Paris Infraweek  : l'Afrique face au défi des infrastructures durables

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(Crédits : DR.)
Du 7 au 11 octobre, Paris Europlace organisait la 3e édition du Forum international du financement des infrastructures à Paris. Le Kenya et le Maroc représentaient l'Afrique autour de questions centrées sur les infrastructures « durables », une thématique pour laquelle Paris cherche à imposer son expertise face à l'Empire du Milieu...

L'événement organisé par Paris-Europlace en partenariat avec le ministère de l'Economie et des finances et de nombreux partenaires publics et privés a réuni l'ensemble de l'écosystème des infrastructures : financiers, industriels, porteurs de projets ou avocats. « Nous comptons 1200 inscrits et quelque vingt nationalités sont représentées dont la moitié vient du continent africain », se félicite  directeur des études de Paris Europlace, l'organisation en charge de promouvoir la place financière de Paris.Karim Zine-Eddine,

Entre réaménagement des espaces urbains et développement des smart cities, l'Afrique est aujourd'hui engagée dans de vastes projets où la Tech occupe une place stratégique. « En matière d'infrastructures, l'enjeu tourne désormais autour des pays émergents, notamment en Afrique où la population doublera dans les 30 prochaines années. Les villes doivent être intelligentes dans leur gestion globale et inclure tous les aspects du digital qui permettront de dépenser le moins d'énergie possible », précise-t-il.

Ce n'est pas un hasard si les organisateurs de cette semaine consacrée aux infrastructures se sont penchés sur le Kenya et le Maroc. Le royaume chérifien a développé toute une série d'infrastructures innovantes, où la France parvient à tirer son épingle du jeu. Selon les chiffres du Trésor, avec 10,2 milliards d'euros en 2017, la France est, en stock, le 1er investisseur étranger du royaume qui accueille 900 filiales d'entreprises françaises et 33 entreprises du CAC 40 (la France est le 2e partenaire commercial du Maroc derrière l'Espagne). « Nous avons notamment décidé de parler de la ligne grande vitesse Tanger-Casablanca qui représente la 1ere ligne de TGV d'Afrique, rendue possible par Colas Rail. Ce projet intègre tous les critères de qualité requis », souligne-t-il.

A l'est du continent, la locomotive kényane avec son projet de « Silicon Savannah » et ses nombreux défis urbains attise les appétits des opérateurs internationaux toujours plus nombreux. Avec ses 5,9 % de croissance moyenne depuis 2010, le pays intéresse de plus en plus l'hexagone, sous les bons auspices de l'Elysée. En mars dernier, Vinci, Airbus Helicopter ou encore GE-Alstom y ont décroché des contrats pour un montant global d'environ 2 milliards d'euros, à l'occasion de la visite du président Emmanuel Macron au Kenya.

Le défi du financement des infrastructures africaines

Le manque de financement dans les infrastructures fait toujours cruellement défaut sur le continent. Selon le rapport Perspectives économiques en Afrique de 2018 publié par la Banque Africaine de Développement (BAD), l'Afrique  devrait investir entre 130 et 170 milliards de dollars par an dans ses infrastructures, alors que les investissements atteignaient péniblement 62 milliards de dollars en 2016. Dès lors, comment mobiliser davantage de ressources pour atteindre cet objectif tout en réduisant la perception des risques ?

« Nous travaillons sur plusieurs pistes comme le développement de l'assurance et de la réassurance », explique Augustin de Romanet, à la tête de Paris-Europlace. « Plusieurs pistes sont à l'étude pour renforcer le volume des financements mixtes, les partenariats public-privés [...] nous avons élaboré une database Emerging Market destinée aux acteurs privés. Ensuite, nous disposons du FASEP (Fonds d'étude et d'aide au secteur privé, ndlr) », poursuit le PDG du Groupe ADP.

