Mounim Zaghloul : « L’Afrique doit relever le défi de garantir un environnement sain pour la pratique de l’audit interne »

 |   |  1358  mots
(Crédits : DR)
L'antenne marocaine de l'Institut des auditeurs internes (IAI-Maroc) organise les 27 et 28 juin à Casablanca, la Conférence africaine de l'audit interne. L'événement qui est à sa cinquième édition réunira les auditeurs venant des quatre coins du Continent et qui échangeront sur la façon dont l'audit interne et les approches intégrées peuvent améliorer la gouvernance et la performance des organisations. Dans cet entretien, Mounim Zaghloul, président de l'IAI-Maroc, nous explique la portée de cette thématique et donne son point de vue quant à la pratique de l'audit interne en Afrique.

La Tribune Afrique : pourquoi l'IIA-Maroc a-t-elle voulu donner une dimension africaine à cette conférence, sans la limiter au Royaume ?

Mounim Zaghloul : Fidèle à la devise de l'IIA Mondial : «Le progrès par le partage », l'IIA Maroc AMACI, a l'honneur d'organiser cette année, la 5e Conférence internationale de la Fédération africaine des instituts auditeurs internes. C'est un événement international de grande envergure qui permet, contrairement aux conférences nationales, d'avoir un regard croisé et des éléments de benchmark entre plusieurs expériences de pays africains en matière de gouvernance, de dispositif de maîtrise des risques et de contrôle.

Lors de cette 5e Conférence africaine de l'audit interne, il y aura en plus des représentants de 27 pays africains, les responsables de l'IIA Mondial, les représentants de l'Union francophone de l'audit interne ainsi que des experts européens et d'Amérique du Nord.

C'est une plateforme idéale de benchmark par rapport à des régions distinctes, à des cultures et niveaux de maturité différents. Elle permettra de dresser une image réelle de la pratique de l'audit interne dans différents environnements, d'appréhender plusieurs modèles de redevabilité entre pays européens et africains, ce qui constitue une question centrale et très importante pour les instances publiques de contrôle : Cours des comptes, Inspection générale des finances, Inspections générales des ministères, etc.

Qu'est-ce qui explique le choix du thème «L'audit interne et les approches intégrées au service de la gouvernance et de la performance» ?

La 5e Conférence africaine de l'audit interne s'inscrit dans le cadre de la stratégie de l'Institut des auditeurs internes du Maroc, visant à accompagner les chantiers structurants lancés par le roi Mohammed VI pour la consécration de l'Etat de droit, la moralisation de la vie publique aussi bien sur les plans local que national et la consolidation des principes de bonne gouvernance, à travers la dotation des organismes publics et privés marocains de professionnels de l'audit interne hautement qualifiés.

Elle intervient également dans une conjoncture où l'ancrage de la culture de bonne gouvernance et la réflexion sur les nouveaux modèles de développement sont au cœur des priorités des politiques publiques en Afrique.

Les approches intégrées, grâce à un certain nombre de référentiels comme le COSO ERM 2017, le modèle des Trois Lignes de Défense, ou le KING IV, offrent plus de chances aux stratégies à la fois nationales que sectorielles, mais aussi au niveau des entreprises de réussir à travers un leadership éthique tout en étant orienté vers la recherche de la performance et l'efficacité des dispositifs de contrôle.

Le rôle de l'audit interne dans l'amélioration de la gouvernance et de la performance des organisations est-il, selon vous, peu compris, mal compris ou menacé ?

Les choses ont beaucoup évolué depuis quelques années. L'audit interne est considéré dans les organisations matures comme l'un des piliers de la bonne gouvernance. Il est le conseiller stratégique et de confiance des Conseils d'administration et des Comités d'audit, pour leur donner une assurance raisonnable sur les risques inhérents à leurs activités, sur comment améliorer la gouvernance et la performance de leurs organisations...

Cette panoplie de rôles assignés à l'audit interne est assurée en général à travers l'évaluation de l'efficacité et l'efficience du système de contrôle interne, le management des risques, la réduction de l'asymétrie d'information entre l'actionnariat et le dirigeant, et partant, la protection des intérêts de l'ensemble des parties prenantes.

