Les putschistes les plus emblématiques (2/2)

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(Crédits : LTA)
Au Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa a contraint à la retraite l’indéboulonnable Robert Mugabe, le désormais ex-doyen des chefs d’Etat du monde après un feuilleton politique qui a tenu toute l’Afrique en haleine. Le « Crocodile » préfère parler de «transition assistée» mais les ressorts qui l’ont propulsé sur le fauteuil du Palais National d’Harare ont tout d’un coup d’Etat. La Tribune Afrique retrace en 10 mini-portraits, le destin de certains hommes qui se sont emparés du pouvoir, loin des urnes, par la force ou... la ruse. Voici quelques-uns des putschistes les plus emblématiques. Les noms et les histoires risquent de surprendre.

Après l'arrivée au pouvoir d'Emmerson Mnangagwa qui tient d'un coup d'Etat déguisé sous les oripeaux d'une "transition assistée", La Tribune Afrique dressait une première partie (à lire ici) d'hommes arrivés au pouvoir, loin des urnes, par les armes ou... la ruse. Voici la seconde partie de cette série de dix mini-portraits dans laquelle, il n'y a pas que des hommes en uniforme :

Gilbert Diendéré, le coup d'Etat le plus bref au monde

En tout et pour tout, Gilbert Diendéré n'aura été « Président du Faso » que pendant sept jours. En septembre 2015, en pleine transition dans un Burkina qui vient à peine de se débarrasser du règne presque trentenaire de Blaise Compaoré, le pays retient son souffle. A la mi-septembre de cette année-là, Michel Kafando, le président de la transition et ses ministres sont au Palais de Kosyam. Comme chaque vendredi, ils ouvrent la traditionnelle réunion du Conseil des ministres lorsque débarquent dans la salle, des hommes en uniforme du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), la garde prétorienne de l'ancien président.

Les soldats neutralisent le président et plusieurs de ses ministres et viennent de réaliser un coup d'Etat annoncé à la télévision. Le cerveau de cette opération ? Le lieutenant Gilbert Diendéré, bras-droit de Blaise Compaoré et tête de pont du commando qui a mené l'assaut fatal en 1987 contre Thomas Sankara, dirige les RSP depuis 1995 et dispose de 1200 hommes sous son commandement. Pendant les jours qui suivent, où l'on se perd entre négociations de la Cedeao et de l'ONU et annonce de retour de Compaoré, le peuple brave le couvre-feu et réclame le retour de Michel Kafando.

Au bout d'une semaine de pressions tant de la rue que de soldats loyalistes, le général Diendéré met fin à ce que les manifestants qualifie de « coup d'Etat le plus bête au monde », après avoir été président de fait du pays pendant 7 jours. Michel Kafando reprend sa place, dissout le RSP au prochain conseil des ministres et envoie le général-putschiste en prison où il doit répondre d'une dizaine de chefs d'inculpation aussi bien sur l'assassinat de Thomas Sankara que sur sa forfaiture de « chef d'Etat ».

Yormie Johnson, le « Prince » de guerre

C'est l'un des vingt candidats de la présidentielle 2017. Mais il y a deux décennies, le sénateur de la province de Nimba était un intrépide seigneur de la guerre civile libérienne. Prince Yormie Johnson veut faire oublier sa réputation sulfureuse en prêchant avoir embrassé une carrière de pasteur lors de son exil au Nigeria. Ce faiseur de roi qui a contribué à la réélection d'Ellen Johson Sirleaf, est loin d'être un enfant de chœur.

Sa carrière dans l'armée commence lorsque des membres de la garde nationale libérienne sont versés dans l'armée du président Samuel Doe, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat. Officier formé aux Etats-Unis, il devient l'aide de camp du chef d'état-major de l'armée avant d'être contraint à l'exil lorsque celui-ci est accusé de complot visant à renverser le président. Dans les années 1990, il choisit alors le maquis et s'allie au sanguinaire Charles Taylor, à la tête d'une rébellion qui veut prendre le pouvoir. Les deux hommes se brouillent après une lutte acharnée pour le contrôle du mouvement.

Charles Taylor le devance et prend le contrôle de la moitié du pays. Sentant la situation lui échapper, Prince Johnson se rend à Monrovia pour faire une proposition de rapprochement avec le président Samuel Doe. C'est en réalité un piège fatal au premier président autochtone du Liberia. Lorsque Samuel Doe se rend au siège de l'Ecomog, il est capturé par les forces de Prince Johnson. Il est lentement torturé, ses doigts et ses oreilles coupés avant d'être assassiné devant le seigneur de guerre qui se délecte devant une bière dans une scène filmée. Le nouveau putschiste revendique le pouvoir mais est forcé de fuir au Nigeria sous la pression des hommes de Taylor. Tous les deux hommes sont évincés au profit d'Amos Sawyer lors d'un accord.

Teodoro Obiang Nguema, un putsch contre son oncle

C'est le coup d'Etat qui aura assurément le plus réussi en Afrique. Depuis le coup d'Etat qui l'a porté au pouvoir il y a plus de 38 ans, Teodoro Obiang Nguema dirige la Guinée-Equatoriale. Mais pour se hisser au sommet de ce pouvoir, « la panthère aux aguets » a dû sauter sur une proie dans son cercle familial. D'abord chef de la plus grande prison d'un pays post-indépendance, le lieutenant Teodoro Obiang Nguema, formé en Espagne accède au grade de colonel dans l'armée pour les régions militaire de Santa Isabel, capitale devenue Malabo. Un poste d'observation pour devenir ministre de la Défense de Francisco Macías Nguema, son oncle, père de l'indépendance, qui installe une dictature.

