les atours d'une transition pacifique. Ian Khama n'a en effet pas eu à chercher loin pour trouver l'inspiration de laisser son fauteuil à un autre.

En avril 2008, cet ancien vice-président et ministre des Affaires présidentielles est arrivé au pouvoir dans les mêmes circonstances, après la démission de Festus Mogae, son prédécesseur qui lui a passé le témoin au sein du même parti. Khama sera élu en 2009 puis réélu en 2014 pour deux mandats, la limite fixée par la Constitution du pays - successivement ou de façon alternée.

Ian Khama, l'exemple à suivre pour certains de ses pairs ?

Son départ laisse un bilan en demi-teinte. Un ralentissement économique et une hausse du chômage dans cette République diamantifère marquent son départ. Néanmoins, le pays d'Afrique australe truste les classements internationaux pour l'environnement des affaires et surtout pour la lutte contre la corruption. Ian Khama a placé son pays en vitrine de l'alternance démocratique et n'a pas hésité à inviter Robert Mugabe, Jacob Zuma et Joseph Kabila à quitter le pouvoir.

A l'analyse, il faut remonter loin dans les archives politiques africaines pour voir un président africain qui démissionne en cours de mandat. A de rares exceptions près, beaucoup de locataires de palais présidentiels du Continent sont bottés hors du palais, soit par le canon de putschistes sur la tempe, soit par un poker politique dans les couloirs des partis-Etat (Zuma, Mugabe) ou encore sous pression externe (Jammeh). Récemment, d'autres ont été poussés à la sortie après l'éclatement d'un scandale ( Gurib-Fakim).

Pour parer ce triste destin, certains comme José Edouardo Dos Santos se sont parés d'un parapluie anti-poursuites après avoir organisé leur succession. D'autres ont choisi le chemin inverse en se jouant des règles de droit pour s'offrir un troisième bail ou même plus : Kagamé, Nkurunziza. Pour certains de leurs homologues, les indices, fantasmés ou réels, sèment le doute sur la tentation d'un troisième mandat ou vers la présidence à vie: Idriss Deby, Condé, Al-Sissi, Gnassingbé, Ouattara, Ould Abdelaziz, Joseph Kabila... L'exemple est plus patent pour les «vieux pères» qui occupent le haut du classement dans le palmarès des records de longévité au pouvoir. Il faut espérer que la renonciation d'Ian Khama puisse les inspirer.

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