Bénin : vers un relèvement de la caution présidentielle à 250 millions de Fcfa ?

Il faudrait attendre la séance plénière, puis le vote pour savoir si la mesure sera effective pour la présidentielle de 2021. Mais pour l’heure, les députés de la majorité semblent pousser dans le sens d’un relèvement conséquent de la caution des candidats pour la présidentielle. Leur projet : faire passer cette caution de 15 millions de Fcfa actuellement à 250 millions une fois le texte adopté. Mesure pour limiter les candidatures fantaisistes ou volonté d’éliminer de la course des adversaires ? Le débat fait rage.
Ibrahima Bayo Jr.

3 mn

(Crédits : Reuters)

Officiellement, l'objet de ce projet de loi est de prévenir «les candidatures de positionnement» pour la distribution de postes au sein des 106 partis politiques enregistrés. Dans le camp de Patrice Talon, les députés de la majorité souhaitent un relèvement de la caution exigée aux candidats à la présidentielle.

«Ubuesque !», de 15 millions à 250 millions

Jusque-là, cette garantie légale a été fixée à 15 millions de Fcfa pour les présidentielles de 2011 et de 2016. Elle est remboursable par la Trésor public au candidat, «s'il a obtenu au moins 10% des suffrages exprimés au premier tour», selon la loi béninoise. Une règle stricte qui avait raboté les finances d'une trentaine de candidats à la présidentielle 2016 au cours de laquelle ils n'ont pas pu assurer le suffrage minimal demandé pour le remboursement.

Sous couvert de l'argument principal qui veut que le relèvement de la caution réduise le nombre de candidatures jugées fantaisistes, la majorité a introduit au Parlement un projet de loi visant à porter ce cautionnement à 250 millions de Fcfa. Une forte hausse pour une caution précédemment fixée à 100 millions que Thomas Boni Yayi avait négociée à la baisse à 15 millions de Fcfa. Si le projet passe, il en sera autrement.

Une mesure «ubuesque !», s'étonne Régis Hounkpè, directeur exécutif d'InterGlobe Conseils : «Cette fois-ci, le désaveu contre les nouvelles dispositions concernant le relèvement de la caution présidentielle est absurde et totalement déconnecté des réalités sociales du Bénin (...) Les législateurs ont eu la main lourde. Cette mesure est discriminatoire et ne répond pas du tout à la nécessité d'assainir le système partisan et le Code électoral au Bénin».

Notre expert résume ici tous les arguments d'une opposition vent debout contre le projet de loi. L'élimination par caution présidentielle privilégierait uniquement des candidatures de riches, notamment issus du monde des affaires comme Patrice Talon ou Sébastien Ajavon, seuls à même de décaisser cette importante somme. D'un autre côté, la loi, si elle est adoptée, pourrait aussi favoriser des candidatures financées par des lobbies.

Un plan d'assainissement de Talon à l'épreuve du vote

Le plan d'assainissement de la vie des partis politiques au Bénin est un des chantiers phares de Patrice Talon. Dans la loi déjà validée en commission, une exigence de niveau de diplômes ou de niveau intellectuel pour être candidat s'y est glissée. Des conditions jugées discriminatoires par nombre d'observateurs, notamment sur l'élaboration et la mesure de ces concepts abstraits et subjectifs. La réforme en prend un sérieux coup.

«Bien sûr, il y a un besoin urgent de faire le ménage, mais la caution présidentielle à ce niveau est discriminatoire. Il faut plutôt réinventer le logiciel politique au Bénin et pourquoi ne pas trouver des conditions obligatoires pour diriger un parti politique et se présenter aux élections. Pourquoi ne pas réfléchir à la signature d'un nombre conséquent de députés, maires, conseillers communaux ou chefs d'arrondissement pour se présenter ? Ou à un certain nombre d'années d'exercice du parti parce que beaucoup de mouvements naissent à la veille des scrutins ?», finit par proposer Régis Hounkpè.

Pour l'heure, la réforme doit passer par l'étape des débats et d'un vote favorable pour pouvoir être applicable. Dans un parlement où l'on ne peut plus rien pronostiquer, les députés ont souvent montré qu'ils pouvaient être surprenants. Cette réforme n'y échappera pas peut-être.

Ibrahima Bayo Jr.

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