Jean-Pierre Raffarin  : « Le Maroc sait faire valoir ses intérêts à travers le monde »

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(Crédits : Charles Platiau)
Homme d'Etat français, ancien Premier ministre sous le président Jacques Chirac entre 2002 et 2005, Jean-Pierre Raffarin porte un regard distancié sur sa relation avec le Maroc et mesure les progrès accomplis par le royaume chérifien durant ces vingt dernières années qui resteront celles du développement et de l'ouverture vers l'Afrique subsaharienne.

La Tribune Afrique : Le Maroc fête cette année le 20e anniversaire de l'intronisation du roi Mohammed VI. Quel regard portez-vous sur l'évolution du Maroc depuis son accession au trône ?

Jean-Pierre Raffarin : Le Royaume du Maroc a connu un développement considérable sur les deux dernières décennies. Les investissements réalisés en matière de transport, notamment dans l'automobile, mais aussi dans les infrastructures, les équipements touristiques ou encore dans les actions d'éducation ont permis au Maroc de réaliser des progrès très significatifs. Cette période restera celle où le Maroc a connu des résultats importants.

Lorsque vous étiez à Matignon, quelle était la nature de vos relations avec le Royaume du Maroc ?

J'entretenais des relations de confiance avec le Maroc, notamment avec mon homologue Driss Jettou, le Premier ministre, aujourd'hui président de la Cour des comptes. C'est un homme de grande compétence et de grande sagesse. J'ai pour lui énormément de respect, car il m'a beaucoup appris. À cette époque, il disposait d'un peu plus d'expérience que moi et il m'a particulièrement aidé dans la compréhension d'un certain nombre de problèmes politiques. C'est la raison pour laquelle aujourd'hui, j'ai pour la sagesse marocaine la plus grande considération.

Comment décririez-vous l'orientation du Maroc au sein du concert des nations au cours de ces dernières années ?

Le Maroc est aujourd'hui doté d'une diplomatie très active et le Royaume peut s'appuyer sur des émissaires de grande qualité qui sont présents un peu partout à travers le monde. A titre personnel, je rencontre très régulièrement des Marocains qui font exister leur pays à l'international, avec talent. Je pense que ce qu'il faut retenir de ces dernières années, c'est son ouverture vers le Sud, qui positionne le Maroc comme un pays charnière entre l'Europe et l'Afrique subsaharienne. Cette orientation me semble l'évènement caractéristique de cette nouvelle donne qui lui permet d'intervenir sur des questions aussi diverses que la sécurité régionale ou l'immigration.

Au-delà de ses alliés traditionnels comme la France et de son orientation africaine assumée, le Royaume opère une ouverture vers d'autres puissances comme la Chine ou la Russie. Comment analysez-vous cette inflexion stratégique ?

De nos jours, on ne peut pas rester indifférent à tous les échanges et à tous les partenariats qui se développent au niveau mondial. Au fond, un pays qui cherche à être indépendant a tout intérêt à multiplier les partenariats pour ne pas se retrouver dans une situation de dépendance. Il est vrai que le Maroc bénéficie aujourd'hui d'une très bonne image en Chine où l'on parle beaucoup du Royaume et de sa diplomatie très active. C'est un pays qui sait faire valoir ses intérêts à travers le monde.

La Chine qui a inscrit l'Afrique dans sa «Route de la soie» nourrit naturellement beaucoup d'intérêt pour le Royaume du Maroc et je crois que c'est en partie réciproque. A partir du moment où les intérêts des uns et des autres sont bien défendus, je n'y vois pas d'inconvénient. D'ailleurs, le gouvernement français a également envisagé des coopérations avec les partenaires chinois pour participer au développement du continent africain.

Propos recueillis par Marie-France Réveillard

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Commentaires
a écrit le 31/07/2019 à 0:55 :
Le Maroc dispose de dossiers a caractère personnel compromettants sur tous les responsables français de tous les secteurs qui l'ont visité. Ce qui explique leur hâte à le défendre contre vents et marées, parfois au dépens des intérêts supérieurs de la France.
Le Maroc est pour la France, ce qu'Israël est pour les États-unis.

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