Le régime de Macías Nguema est de plus en plus décrié pour ses méthodes franquistes violentes. Les complots et les tentatives de le renverser le poussent à se radicaliser. La convoitise que suscite son pouvoir va entraîner la promotion d'un népotisme pour les postes les plus stratégiques du pouvoir. En onze ans de règne, Macias Nguema espère son pouvoir consolidé par sa proclamation de « président à vie ». Il ne voit pas venir le coup.

Une nuit d'août 1979, son neveu Teodoro Obiang Nguema encercle le palais présidentiel et s'empare du pouvoir. Macias Nguema réussit à s'enfuir, brûle les réserves de devises du pays et se réfugie dans un bunker d'où il ressortira pour se rendre dans son village natal. Il est capturé aux alentours puis traduit devant la cour martiale pour « génocide ». Son procès qui s'ouvre le 29 septembre se conclut par une condamnation à mort. Il doit être être fusillé le même jour mais les soldats équato-guinéens refusent craignant d'être poursuivis par une malédiction mystique du président qui appartenait à une grande famille de sorciers traditionnels. Ce sont des officiers marocains qui se chargeront d'appliquer la sentence de mort.

Andry Rajoelina, l'ascension d'un disc-jockey puis maire putchiste

Le cas d'Andry Rajoelina est le symbole d'une ascension politique expresse sur les mâts du pouvoir. Dans le milieu des années 1990, ce fils de colonel était encore un disc-jockey qui anime des soirées pour la petite bourgeoisie malgache. En 2009, il se hissera sur le fauteuil du Palais d'Ambohitsorohitra, le palais présidentiel. Entrepreneur de talent, Andry Rajoelina se lance avec succès dans l'événementiel et l'affichage publicitaire avant de se lancer à la conquête du pouvoir. Candidat indépendant aux élections locales de 2007, il est élu maire de la commune endettée d'Antananarivo.

La facilité avec laquelle il réussit son entrée en politique tisonne ses ambitions. Au lendemain de son élection, la rencontre d'Andry Rajoelina avec le président de la République Marc Ravolomana est éclectique. Il en sort en imputant la responsabilité des désagréments de sa mairie à une stratégie de déstabilisation politique pilotée par le palais. Avec son positionnement atypique, le nouveau maire prend peu à peu la place d'opposant numéro 1. A couteaux tirés avec le pouvoir, il prétexte de l'ordre de fermeture de sa télévision privée pour tirer profit d'un vaste mouvement de protestation sur la place du 13 mai.

Le bras de fer qui dure près deux ans se solde par une proclamation publique de Rajoelina comme chargé des affaires du pays devant un président retranché dans son palais assiégé par les manifestants qui meurent sous les balles. Au bout d'un mois de siège, Andry Rajoelina sort de l'ambassade de France où il s'était brièvement réfugié pour sa sécurité et se proclame président de la Haute Autorité de la transition en prêtant serment dans un stade archi-comble. Il sera  président pendant 4 ans en se jouant du droit international et des subtilités des accords de partage du pouvoir. Il cédera son fauteuil à l'actuel président malgache, un de ses proches, après avoir renoncé à se représenter.

Moussa Dadis Camara, un « Père Noël » en béret rouge

Toutes ses tentatives de faire son « come-back » au pays se heurtent au lobbying intense du pouvoir pour le bloquer au Burkina où il est exilé depuis sa destitution forcée. Une preuve que ce capitaine formé à Conakry, au Maroc et en Allemagne, conserve encore tous les leviers d'une capacité de nuisance notamment en Guinée forestière d'où il est issu. Moussa Dadis Camara, c'est aussi l'histoire d'un  militaire qui a su attendre son heure, dans la discrétion.

C'est à l'intendance chargée du ravitaillement en carburant des armées qu'il cultive ses réseaux. Ami du général-président Lansana Conté, la santé déclinante par ses 24 ans au pouvoir, il hésite à le renverser. Le 22 décembre 2008, alors que le gouvernement hésitait à rendre publique la mort du président afin de constater la vacance du pouvoir et entériner l'intérim, Moussa Dadis Camara sent son heure venir. Les Guinéens découvrent à la télévision, ce capitaine lire une déclaration de guerre contre la drogue et la dilapidation des ressources de ce pays ouest-africain au sous-sol riche. A la tête d'une junte dont il n'est ni le plus gradé ni le plus âgé mais bien le plus audacieux, il est porté au pouvoir le 24 décembre.

Les « Dadis Show », séances de délations publiques des fonctionnaires peu scrupuleux et des trafiquants de drogue sont retransmises en direct et contribuent à sa notoriété. Mais la présidence du capitaine, qui a promis de rendre le pouvoir au civil un an plus tard, est entachée par le sang. En violation de sa promesse Moussa Dadis Camara décide de se porter candidat à la présidentielle de 2008. Le peuple mené par une coalition d'opposition proteste. Le massacre des manifestants du 28 septembre par la garde prétorienne, les Bérets Rouges sous le commandement de Toumba Diakité, fait 157 morts et des centaines de femmes et filles violées.

A la tête de la junte, c'est la confusion pour situer les responsabilités. Moussa Dadis décide de se rendre au camp de Koundara, base des Bérets rouges. Son aide de camp tire à bout portant sur le président et le blesse mortellement à la tête. Moussa Dadis Camara est évacué au Maroc pour y être soigné. En son absence, le général Sékouba Konaté le remplace lors d'une transition décidé au Burkina. A sa remise sur pied, Moussa Dadis Camara est exilé à Ouagadougou où il s'est converti au christianisme pour se marier. Le pouvoir est ensuite transmis à Alpha Condé qui remporte la présidentielle.

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