Présidentielle au Kenya : Raila Odinga ou la revanche d’un vieux briscard

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Uhuru Kenyatta (au premier plan en compagnie de sa femme) et de Raila Odinga du temps où ils étaient dans le même gouvernement
Uhuru Kenyatta (au premier plan en compagnie de sa femme) et de Raila Odinga du temps où ils étaient dans le même gouvernement (Crédits : Reuters)
Il se sera porté trois fois candidat sans atteindre le fauteuil présidentiel de la State House. Pour sa quatrième tentative à la présidentielle, soutenu par une opposition vent debout, Raila Odinga espère prendre sa revanche sur une histoire politique qui lui a, en même temps beaucoup donné tout en lui prenant l’essentiel. Ironie de l’Histoire : Raila affronte aujourd’hui Uhuru Kenyatta, le fils du président dont son père était le vice-président.

La malchance d'avoir échoué trois fois aux portes du State House, le palais présidentiel kenyan ne l'arrête pas. Après avoir perdu deux fois en 1997 et 2007 contre Mwai Kibaki, c'est avec ce CV politique en béton que Raila Ondinga se présente, pour la quatrième fois, à la présidentielle du 8 août 2017 face au sortant Uhuru Kenyatta qui l'avait battu en 2013. L'histoire entre les deux hommes relève d'abord de l'anecdote.

La bataille présidentielle "des fils de ..." pour l'héritage paternel

En 1963, dans les premières années d'indépendance de cette ex-colonie britannique, Oginga Odinga, le père a été le premier vice-président du Kenya sous la direction de Jomo Kenyatta, le premier président du pays indépendant. Une lune de miel qui aura duré moins de deux ans pour Odinga, envoyé en séjour carcéral jusqu'à la mort de Kenyatta, pour s'être opposé à sa gestion.

Plus d'un demi-siècle plus tard, les fils ont hérité de l'opposition des pères. En vieux briscard de la politique kenyane dont il peut être le documentaliste, Raila Odinga se voit bien sur le fauteuil que son père a échoué à occuper en dépit de ses nombreuses tentatives.

A la tête de la Super alliance nationale (NASA), une coalition d'opposition, Raila Ondinga a jeté ses forces dans cette bataille, perçue comme celle de la dernière chance d'entrer (enfin !) au palais. Favori, sans forcément être assuré d'être réélu, Uhuru Kenyaatta, le président sortant veut contrarier les ambitions présidentielles de son challenger avec qui il aura été sous le même toit gouvernemental. Entre les deux, une querelle d'égos à forte teneur en rancune qui s'est mue en clash de générations.

Parfum de revanche et clash de générations

D'un côté, il y a Raila Odinga, de l'ethnie Luo au sein de laquelle, son père est très populaire et respecté. A 72 ans, cet ingénieur en mécanique diplômé de Leipzig et de Magdebourg a été plusieurs fois ministre, maintes fois transhumant de parti en parti, militant dès sa jeunesse sous l'aile de son père.

Avec trois présidentielles -toutes perdues-  sur son CV, ce politicien expérimenté qui porte fièrement le titre de dernier premier-ministre du Kenya (poste supprimé depuis) joue ici son va-tout au point de plaider à la surprise générale, auprès de ses partisans l'abstinence sexuelle jusqu'à la proclamation des résultats pour ne pas s'attirer la poisse.

Sur fonds de promesse de partage du pouvoir une fois élu, l'alliance d'Agwanbo (surnom de Raila signifiant le mystérieux) avec Kalonzo Musyoka, de l'ethnie Kamba et Musalia Mudavadi, issu des Luhya, risque de donner des relents fortement ethniques à cette course au State House.

Dix ans après, le spectre des violences post-électorales de 2007 rôde

En face, à 55ans, Uhuru Kenyatta, après avoir échoué deux fois à se faire élire, a réalisé en 2013, son « destin » présidentiel de devenir le premier fils de président à devenir président au Kenya. Ce diplômé de science politique qui a échappé aux foudres de la CPI pour les violences post-électorales de 2007, ménage ses efforts au point de bouder le débat télévisé pour la présidentielle.

Devenu un riche et influent homme d'affaires, Uhuru Kenyatta compte surfer sur ses réalisations durant son précédent mandat. En fin tacticien, son parti Jubilee veut jouer sur sa proximité avec la jeunesse. Dans un pays qui compte 7,1 millions d'utilisateurs de Facebook et 30 millions connectés à internet, cet homme issu de l'ethnie Kikuyu mène une campagne à l'américaine, presque tout numérique.

Quelques semaines seulement nous séparent des élections générales. Elles interviennent, dix ans après les violences post-électorales de 2007, qui avaient fait 1.100 morts et plus de 500.000 déplacés. Dans les allées du pouvoir, les deux candidats issus des deux dynasties politiques les plus influentes ont allègrement joué sur la corde ethnique. A l'annonce des résultats, déjà soupçonneux pour le camp Odinga, la peur est grande que la musique soit triste. Dix ans après, la démocratie kényane est  à l'épreuve

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