Centrafrique : l'embargo sur les armes renouvelé pour 1 an

 |   |  850  mots
(Crédits : Reuters)
Le Conseil de sécurité de l'Onu a décidé ce mercredi 31 janvier, de renouveler pour un an l'embargo sur les armes imposé à la Centrafrique depuis quelques années. L'organisme justifie sa décision par la situation actuelle dans le pays et espère un changement au plus vite. La décision de prorogation concerne aussi l'interdiction de voyager et le gel des avoirs infligés aux personnes ou entités désignées par son comité des sanctions.

La République de la Centrafrique n'a pas vu son sort changer cette semaine au Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies. L'organisme a décidé de renouveler l'embargo sur les armes qui avait été imposé au pays il y a quelques années, pour un an, jusqu'au 31 janvier 2019, a-t-on appris des sources de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA). Cette décision contenue dans la résolution 2399 (2018) adoptée à l'unanimité par les États Membres a été proposée par la France, dont le représentant au Conseil a expliqué que les Etats membres devront continuer à œuvrer pour empêcher la fourniture, la vente ou les transferts directs ou indirects d'armements et de matériels connexes de tous types, ainsi que tout appui technique ou formation, et toute aide financière ou autre en rapport avec les activités militaires.

« Ce dispositif conserve toute sa pertinence compte tenu de la situation actuelle en République centrafricaine », a expliqué le diplomate français. Selon lui, cette décision porte aussi sur les sanctions d'interdiction de voyager et du gel des avoirs infligés aux personnes ou entités désignées par le comité des sanctions. Il s'agit selon l'ONU, de personnes dont les actes compromettent la paix, la stabilité et la sécurité de la République de la Centrafrique et qui commettent des actes d'incitation à la violence, particulièrement à motivation religieuse ou ethnique. Ainsi, il a appelé les Etats membre des Nations Unies à continuer de prendre des mesures idoines pour interdire l'entrée ou le passage en transit sur leur territoire des personnes désignées. Il a insisté que les fonds et les avoirs financiers de ces personnes et entités désignées par le Comité de sanction continueront d'être gelés.

Par ailleurs, en dehors de la prorogation des sanctions pour 1 an, le mandat du Groupe d'experts de l'ONU spécialisé sur ce dossier a été aussi renouvelé pour 1 jusqu'au 28 février 2019. On se rappelle que c'est en 2013 après la prise du pouvoir par les forces rebelles "Seleka" en Centrafrique et que les Nations Unies avaient voté l'embargo sur les armes à destination du pays. Depuis, même si la situation s'est améliorée avec un gouvernement mis en place, plusieurs régions du pays restent en proie à la violence et les pouvoirs publics ne contrôlent qu'une infime partie du territoire national. Ce qui justifie la résolution de l'ONU. L'appel de la Russie qui avait plaidé et obtenu un allègement de l'embargo et qui fournissait le pays en armes aura donc porté un optimisme vain de la part des autorités légitimes du pays.

Déception et optimisme à Bangui

Cette décision du Conseil de sécurité est totalement inattendue en Centrafrique. A Bangui, les citoyens, et les leaders d'opinion sont très déçus. « Je suis profondément déçu car un Etat sans son armée n'est pas un Etat. Dans nos provinces, l'insécurité règne, nos populations souffrent. Alors cette population a besoin de son armée mais dire que l'on a prolongé cet embargo, vraiment je suis totalement déçu de la situation » a déclaré Jean Bosco Namtoua, député de Bouca 1 (Préfecture de l'Ouham). Quant à la Ligue centrafricaine des droits de l'homme (LCDH), elle déclaré ne pas être surprise par cette décision. « Le maintien ou la prorogation de l'embargo ne devrait pas se calculer en terme de formation de militaires, ça devrait se calculer en nombre de personnes qui vont encore mourir. Nous sommes membres des Nations unies, nous ne devons pas être là en train d'être puni. L'embargo aujourd'hui n'est pas considéré comme une sanction des Nations unies mais comme une punition du peuple centrafricain », a expliqué l'ancien ministre de la défense, Joseph Bindoumi, président de la LCHD. Mais le gouvernement tente d'être optimiste.

Pour le ministre de la défense Joseph Yakete il y a toujours des alternatives pour réarmer les forces de défense et de sécurité centrafricaine. Selon lui, l'embargo pourrait être levé de façon progressive si la situation évolue.  « Je suis aussi satisfait d'un aspect : si aujourd'hui nous répondons à un certain nombre de critères définis par le comité de sanctions, nous avons la possibilité de nous procurer l'armement qu'il faut pour équiper nos soldats qui ont fini leur formation », a déclaré le responsable. Son optimisme se base aussi sur une promesse du Conseil de sécurité, de renforcer, modifier, suspendre ou lever les sanctions « en fonction des progrès accomplis dans la stabilisation du pays ». « S'il ne s'agit pas d'envisager, à court terme, un allègement de cet embargo, compte tenu de la situation actuelle dans le pays, il s'agit de montrer que l'embargo sur les armes pourra évoluer, le moment voulu, et notamment en fonction des progrès de la réforme du secteur de la sécurité », a expliqué le diplomate français à l'occasion du vote des Etats membres de l'ONU.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :