Ouganda : Museveni, vers son sixième mandat et la «présidence à vie»

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(Crédits : Reuters)
Le blanc-seing de la justice ougandaise pour une candidature à un sixième mandat est-il la porte ouverte à une «présidence à vie». En Ouganda, l’opposition ne se berce plus d’illusions sur le projet de Yoweri Kaguta Museveni de conserver un pouvoir qu’il a obtenu depuis 1986. Trente-deux ans plus tard se pose la question de sa présidence à vie. Détails.

Cela fait trois décennies que Yoweri Kaguta Museveni use le fauteuil de la State House d'Entebbe, l'ancienne capitale d'Ouganda. Depuis ce palais qui domine le Lac Victoria, cet économiste et ex-agent des services secrets règne sur l'Ouganda depuis 1986. Cinq quinquennats durant, à coups de modifications constitutionnelles, le président âgé de 73 ans est en bonne place dans le palmarès des records de longévité au pouvoir en Afrique. Et c'est loin d'être fini !

Candidature à un sixième mandat validé par la justice

Toute l'opposition est vent debout contre un sixième mandat validé par la justice du pays. A 73 ans, Yoweri Kaguta Museveni aurait normalement dû être écarté de la Course au Palais de 2021 à cause d'une loi fixant la limite d'âge pour être président à 75 ans. Mais par un tour de force juridique qui n'a presque surpris personne, le septuagénaire sera à nouveau en lice. Pour un sixième quinquennat !

Ce jeudi 26 juillet, à Mbale, à l'est de Kampala, la cour constitutionnelle a entériné une loi promulguée par le président, mais attaquée en justice par un groupe de l'opposition. La loi introduit une limite de mandats présidentiels tout en abrogeant la limite d'âge, dernier obstacle à une candidature de Yoweri Museveni. Les appels de l'opposition qui avait contesté la loi devant la justice n'y changeront rien. Pour Museveni, qui indiquait que l'heure n'était pas encore arrivée pour lui de quitter le pouvoir, c'est un blanc-seing judiciaire.

Présidence à vie face une vague de démocratisation

Désormais, vers quoi s'achemine le régime ? «La présidence à vie !», répond Ladislaus Rwakafuzi, porte-voix de l'opposition ougandaise. «La cour a consacré la présidence à vie, le pouvoir d'un seul homme. Les juges ont manqué de courage pour dire au président qu'il est là depuis suffisamment longtemps», conclut-il en désespoir de cause.

Avec des modifications constitutionnelles, des lois taillées sur mesure ou une intimidation des opposants, Yoweri Kaguta s'est toujours joué du droit ou de l'appareil sécuritaire de son pays pour rester au pouvoir. Un temps évoquée, l'hypothèse d'une passation de son pouvoir à son fils, le Général Muhoozi Kainerugaba, semble loin derrière avec cette nouvelle candidature. Tout comme la possibilité pour les jeunes de le remplacer à cause de la fixation de l'âge minimal de candidature à plus de 35 ans. Pas même la possibilité d'une transition ou une alternance démocratique dans ce pays qu'il dirige depuis 1986.

Sans trop y croire, l'espoir de l'opposition réside maintenant dans l'introduction d'un appel devant la justice pour celle-ci revenir sa décision et imposer l'application de la limite d'âge pour une candidature présidentielle. Mais la nouvelle vague de démocratisation qui a déboulonné Ben Ali, Blaise Comparoré, Yahya Jammeh, Robert Mugabe ou encore Jacob Zuma, le cyclone de révolte populaire s'apprête peut-être à souffler sur Kampala.

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