Crise gambienne : Jammeh se prépare au bras de fer !

Après l’échec de sa médiation pour convaincre Yahya Jammeh de quitter son palais du State House, la Cedeao avait haussé le ton. Engagée dans une véritable joute psychologique avec le maître de Banjul, l’organisation ouest-africaine l’avait pressé de quitter le pouvoir à l’issue de son sommet d’Abuja. L’homme au boubou blanc, sceptre à la main, a porté une tirade télévisée qui confirme son obstination à s’arc-bouter sur son fauteuil. Une position qui engage l’épreuve de force.
Ibrahima Bayo Jr.
(Crédits : Reuters)

Une allocution digne d'un show télévisé des plus grands autocrates. C'est le canal choisi par le fantasque maître de Banjul pour apporter sa réplique à la communauté internationale. Sur les antennes de la GRT (la chaîne publique) il a -encore- joué, la carte des ingérences étrangères.

Jammeh envoie une pique à la France pour ses « ingérences »

« Ce n'est pas à Paris que l'avenir de la Gambie va se décider », a martelé Yahya Jammeh. Une flèche décochée en direction de l'Elysée d'où François Hollande prêchait, sans indiquer les moyens à employer, pour une rapide installation du président élu de la Gambie Adama Barrow en lieu et place de Yahya Jammeh. « Une élection a eu lieu en Gambie, ses résultats sont incontestables. Le président doit être installé le plus vite possible », a déclaré François Hollande qui recevait le chef de l'Etat sénégalais, Macky Sall.

C'est également via les écrans de la GRT que Yahya Jammeh a surpris le monde entier avec sa surprenante volte-face. Après avoir concédé sa défaite à la présidentielle du 1er décembre, le président opère une pirouette une semaine plus tard pour contester les résultats des bidons à billes, dénonçant des « erreurs inacceptables » de la commission électorale gambienne. Il avait depuis infléchi sa position en déposant un recours devant une cour suprême désertée de ses juges depuis juin 2015.

La Cedeao qui n'est pas parvenue à calmer la crise par la médiation, s'était résolue à des condamnations et des pressions de communiqués diplomatiques. La question gambienne qui devait être évacuée lors du sommet du 17 décembre à Abuja, s'est restreinte à un soutien au président élu dont la Cedeao s'engage à assurer la sécurité. « Tous les Chefs d'Etat assisteront à l'investiture, le 19 janvier, du président élu Adama Barrow, conformément aux dispositions de la Constitution gambienne », ont menacé les présidents ouest-africains.

Vers un bras de fer avec la Cedeao ?

L'organisation politique ouest-africaine avait assuré qu'elle prendrait toutes les mesures nécessaires pour faire respecter les résultats de la présidentielle du 1er décembre. Entre les lignes, la Cedeao n'excluait pas un recours à la force armée pour déloger le maître de Banjul de son palais du State House. De quoi hérisser de tous poils le marabout blessé dans son orgueil.

Dans son allocution télévisée de ce mardi 20 décembre, Yahya Jammeh, qui a encore le soutien d'une partie de l'armée, s'est montré impavide face aux menaces de la CEDEAO dont il a dénoncé l'iniquité. « Avant même de venir, ils avaient déjà déclaré que Jammeh devait partir. Je ne partirai pas », fustige Yahya Jammeh à propos de la médiation de la CEDEAO conduite par la libérienne Ellen Johnson Sirleaf, le ghanéen sortant John Dramani Mahatma, le sierra-léonais Ernest Bai Koroma et le nigérian Muhammadu Buhari. Pas sûr que ce dernier, qui a pris le relais, réussisse à ramener à la raison Yahya Jammeh avant la date butoir du 19 janvier marquant la fin constitutionnelle de son mandat présidentiel.

Puis choisissant une rhétorique guerrière à référentiel religieux, le président gambien sortant indique à propos de son recours devant la cour constitutionnelle, « je ne suis pas un lâche. On ne peut pas intimider ou violer mes droits. Telle est ma position. Nul ne peut me priver de la victoire à l'exception d'Allah le Tout-Puissant », a-t-il déclaré à la télévision. La logique du bras de fer semble entérinée. C'est peut-être par la force que la CEDEAO réalisera son dessein de se débarrasser du plus trublion des chefs d'Etat ouest-africains. En face, l'ancien officier de l'armée gambienne les attend de botte ferme.

Ibrahima Bayo Jr.
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Commentaires 2
à écrit le 19/01/2017 à 6:23
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C'est Tres Etonnant De Voir Un Dirigeant A Deux,trois,... Decenies; Avide Du Pouvoir, Organise Des Elections Dans Lesquelles Il Fini Par Choir, Que N'a T-il Pas Realise Dans Ces 2 Decenies Et Qu'il Veut Accomplir Par Force? Quel Est Ce Peuple Va T-il...

à écrit le 24/12/2016 à 23:01
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