CEDEAO : pourquoi mettre en place des mécanismes d’ajustement au sein de la future zone monétaire

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Lamine Bâ est analyste ALM à la Société Générale Luxembourg.
Lamine Bâ est analyste ALM à la Société Générale Luxembourg. (Crédits : DR.)
Dans le débat actuel sur le projet de la monnaie unique de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), beaucoup misent sur le respect des critères de convergence pour optimiser la mise en place de la future zone monétaire ouest-africaine. Les critères de convergence ne servent qu'à uniformiser « les préférences sur les indicateurs économiques » et ne garantissent en aucun cas une convergence en termes réels, c'est-à-dire des performances similaires en termes de croissance économique ou de chômage.

Dans une union monétaire, « l'ennemi numéro un » de la stabilité est le choc asymétrique. Il se définit comme une perturbation sur l'offre ou la demande d'un type de biens, et ne touche qu'une partie, voire un seul pays d'une zone monétaire. Par exemple, un choc de demande négatif sur le pétrole (baisse des cours pétroliers) affecterait négativement le Nigéria, mais serait bénéfique aux autres États membres de la CEDEAO, qui sont des importateurs nets d'or noir. Ne pouvant être résolu par des politiques communes consensuelles, un choc asymétrique nuit à la cohésion dans une union monétaire, tout en créant des divergences dans les cycles économiques des pays membres.

Zone monétaire non optimale

Pour se prémunir de chocs asymétriques, une union monétaire doit bénéficier, entre autres, d'une mobilité de ses facteurs de production, d'une diversification de ses économies membres et d'un niveau de commerce intracommunautaire important. Or, la CEDEAO se compose d'économies peu diversifiées, ayant des ressources minières et agricoles diverses, et son commerce intra-régional ne dépasse généralement pas les 15 % de son commerce global. Le manque de diversification économique et le faible commerce intra-CEDEAO, relèvent de l'échec des politiques d'industrialisation des pays de la communauté ouest-africaine. En effet, les économies de la CEDEAO ne produisent que très peu de biens finis, ce qui ne favorise pas leurs échanges.

Tous ces éléments ne seront donc pas propices à la convergence de leur cycle économique, ce qui les exposera à des chocs asymétriques. Considérée comme un mécanisme d'ajustement, la mobilité des facteurs de production permet de lutter contre les chocs asymétriques, en facilitant la migration des chômeurs et du capital inutilisé, des « pays économiquement déprimés » vers les « pays économiquement prospères ».

Cependant, bien que satisfaisante au sein de la CEDEAO, elle ne sera pas suffisante, au vu des taux de chômage déjà importants dans les « pays économiquement prospères » de l'organisation panafricaine. Il sera donc nécessaire de mettre en place d'autres mécanismes d'ajustement, afin de rendre viable le projet de monnaie unique de la CEDEAO.

Propositions de mécanismes d'ajustement

Selon une conception assez répandue dans la littérature économique, une zone monétaire ne peut subsister durablement, sans une union budgétaire en son sein. Une union budgétaire implique la création d'un « budget commun », ayant pour objectif de soutenir l'activité des États membres traversant des difficultés économiques, par des transferts financiers. Ce type de budget, alimenté par les contributions des pays membres, sert de régulateur macroéconomique, en atténuant les divergences économiques, à la suite de chocs asymétriques. La mise en place d'un tel budget permettrait donc d'améliorer la capacité de résistance de la CEDEAO, aux chocs asymétriques. Les détracteurs de ce type de budget, notamment dans la zone euro, ont généralement pour arguments, le fait qu'il entraine une perte de « souveraineté budgétaire » et un transfert systématique de ressources, des pays « riches/vertueux/efficients », vers les pays « pauvres/vicieux/inefficients ». Il est nécessaire de leur rappeler que la logique du « tous pour un et un pour tous » est fondamentale à la survie de toute union monétaire, ce qui implique que les considérations souverainistes nationales soient mises de côté. C'est certainement la principale leçon que l'on pourrait d'ailleurs tirer de l'expérience monétaire européenne.

Sur le deuxième point, qui lui est plus recevable, il sera nécessaire d'ériger une entité indépendante au sein de la CEDEAO, qui sera chargée de contrôler les comptes publics des États membres, tout en ayant le pouvoir d'établir des sanctions strictes envers ces derniers, dans le but de promouvoir une gestion budgétaire vertueuse. L'accès à ce « fonds commun » devra également être conditionné au respect des règles budgétaires de la CEDEAO.

Il serait également intéressant de créer une agence au sein de la CEDEAO, mandatée d'émettre les dettes des États membres connaissant des difficultés économiques, suite à des chocs asymétriques. En bénéficiant de la « qualité de la signature » de l'organisation ouest-africaine, cette agence donnerait l'opportunité aux États « les plus fragiles économiquement », de se financer à moindre coût, pour relancer leurs activités économiques. Garanties conjointement par tous les États membres, ces émissions de dettes renforceraient une solidarité d'ordre financier au sein de la CEDEAO.

Solidarité inter-étatique nécessaire

Le projet d'intégration régionale de la CEDEAO participe à la vision d'une Afrique unie, dont l'esquisse a été, très tôt, tracée par les pères fondateurs de l'organisation ouest-africaine. Sans l'instauration de « mécanismes d'ajustement solidaires », la future zone monétaire de la CEDEAO serait clairement vouée à l'implosion, du fait de sa non optimalité. Avec comme seul outil la politique budgétaire, les gouvernements ouest-africains auraient comme seuls « leviers d'actions », en cas de chocs asymétriques défavorables, la restriction de leurs dépenses (dont les dépenses sociales) et la mise en œuvre de politiques d'austérité qui entrainerait des coûts sociaux élevés. Ces mesures contribueraient à accroitre les divergences entre les économies de la sous-région, et finiraient par alimenter un sentiment « anti-ECO ».

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