« L'Afrique est un enjeu de développement durable fort où l'on peut avec l'énergie propre, les transports et les infrastructures essentielles, avoir un impact positif considérable par rapport aux investissements réalisés, c'est la raison pour laquelle nous voulons faire progresser la part de l'Afrique dans notre portefeuille » estime pour sa part Thierry Déau, le PDG-fondateur de Meridiam, le fonds français qui gère près de 7 milliards d'euros d'actifs dont 500 millions sur le continent (un montant qui a doublé en 3 ans). Meridiam Infrastructure Africa Fund créé en 2016 compte aujourd'hui une vingtaine de collaborateurs répartis entre Dakar et Addis-Abeba et accompagne des projets du Gabon (Terminal portuaire d'Owendo) à Madagascar (Aéroports de Tananarive et de Nocibé) en passant par la Côte d'Ivoire dans l'énergie solaire et le Kenya (route reliant Nakuru à Nairobi). Meridiam tient à suivre les projets dans lesquels il investit, sur toute la durée de la concession : une spécificité française face à l'approche du géant chinois ?

La qualité « made in France » face aux yuans de Beijing ?

« La qualité des infrastructures qui est la priorité définie par la présidence japonaise du G20 est le fil conducteur de cette édition de Paris Infraweek », déclare Karim Zine-Eddine. « Elle recouvre le financement et la maintenance sur du long terme, la soutenabilité des projets ainsi que les critères ESG [critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, ndlr] avec un impact carbone maîtrisé », poursuit-il. Des normes de qualité qui sont bien souvent avancées face aux concurrents chinois, engagés dans de vastes projets d'infrastructures en Afrique. « La qualité fait toute la différence. Les infrastructures de la place de Paris sont reconnues pour leur qualité à l'échelle internationale. Ces critères sont peut-être plus difficiles à mettre en place en Chine », confie-t-il. L'enjeu est bien là : comment s'organiser pour affronter la concurrence chinoise, devenue le 1er partenaire commercial de l'Afrique depuis 2009?

De la ligne ferroviaire qui relie Nairobi à Mombasa sur 472 km pour 3 milliards d'euros (financée  à 90 % par la Chine) au pont suspendu de Maputo financé à 95 % par l'Empire du Milieu pour un montant de 692 millions d'euros en passant par le tramway d'Addis-Abeba pour un coût de 475 millions d'euros financé également par Beijing, on ne compte plus les projets titanesques engagés par la Chine sur le continent qui poursuit sa stratégie de nouvelles « routes de la soie ». Face aux milliards avancés par la Chine, la concurrence dénonce un impact carbone élevé (Pékin n'est pas signataire de l'Accord de Paris), une qualité aléatoire des infrastructures, eu égard aux accidents de rails relevés en Chine ces dernières années.

Toutefois, c'est la soutenabilité de la dette qui attise le plus de critiques. Depuis 2000, la Chine est devenue le principal créancier du continent dont le taux d'endettement atteindrait à 57 % du PIB. D'après le FMI, la Chine détiendrait l'équivalent de 82 % de la dette publique extérieure de Djibouti. Au total, ce sont plus de 113 milliards d'euros que l'Afrique aurait contractés à la Chine depuis 2000, selon l'Institut américain China Africa Research Initiative. La Chine est régulièrement accusée « d'étrangler » financièrement l'Afrique et Paris dans un contexte de Brexit, cherche à se positionner comme la nouvelle place financière européenne, en première ligne dans le financement des infrastructures sur le continent, arguant l'expertise et la qualité de ses services face à la menace d'une perte de souveraineté possible à terme pour des pays africains aux prises avec la dette chinoise...

Les acteurs européens réunis à Paris sont prêts à mener l'offensive : « Paris Europlace travaille actuellement sur un rapport concernant les grands défis mondiaux dans les pays émergents et en particulier en Afrique, qui sera présenté à la presse courant octobre », annonce d'ailleurs Karim Zine-Eddine

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Commentaires
a écrit le 25/10/2019 à 16:52 :
Bonjour,
Petite correction: la Chine est partie à l'Accord de Paris

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