Maroc  : un exécutif resserré et recentré sur le nouveau modèle de développement

 |   |  792  mots
(Crédits : DR.)
Attendu ce vendredi pour le traditionnel discours d'ouverture de la session d'automne du Parlement, le roi Mohammed VI vient de valider la liste des membres d'un nouvel exécutif proposée par le chef du gouvernement Saad Dine Elotmani. Annoncée officiellement mercredi, la nouvelle équipe gouvernementale a été réduite à 23 portefeuilles, avec un agenda très chargé et surtout une pression avec laquelle elle devra composer d'ici les prochaines échéances électorales de 2021.

Le 20 août 2019, le roi Mohammed VI du Maroc revient dans un discours à la nation sur les détails du nouveau modèle de développement, annoncé par lui-même trois semaines auparavant lors du traditionnel discours du Trône. Présentés sous la forme d'une feuille de route, les contours de ce nouveau modèle tiennent en deux points qui résument la vision royale : réduire les inégalités sociales et propulser le Maroc sur la voie de l'émergence. « Le renouvellement du modèle de développement ainsi que les projets et les programmes lancés sous notre impulsion visent à faire avancer le Maroc sur la voie du progrès, à améliorer les conditions de vie de ses citoyens, à réduire les inégalités sociales et spatiales », annonce le roi ce jour de commémoration du 66e anniversaire de la Révolution du roi et du peuple.

Un peu plus loin, le chef de l'Etat annonce cette fois-ci une des approches pour réellement entamer ce nouveau chantier : « Afin de relever les défis de la nouvelle étape, j'exhorte le gouvernement à donner la priorité à cette question, en corrigeant les dysfonctionnements de l'Administration et en mobilisant les compétences qualifiées, aux niveaux régional et local. La responsabilité est partagée. Au point où nous en sommes, toute réticence ou erreur est inadmissible. Il est donc plus que jamais nécessaire de remédier aux problèmes qui entravent le développement de notre pays ».

Le ton du discours, l'insistance sur la gravité de la situation et sur l'urgence d'y trouver remède, et les précédents limogeages décidés par le roi ne laissent aucun doute sur la décision que Saad Dine Elotmani devrait prendre pour rester sur le pont : procéder à un remaniement au sein de son équipe, soit le second depuis sa nomination au poste de chef de gouvernement en avril 2017.

Le mercredi 9 octobre 2019, soit à deux jours de l'ouverture de la session d'automne du Parlement, un nouvel exécutif est effectivement annoncé, juste après un Conseil des ministres présidé par le roi.

Un exécutif resserré

C'est donc la seconde fois que le 31e gouvernement du royaume du Maroc fait l'objet d'un remaniement, si l'on excepte l'ajustement opéré en août 2018, après la nomination d'un ex-banquier à la tête du ministère des Finances en remplacement d'un habitué des structures des pouvoirs exécutif et central.

Premier constat dans cette nouvelle structure, l'éclatement des postes a été abandonné et celui de secrétaire d'Etat a disparu : un cabinet resserré donc de 39 à 23 postes. Et si la plupart des portefeuilles clés ou de souveraineté -à l'exception du ministère de la Justice- sont restés inchangés, les départements à « portée sociale » seront désormais chapeautés par des têtes quasi inconnues du landernau politique habituel. Parmi celles-ci, on retrouve Khalid Ait Taleb, chirurgien et directeur pendant plusieurs années d'un CHU, nommé ministre de la Santé ; et Mohamed Amkraz, jeune avocat de 33 ans et issu du PJD - formation islamiste dont est issu également le chef de gouvernement et parti à la tête du pouvoir depuis novembre 2011- tiendra les rênes du ministère du Travail et de l'insertion professionnelle. Autre constat relevé très tôt par les membres de la société civile, une parité largement sacrifiée au profit des hommes (4 contre 19).

Des objectifs sur le court terme

La nouvelle équipe gouvernementale a du pain sur la planche avec un « test d'éligibilité » déjà attendu avant le 20 de ce mois d'octobre : la présentation du projet de loi de Finances 2020 devant au parlement ; un parlement où la majorité est désormais impactée par la décision du PPS (Parti du progrès et du socialisme) qui vient de quitter la semaine dernière l'exécutif.

Mais l'équipe gouvernementale nommée ce mercredi devra surtout s'atteler aux priorités annoncées dans le discours royal, notamment les chantiers de la protection sociale, de l'emploi des jeunes, de la formation professionnelle, de la rationalisation des dépenses publiques,... tous liés au projet de nouveau modèle de développement et recentrer sur l'urgence sociale.

Le gouvernement a cette fois-ci la confiance du roi, peu de blocages en interne, du sang neuf et de nouvelles compétences dans son équipe, et donc les mains libres pour faire preuve d'efficacité et redonner souffle à un exécutif pointé ses derniers temps pour ses bredouilleries répétées sur des chantiers prioritaires.

Sur le principe, d'ici le prochain rendez-vous électoral de 2021, les échecs comme les réussites de l'action gouvernementale, c'est désormais Elotmani qui en adossera la responsabilité.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :