Mozambique : un accord de paix et des élections pour tourner une page sombre

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(Crédits : Reuters)
La guerre civile qui a laissé derrière elle plus d’un million de morts n’est plus qu’un lointain souvenir depuis qu’elle a cessé en 1992. Mais ponctuellement, la Renamo, devenu un parti politique d’opposition, a repris les armes pour faire entendre ses arguments pour un partage du pouvoir face au Frelimo. Vingt ans après la guerre, les deux principales forces politiques du pays ont signé ce 6 août un accord de paix que l’on qualifie de «définitif». S’il ouvre la voie à une présidentielle en octobre prochain pour fermer cette page sombre de l’histoire du Mozambique, les défis de sa concrétisation restent son principal point faible.

Jusqu'ici les deux anciens ennemis avaient déjà tenté par deux fois de parachever la paix dans ce pays traumatisé par la guerre civile (1977-1992). Sans succès. Paul Kagame du RwandaCyril Ramphosa d'Afrique du Sud et Mirko Manzoni, envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies (ONU) pour le Mozambique, n'étaient pas les seuls témoins de ce troisième moment historique.

Sous l'œil de plusieurs centaines de citoyens, Felipe Nyusi, président du Mozambique, et Ossufo Momade, président de la Résistance nationale du Mozambique (Renamo), ont signé ce 6 août à Maputo, la capitale, un accord définitif pour le retour de la paix. La signature du texte complète le paraphe d'un accord de cessation des hostilités qui avaient repris lorsque le bras armé de la Renamo avait repris les armes en 2013 pour réclamer un rééquilibrage dans le partage du pouvoir avec le Front de libération du Mozambique (Frelimo, au pouvoir).

«Ceci n'est pas un accord entre ennemis»

Parti de libération créé par Samora Machel, le Frelimo a réussi à arracher l'indépendance en 1974 au colonisateur portugais, puis se tourne vers le communisme. Un temps soutenu par des pays comme Cuba ou encore l'ex-URSS, la nouvelle République indépendante est ensuite administrée sous le régime du parti unique pour réduire le poids de la religion sur fond de tribalisme. Soutenue par une Afrique du Sud sous le régime de l'apartheid et les Etats-Unis, la Renamo qui lui dispute le pouvoir prend les armes. La longue guerre civile qui s'en suit ne s'arrêtera qu'en 1992 à la faveur d'un accord de paix signé à Rome, après avoir fait plus d'un million de morts.

Avec l'accord de paix signé hier, le contexte a changé, mais les enjeux sont presque similaires. «Ceci n'est pas un accord entre ennemis, mais un accord qui prouve que nous ne voulons plus jamais de guerre entre nous. Nous pourrons avoir des désaccords, comme une famille, mais c'est par le dialogue que nous réglerons nos différends. Plus jamais des résultats d'élections ne doivent nuire à la paix», a déclaré Felipe Nyusi, le président mozambicain. «Nous renouvelons notre appel à ne pas commettre les mêmes erreurs que par le passé et à créer un environnement favorable à la tenue d'élections libres, justes et transparentes, que le sang versé ne l'ait pas été en vain et que prévale toujours l'esprit de bonne foi», renchérit Ossufo Momade.

Défis énormes vers la paix

Au-delà des grandes phrases de circonstances, les défis sont énormes. C'est presque au forceps que Felipe Nyusi a forcé la main à Mamade Ossufo pour qu'il appose sa signature sur l'accord que l'on dit «définitif». Même si pour la survie de son parti il a repris un processus amorcé par Afonso Dhlakama, leader historique de la Renamo avant sa mort en mai 2018, Mamade Ossufo n'a plus que la menace des armes pour capter toute l'attention de Maputo. Un argument qui ne fera plus mouche avec le processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) lancé pour caser les plus de 5 000 combattants de la Renamo. Une partie radicale du mouvement s'y oppose farouchement.

Il faudra pourtant bâtir, brique par brique, la confiance pour contrer la méfiance entre les deux ex-ennemis. Les élections générales, notamment la présidentielle qui devra remettre en jeu le fauteuil de Felipe Nyusi, se tiendront le 15 octobre prochain. Chaque acteur compte bien capitaliser sur sa volonté d'offrir la paix aux Mozambicains pour ratisser les voix des électeurs. La gestion des contentieux électoraux qui pourraient naître de l'opposition entre les deux forces politiques majeures du pays sera le thermomètre qui permettra de mesurer le degré de changement d'un pays qui s'apprête, peut-être, à tourner une page de son histoire. Définitivement, c'est tout le mal qu'on lui souhaite !

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