Kenya : sur fonds de menaces, la Cour Suprême charge la commission électorale

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(Crédits : Reuters)
Frayeur sur la Cour Suprême kényane, celle-là même qui avait pris la décision inédite, d’invalider la présidentielle du 08 août dernier. Trois semaines après ce rebondissement, la plus haute juridiction du pays a rendu un exposé des motifs détaillés de cette annulation. Sur plusieurs points, la Cour Suprême donne tort à la Commission électorale kényane (IEBC). Les menaces contre les membres de l'institution n'ont pas empêché la Cour d'aller jusqu'au bout de sa logique. La tension est à son comble à moins de deux mois de la nouvelle présidentielle à laquelle les partisans du président sortant se disent opposés.

Pour la Cour Suprême, le contexte de publication de l'exposé des motifs de l'annulation de la présidentielle du 08 août dernier est particulier. Les "Sept Sages" ont dû braver les menaces et les pressions pour rendre le texte, très attendu, qui explique pourquoi ils ont ordonné l'annulation du scrutin et la tenue d'une nouvelle présidentielle en octobre.

En plus détaillé, la Cour blâme la commission électorale pour les "irrégularités"

Imperturbable pendant plus de 3 heures, Philomena Mwilu, la vice-présidente de la Cour suprême, a détaillé toutes le faisceau de présomptions qui a convaincue la Cour de rendre cette décision inédite en Afrique.

D'abord sur la gestion du scrutin de la Commission électorale (IEBC, acronyme anglais), la Cour évoque des "perturbantes, voire saisissantes révélations" sur la conduite des élections sans plus de détails.

Autre reproche fait à l'IEBC, sa proclamation hâtive des résultats alors que tous les procès-verbaux n'ont pas été transmis de façon électronique. Les résultats de quelques 11.000 bureaux de vote ont en effet été acheminés sous forme papier. L'IEBC avait prétexté un manque de connectivité dans ces zones. Un argument à nouveau balayé par la Cour.

Plus grave encore, la Cour Suprême accuse l'IEBC de ne pas avoir fourni, les preuves pour réfuter les accusations de "piratage informatique" de ses serveurs, comme le soulevait le camp de Raila Odinga au lendemain du scrutin.

Pire, selon la Cour, l'IEBC s'est rendue coupable d'une obstruction de la justice en laissant pas les enquêteurs avoir accès aux serveurs lors du litige. Quelques jours avant l'ouverture des bureaux, la mort étrange, du directeur informatique de l'IEBC avait déjà fait le lit de toutes ses accusations.

 Nous constatons que l'élection présidentielle de 2017 n'a pas été menée conformément aux principes énoncés dans la Constitution et la loi sur les élections. Elle a été ni transparente, ni vérifiable. Concernant ce seul motif, et sur la base de l'interprétation que nous avons donnée à l'article 83 de la Loi électorale, nous n'avons eu d'autre choix que de l'annuler", justifie la Cour Suprême

 Et pourtant, il a fallu du courage aux "Sept Sages" pour conforter leur décision et lui donner les formes légales. Plusieurs pressions et menaces ont pesé sur la tête des juges de la Cour Suprême.

Sous menaces, les Juges ont choisi le camp de la loi

Après le rejet de ses demandes pour une protection rapprochée des « Sept Sages » qui composent la Cour, David Maraga s'est résolu à faire une déclaration écrite transmise à la presse. Trois semaines après l'annulation du scrutin du 08 août dernier qui avait momentanément consacré la réélection d'Uhuru Kenyatta, le président de la Cour Suprême a fait état de menaces contre son institution.

Des menaces issues du président sortant, furieux de la décision en annulation, de son état-major politique qui réclamait la tête du président de l'Institution mais aussi des militants du Jubilee (le parti au pouvoir). Depuis l'annulation du scrutin, les partisans du président ne cessent de dénoncer une « victoire volée » à leur leader par les juges en collision avec des magistrats issus de l'opposition.

Jusqu'à la veille de la publication des motifs de la Cour, ils ont tenté de mettre la pression sur la Cour  mardi 19 septembre, des manifestants affiliés au parti au pouvoir ont manifesté en manifestant devant son siège.

Leurs réclamations: un recomptage des voix du scrutin du 08 août dernier et l'organisation d'une cérémonie de prestation de serment pour le « Président Uhuru Kenyatta ». Une manifestation qui a poussé le président de la Cour à sortir un communiqué de deux pages pour dénoncer des manœuvres d'intimidation.

Avec son exposé des motifs qu'elle a voulu minutieux, la Cour Suprême semble avoir fait le choix de faire fi des menaces pour appliquer la loi. Les partisans d'Uhuru Kenyatta se préparent à la riposte. Mais David Maraga et ses pairs indiquent qu'ils ne sont pas intimidés.

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