Présidentielle en Tunisie : au second tour, un duel « Robocop » vs « Berlusconi »

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Nabil Karoui et Kaïs Saïed.
Nabil Karoui et Kaïs Saïed. (Crédits : LTA avec Reuters)
Les tendances égrenées depuis ce lundi 16 septembre en avaient donné la teneur. L'Instance supérieure indépendante des élections (ISIE), la commission électorale tunisienne, y apporte le cachet officiel des chiffres : il y a aura bien un second tour entre le conservateur Kaïs Saïed, sorti en tête du premier tour de la présidentielle, devant le magnat des médias, Nabil Karoui.

Pour les 7 millions d'électeurs conviés aux urnes pour la présidentielle anticipée, le message est clair : rupture totale avec la politique traditionnelle et leurs satellites ! Conséquence directe de cette missive sortie des urnes, pour la première fois dans l'histoire de la Tunisie, les deux candidats qualifiés au second tour se sont lancés dans la course au Palais de Carthage à Tunis sans passer par les structures politiques traditionnelles.

Kaïs Saïed, le «Robocop» qui déjoue les pronostics

Conformément à son calendrier, ce mardi 17 septembre, l'Instance supérieure indépendante des élections a proclamé les résultats provisoires du premier tour de la présidentielle du 15 septembre 2019. Dans le détail, c'est le conservateur et spécialiste du droit constitutionnel, Kaïs Saïed, qui déjoue tous les pronostics. Avec 620 711 voix, il rafle 18,4 % des suffrages exprimés et prend la tête du premier tour de la présidentielle. A 61 ans, ce juriste de formation a séduit par sa rigueur qui lui vaut le surnom de « Robocop » . Plus que l'air austère de ce vieil homme débranché des réseaux de la politique traditionnelle, ce faux vrai conservateur a surtout séduit par son projet de réforme du système gouvernemental.

Dans la même lignée, mais avec le même style, Nabil Karoui a tapageusement occupé l'espace pour se placer deuxième au premier tour. Avec 525 517 voix, il récolte 15,6 % des suffrages, selon les résultats provisoires que l'ISIE confirmera le 19 septembre. A 55 ans, le magnat des médias investit aussi bien la communication, mais aussi l'affichage publicitaire au point d'être surnommé « le Berlusconi tunisien ». Un surnom qu'il doit aussi bien à sa proximité avec l'ancien Premier ministre italien que leur goût commun pour le pouvoir économique et politique. Même si son ambition est encagée entre les murs de sa prison tunisoise, c'est avec son mouvement « La Tunisie au cœur » qu'il compte pousser les portes du Palais de Carthage.

Le Berlusconi tunisien qui mène sa campagne depuis une cellule

Ironie dont l'Histoire a le secret. Après le décès de Béji Caïd Essebsi à cinq mois de la fin officielle de son mandat, la succession du défunt prédécesseur, un dinosaure de la politique tunisienne, sera organisée hors du système. Le second tour de la présidentielle anticipée va opposer « Robocop » à « Berlusconi ». Déjouant tous les pronostics et même les sondages trop rivés sur Youssef Chahed, le premier semble avoir l'avantage de la mobilité dans la course aux alliances. La seule difficulté de Kaïs Saïed semble en effet être de réussir à rassembler des personnalités au poids suffisamment significatif sans ratisser dans le champ des partis politiques traditionnels.

En face, « Berlusconi » part avec un avantage qui pourrait finalement se révéler être son meilleur atout. En mettant son arrestation et les demandes de libération refusées sur le dos de Youssef Chahed, son ennemi politique, Nabil Karoui joue la carte de la victimisation. Entretenant le clair-obscur sur les accusations d'évasion fiscale et de blanchiment d'argent, l'homme d'affaires devrait mener sa campagne depuis les grilles de son carré pénitentiaire. Face à un handicap de départ que ses lieutenants sur le terrain devront mettre beaucoup d'efforts pour faire de lui un premier président élu alors qu'il est emprisonné, Nabil Karoui espère sans doute le vote émotionnel d'électeurs que l'on conviera à corriger une « injustice ». Toute la question sera de savoir si cette stratégie pèsera dans la balance dans une Tunisie post-révolution qui réclame le changement.

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