Gabon : plus de la moitié du budget de l’Etat évaporé dans la nature entre 2006 et 2012 !

La Commission gabonaise de lutte contre l’enrichissement illicite vient de transmettre ses premiers dossiers d’enquêtes économiques et financières qu’elle a mené, à la justice. Sur 7 dossiers, 4 ont été transmis au Procureur de la République mais au delà de ces rapports, c’est l’ampleur du phénomène du système de détournements publics qui prévaut dans le pays qui interpelle à plus d’un titre. L’opération d’assainissement lancée par le président Ali Bongo, dans un contexte sociopolitique assez agité qui est venu se greffer à une crise économique persistante, a de quoi laisser sceptique une large frange de l’opinion gabonaise

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(Crédits : La Tribune Afrique)

C'est une institution de la République qui rapporte : « entre 2006 et 2012, plus de la moitié du budget a disparu dans la nature ». Rien qu'en 2012, le budget gabonais s'élevait à quelques 2.760 milliards Fcfa. Pire encore, sur la même période, 600 milliards Fcfa ont été frauduleusement payés aux fournisseurs par l'Etat selon un audit réalisé par la Direction générale du Budget et des finances publiques du pays. Ce constat plus qu' alarmant qui témoignent de « l'ampleur du phénomène de corruption et du blanchiment des capitaux », a été fait par la Commission nationale de lutte contre l'enrichissement illicite (CNLCEI) du Gabon qui a rendu public, le vendredi dernier, les résultats des premières enquêtes qu'elle a mené et dont certains dossiers ont été transmis à la justice.

Dans un communiqué qu'elle a publié à cet effet, la CNLCEI, créé en 2003, a souligné avoir tenu des séances à son siège, en date du 31 janvier au 8 février 2017, « aux fins de statuer sur les procès-verbaux ou rapports définitifs d'enquêtes économiques et financières qui portent sur des infractions dont elle a été saisie ou s'est auto-saisie et à transmettre au procureur de la République pour la mise en mouvement de l'action publique ».

Ainsi,  sur les sept rapports définitifs d'enquête qui ont été examinés, quatre dossiers ont été retenus puis envoyés au parquet de la République. Deux autres dossiers nécessitent un approfondissement d'enquête alors qu'un seul dossier a été proposé au rejet selon la Commission.

« Les affaires suscitées concernent les fêtes tournantes, les marchés publics, et la gestion des crédits de fonctionnement des administrations », a également précisé la même source qui s'est toutefois montrée assez avare en détails. Tout au plus, il est précisé que des personnes physiques et morales issues des secteurs public ou privé impliquées dans la chaîne de réalisation des prestations, ont été épinglées dans l'affaire.

Opération "Mamba"

En 14 ans d'exercice, ce sont en effet les premiers rapports que cette commission composée de dix membres nommés par le président de la République transmet des rapports à la justice alors que selon ses statuts, cette autorité administrative indépendante est chargée de la prévention, la détection et la répression des faits d'enrichissement illicite. Ce qui certainement donnera lieu à divers interprétations au sein de l'opinion publique gabonaise. Pour la CNLCEI, il s'agit-là de l'ouverture « d'un nouveau chapitre de son histoire à travers les premiers dossiers parvenus au bureau du Procureur, sur la centaine retenue pour traitement par les enquêteurs ». Sauf que ce réveil assez tardif selon certains médias du pays et qui n'est que la partie visible de l'iceberg, intervient en pleine « opération Mamba » du nom de la vaste opération d'assainissement lancée depuis quelques mois par le président Ali Bongo Ondimba. Une opération qui a été déjà fatale à plusieurs anciens ministres et hauts responsables de l'Etat poursuivis et dont certains sont incarcérés dans divers dossiers de détournements de biens publics.

Paradoxe gabonais

L'opération lancée en grande pompe et en pleine crise sociopolitique qui coïncide avec une crise économique assez sévère est également diversement interprétée par les gabonais. Le pays, qui était l'un des plus grands producteurs africains de pétrole, est paradoxalement l'un des plus pauvres de la planète et aussi l'un des plus corrompus. Alors qu'il se classe à la 109e place sur 188 pays en matière de développement humain selon le dernier classement du PNUD rendu public le 21 mars dernier, le Gabon a occupé la 17e place continentale et la 101e au monde en matière de corruption selon le rapport 2016 de Transparency International publié en janvier dernier. C'est d'ailleurs pour ces raisons et bien d'autres notamment les scandales à répétition qui ont émaillés l'histoire du pays et qui sont régulièrement mis au devant de l'actualité par les médias et ONG internationaux, que le Gabon est classé parmi ces pays où « la corruption et les inégalités qui se nourrissent mutuellement pour créer un cercle vicieux entre la corruption, l'inégale répartition du pouvoir dans la société, et la répartition inégale de la richesse », comme l'a mis en évidence Transparency International. « Dans beaucoup de pays, les populations ne parviennent pas à satisfaire leurs besoins les plus élémentaires et vont se coucher affamées chaque nuit à cause de la corruption, pendant que les puissants et les corrompus mènent un train de vie somptueux », avait ainsi souligné son président José Ugaz, ce qui vaut pour le Gabon. Dernier acte en date qui rappelle que ce fléau reste encore assez ambiant dans le pays comme le reconnaissent depuis peu les autorités, l'ouverture il y a quelques jours d'une enquête de la justice française à l'égard de la présidente de la Cour constitutionnelle gabonaise Marie-Madeleine Mborantsuo, pour « des mouvements de fonds suspects ».

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Commentaire 1
à écrit le 10/04/2017 à 0:17
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Voir aussi les banquiers ils s'en mettent plein les poches mettre une banque en faillite c'est pas normal ( B G D )

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