Cette question est au cœur des modèles de développement de la fonction à l'échelle mondiale. Elle sera débattue lors du Forum de gouvernance destiné aux administrateurs, directeurs généraux et directeurs d'audit interne le mardi 26 juin 2018 sous le thème : «L'Audit interne au service de l'efficacité de la gouvernance et du renforcement de la Performance». Elle est inscrite également à l'ordre du jour de la première journée de la Conférence AFIIA 2018, le mercredi 27 juin 2018.

Comment la pratique de l'audit interne évolue-t-elle en Afrique ?

Selon les pays, les législations ainsi que la maturité du système de gouvernance particulièrement du secteur privé, l'audit interne joue un rôle plus ou moins important dans l'amélioration des dispositifs de gouvernance, de performance et de maîtrise des risques.

Nous constatons, à titre d'exemple, que l'essor des banques marocaines en Afrique est dû entre autres, au renforcement des dispositifs de gouvernance et de contrôle grâce aux directives et circulaires émises par le régulateur, Bank Al Maghrib.

Quels sont, selon vous, les défis à relever pour une meilleure pratique de l'audit interne à travers le Continent ?

A notre sens, le premier défi consiste à garantir un environnement sain pour la pratique de l'audit interne à travers le renforcement de la culture de l'éthique, de la transparence, de la redevabilité et la consolidation de la bonne gouvernance. Le second défi est plutôt imposé par la transformation digitale et l'innovation. L'audit interne n'est pas épargné à son tour par cette vague de digitalisation disruptive qui règne sur le monde, marquée par la Blockchain, l'intelligence artificielle ou plutôt augmentée, le Big Data, l'IoT (Internet des objets), etc.

Autant de technologies qui vont bouleverser la pratique du métier d'audit interne et pour lesquelles il est temps de s'inscrire dans une dynamique de changements afin d'accompagner pleinement les organisations dans un environnement nécessitant de plus en plus d'agilité et de proactivité. Pour cela, il faut saisir les opportunités qu'offrent des outils de Big Data en termes de capacité de traitement des données et d'exhaustivité des contrôles, mais aussi les modèles d'analyse prédictive pour lutter contre la fraude grâce à l'Intelligence Augmentée et les algorithmes du Machine Learning, etc. Tous ces sujets seront débattus lors de la seconde journée de la Conférence AFIIA 2018, le 28 juin 2018.

A votre avis, quelle place devrait occuper cette discipline dans le plan d'accélération de la croissance et du développement de l'Afrique en cours ?

L'audit interne doit continuer à remplir pleinement son rôle de conseiller de confiance tout en contribuant à la création et la préservation de valeur ajoutée au sein des organisations, à travers l'évaluation et l'amélioration des processus de management des risques, de contrôle interne et de gouvernance.

Ceci constitue la clé de réussite des plans d'accélération de la croissance et du développement de l'Afrique. Lesquels plans devraient exiger un système de gouvernance et de leadership éthique et performant pour s'assurer de la mise en œuvre effective des stratégies et de leur ajustement de manière proactive et agile en tenant compte de l'évolution complexe de leur environnement.

Vous avez fondé et dirigez Consilium, un cabinet spécialisé entre autres dans la Governance, Risk and Compliance (GRC). Comment les entreprises africaines arrivent-elles à intégrer ces trois domaines dans la gestion de leurs affaires ?

Notre conseil aux entreprises est de se doter d'un programme GRC avec une logique intégrée matérialisée par des référentiels communs et mutualisés pour l'ensemble de l'organisation. Cela commence par des cartographies de process reflétant les risques inhérents ainsi que les différents types de contrôles nécessaires à leur maîtrise. Ceci passe souvent par l'utilisation de solutions informatiques permettant de piloter avec des tableaux de bord l'ensemble de ses activités liées à la GRC.

Y a-t-il des secteurs d'activités où elles sont plus performantes en la matière ?

Les secteurs les plus avancés sont ceux fortement régulés tels que le secteur bancaire où des fonctions obligatoires comme la gestion des risques, la conformité, le contrôle permanent sont créées en tant que fonctions de seconde ligne de maîtrise et doivent coordonner leurs activités avec l'audit interne en tant que 3e ligne de maîtrise.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :