Centrafrique : l’accord de paix bat (déjà) de l’aile

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Lors de la cérémonie de ratification de l'accord de paix pour la fin de la crise en Centrafrique entre le gouvernement de Faustin Archange Touadéra et les représentants des 14 groupes armés, le mercredi 6 février à Bangui.
Lors de la cérémonie de ratification de l'accord de paix pour la fin de la crise en Centrafrique entre le gouvernement de Faustin Archange Touadéra et les représentants des 14 groupes armés, le mercredi 6 février à Bangui. (Crédits : Reuters)
L’accord de paix entre le gouvernement de Faustin Archange Touadéra et les groupes rebelles n’aura même pas fêté son premier mois d’existence que les premières fissures apparaissent déjà. En cause, un des points principaux de l’accord, le gouvernement d’union nationale déjà formé, est rejeté par cinq des quatorze groupes armés. L’UA et l’ONU qui ont parrainé le paraphe à Khartoum au Soudan et sa signature à Bangui sont appelées à la rescousse pour sauver un accord qui bat de l’aile.

La composition du nouveau gouvernement annoncé dimanche dernier est-elle la pomme de discorde qui va faire imploser l'Accord politique pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine signé début février ? Le claquage de portes en série par les membres des différents groupes rebelles risque en tout cas de faire imploser un accord arraché de hautes négociations sous l'égide de l'UA, de l'ONU et des voisins régionaux.

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Les groupes armés dénoncent un gouvernement «loin d'être inclusif »

Depuis l'annonce de la formation du gouvernement du Premier ministre Firmin Ngrebada, le 24 février dernier, les groupes armés qui ont signé l'accord en dénoncent la clause d'inclusion qui veut que les 14 groupes soient associés à l'équipe gouvernementale. Sans maroquin ministériel, le Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC), l'un des plus importants mouvements armés centrafricains, est le premier à dénoncer un gouvernement «loin d'être inclusif» qui «ne prend pas en compte les attentes des signataires».

Sa bouderie a déclenché une série d'autres rejets. L'Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), ses alliés du Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC), du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) issus de l'ex-Séléka, ont tous les trois dénoncé l'accord, même chacun a reçu un portefeuille dans la nouvelle équipe gouvernementale. A contre-pied, le Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC) s'est tout simplement retiré de l'accord de paix tandis que le Mouvement des libérateurs centrafricains pour la justice (MLCJ) plaide pour un réaménagement du gouvernement.

En face, Firmin Ngrebada, le Premier ministre appelle les mécontents à éviter «tous les actes qui pourraient nous ramener en arrière». «Le gouvernement n'est que le début du processus », a-t-il ajouté dans une déclaration publique partagée sur sa page Facebook.

 L'accord de Khartoum vacille

 Ange-Maxime Kazagui, son porte-parole ajoute : «Il n'était pas possible de faire rentrer dans le gouvernement cinq personnes par groupe armé [...] Cela aurait donné un gouvernement pléthorique». Ce qui aurait fait un effectif de 70 ministres ! En guise de solution de rechange, Firmin Ngrebada a bien proposé de placer les autres membres des groupes armés dans des agences gouvernementales, les départements ministériels ou à la présidence. Sans convaincre.

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 A l'analyse, l'Accord politique pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine vacille sur des calculs personnels ou de logique de clans. La distribution des maroquins semble être le souci premier de ceux qui ont usé d'une menace de la paix comme levier de pression dans la négociation sans scrupule de postes. Obnubilées par la signature d'un document, l'ONU et l'UA ont crédulement cru à la bonne foi de groupes parfois ramenés à la table des négociations sous la menace de sanctions ou de poursuites.

Il faut espérer que les deux organisations qui ont parrainé l'accord de Khartoum trouvent très vite la parade afin que cet accord n'implose pas ou que les groupes rebelles se braquent. Autrement, la Centrafrique pourrait à nouveau sombrer dans une nouvelle spirale de violence plus meurtrière.

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