Armement : en recul, le marché africain reste prisé par les marchands d’armes [Rapport SIPRI]

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(Crédits : UN)
Alors que les ventes d’armes majeures au niveau mondial ont augmenté de 7,8% entre 2014 et 2018, les importations d'armes par les États africains ont diminué de 6,5%. Selon le dernier rapport du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), ce sont les pays d’Afrique du nord notamment l’Egypte, l’Algérie et le Maroc qui concentrent les plus gros achats du continent alors qu’en Afrique subsaharienne, le Nigeria, l’Angola, le Soudan, le Cameroun et le Sénégal viennent en tête. Malgré le recul des achats des pays africains, le marché attise la convoitise des grands exportateurs notamment la Russie, les USA, la Chine et la France, qui constituent les premiers fournisseurs du continent.

Le commerce mondial des armes se porte bien sur le marché mondial malgré un net recul sur le continent notamment en Afrique subsaharienne. Le volume des transferts internationaux d'armes majeures en 2014-18 est supérieur de 7,8% à celui de 2009-13 et de 23% à celui de 2004-08, selon les nouvelles données sur les transferts d'armement qui ont été publiées ce lundi 11 mars par le très prestigieux Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI). Sur le continent, entre 2009-2013 et 2014-2018, les importations d'armes par les États africains ont diminué de 6,5%, ce qui cache toutefois des disparités en fonction des régions et des pays.

L'Egypte et le Maghreb, principaux acheteurs du continent

Le rapport du SIPRI classe les pays en fonction des régions et pour ce qui est de l'Afrique, c'est l'Egypte qui mène la danse. Le pays du maréchal Al-Sissi, première puissance militaire du continent est d'ailleurs classé dans la région du Moyen-Orient où les importations d'armes ont augmenté de 87% les cinq dernières années. Le pays des Pharaons se classent même dans les dix principaux pays importateurs d'armes au monde avec 15% des achats d'armes la région, derrière l'Arabie saoudite (33%) mais devant les Émirats arabes unis (11%) et l'Iraq (11%). Dans cette région, ce sont les États-Unis qui ont fourni 54% de total des transferts d'armes, devant la Russie (9,6%) et la France (8,6%).

Dans ce classement des grands pays acheteurs d'armements sur le marché mondial, l'Afrique du nord fait bande à part. En plus de l'Egypte, les pays du Maghreb se positionnent également en tête de la liste en Afrique avec l'Algérie qui représente à elle seule, 56% des importations d'armes africaines (hors Egypte), suivies par le Maroc avec 15% des achats africains. Les quatre pays d'Afrique du Nord (Algérie, Libye, Maroc et Tunisie) représentaient 75% des importations d'armes en Afrique, mis à part l'Egypte et selon le rapport, leurs importations d'armes ont augmenté de 20% entre 2009-2013 et 2014-2018.

Le Nigeria, leader en Afrique subsaharienne

Avec 4,8% des achats africains, le Nigeria arrive en tête des plus grands acheteurs en Afrique subsaharienne. Il est suivi par l'Angola, le Soudan, le Cameroun et le Sénégal. A eux seuls, ces cinq pays représentaient 56% des importations d'armes dans la sous-région. Selon les données compilées par le SIPRI, les États d'Afrique subsaharienne ont reçu 25% du total des importations africaines en 2014-2018, et leurs importations d'armes ont diminué de 45% entre 2009-2013 et entre 2014-2018.

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Malgré cette baisse, le marché africain des armes attise pourtant une féroce concurrence des plus grands fournisseurs mondiaux. Entre 2014 et 2018, la Russie représentait 49% du total des importations d'armes en Afrique du Nord, les États-Unis 15%, la Chine 10%, la France 7,8% et l'Allemagne 7,7%. Le pays de Poutine a représenté 66% des importations d'armes algériennes sur la même période, contre 90% en 2009-2013. Les États-Unis (62%) et la France (36%) ont pour leurs parts été les principaux fournisseurs d'armes au Maroc en 2014-2018.

En Afrique subsaharienne, c'est encore la Russie qui représentait 28% des exportations d'armes sur les cinq dernières années, devançant la Chine (24%), l'Ukraine (8,3%), les États-Unis (7,1%) et la France (6,1%). En 2009-2013, l'Ukraine était le principal fournisseur de l'Afrique subsaharienne. Toutefois, relève le rapport, ses exportations d'armes dans la région ont diminué de 79% entre 2009-2013 et 2014-2018. Le Nigeria, premier importateur d'armes d'Afrique subsaharienne en 2014-2018, a reçu 35% de ses importations d'armes en provenance de Russie, 21% en provenance de Chine et 15% en provenance des États-Unis.

Le G5 Sahel, de grandes ambitions mais d'infimes moyens

La base de données du SIPRI sur les transferts d'armement contient des informations sur tous les transferts internationaux d'armes majeures, ce qui inclut les ventes, les dons et les licences de production aux États, aux organisations internationales et aux groupes armés non-étatiques. Comme l'explique l'institut, la base de données du SIPRI reflète le volume des livraisons d'armement, non la valeur financière des transactions. C'est certainement ce qui ne permet pas de mettre en exergue la valeur des achats d'armes des pays africains et surtout l'efforts budgétaires que ces achats leur coûtent.

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Ainsi, dans son rapport, le SIPRI note que « bien que de nombreux États d'Afrique subsaharienne soient touchés par un conflit armé et reçoivent une aide militaire étrangère, le volume des principales armes importées par ces États est relativement faible ». C'est le cas par exemple du groupe des cinq pour le Sahel (G5 Sahel) qui a mis en place une force multinationale commune chargée d'engager des opérations militaires collectives contre des groupes terroristes et bandits armés.

Entre 2014 et 2018, les importations combinées d'armes des États du G5 du Sahel ne représentaient que 0,2% du total mondial. Au cours de cette période, ils ont reçu 26 avions militaires, dont 5 avions de combat légers et 2 hélicoptères de combat, ainsi que 179 véhicules blindés légers. Pas de quoi peser dans un marché mondial en pleine croissance et dominé par les États-Unis, la Russie, la France, l'Allemagne et la Chine, les cinq plus grands exportateurs qui représentent à eux seuls 75 % du volume total des exportations d'armement entre 2014 et 2018, et qui sont sur le marché africain en quête d'opportunités.

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