Les banques doivent-elles craindre la montée en puissance des cryptomonnaies ?

La globalisation financière accrue, et son caractère potentiellement instable voit émerger sur la dernière décennie un phénomène, relativement nouveau, et d’une ampleur remarquable, défiant toute hiérarchie monétaire : la cryptomonnaie. Cependant, faire face aux risques qui pèsent le système bancaire et financier dans son ensemble -tout en replaçant la monnaie au cœur de l'activité sociale et économique- devient une préoccupation pour l’écosystème.
(Crédits : DR)

La monnaie est au cœur du fonctionnement de nos sociétés. Elle y occupe une place à la fois centrale et particulière. Centrale, car toute transaction se règle en monnaie, qu'il s'agisse d'un achat de consommation, d'une opération de crédit, d'une transaction boursière ou du versement d'un salaire. Tout échange économique, qu'il soit réel ou financier-sauf cas rarissime du troc-, se double d'un échange monétaire. Mais la monnaie est également un

« objet » économique à part. Elle n'est en effet, ni un bien de consommation (elle n'est pas directement source de satisfaction pour le consommateur), ni un bien d'investissement (elle ne rapporte rien).

En conséquence, la monnaie est fondamentalement un bien d'échange, massivement accepté, immédiatement et sans coût. Son principal intérêt est d'être accepté par tous, de servir de relation entre les individus, ce qui suppose une confiance réciproque, mais aussi envers l'institution qui émet la monnaie.

La globalisation financière accrue, et son caractère potentiellement instable voit émerger sur la dernière décennie un phénomène, relativement nouveau, et d'une ampleur remarquable, défiant toute hiérarchie monétaire : la cryptomonnaie, une espèce de monnaie numérique qui existe électroniquement. Le code monétaire et financier en son article L54-10-1 en donne la définition suivante : « c'est toute représentation numérique d'une valeur qui n'est pas émise ou garantie par une banque centrale ou par une autorité publique qui n'est pas nécessairement attachée à une monnaie ayant cours gal, mais qui est acceptée par des personnes physiques ou morales comme un moyen d'échange   et   qui   peut   être   transférée,   stockée   ou   échangée électroniquement ».

Lancée, officiellement, en 2009 avec la création du Bitcoin par le mystérieux Satoshi Nakamoto dont l'objet initial était davantage la décentralisation et la sécurisation des transactions de paiement ou de transferts de fonds que de la pure spéculation, les crypto-monnaies sont aujourd'hui en plein envolée de leur cours au point d'inquiéter les banques centrales (FED, BCE...) et les organismes de régulation.

Il sied de noter que l'un des principaux rôles d'une banque centrale est d'assurer la stabilité bancaire et financière d'un pays ou d'une zone en garantissant un écosystème de paiement régulé et efficace. Etant émettrices de la monnaie, et en détenant le contrôle, les banques centrales régulent le système monétaire et supervisent le fonctionnement des marchés financiers.

Les cryptomonnaies, en revanche, ne reposent sur aucune forme physique et échappent au contrôle des régulateurs. Pouvant disparaitre aussi rapidement qu'elles sont créées, les cryptomonnaies ont également particularité de manquer de transparence et de cadre légal de gouvernance souffrant d'une grande faiblesse en matière de gestion des risques.

Il en existe aujourd'hui plusieurs milliers, parmi lesquelles : Ethereum, Tether, Binance Coin, XRP, Cardano, Dogecoin, Litecoin...

Les préoccupations des banques -longtemps considérées comme unique dépositaire des systèmes de paiements et régulant les échanges internationaux- résident dans les risques et menaces que représentent les cryptomonnaies d'un côté et de l'autre, l'érosion progressive de leur pouvoir sur l'économie financière.

Partant de ce constat, les cryptomonnaies présentent un certain nombre de risques. Pour commencer, elles peuvent facilement devenir la cible de cyberattaques (piratages informatiques), voire faire l'objet d'usages criminels (blanchiment de capitaux, financement du terrorisme, d'activités illégales...). Leur volatilité est en outre très élevée, exposant les investisseurs à des pertes financières potentiellement très importantes.

A tout point de vue, les cryptomonnaies sont nées de la perte de confiance née de la crise économique et financière 2007/2009. Les défaillances des institutions financières en sont à l'origine. La question se cristallise sur leur régulation aussi pour protéger les détenteurs, et garantir la stabilité du système dans son ensemble. Parmi les mesures, il faut réguler leur circulation en commençant par constituer un panier de cryptomonnaies éligibles. Ensuite adopter un cadre légal de fonctionnement, et limiter les opérations dans lesquelles, elles peuvent être utilisées.

(*) Fort d'une expérience de 13 ans dans le secteur bancaire, il est en service chez Société Générale Congo.

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