Epargne : la « finance pyramidale », ce frein à la bancarisation au Nigéria

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(Crédits : Reuters)
En janvier 2012, le Nigéria a lancé sa Stratégie nationale d’inclusion financière qui prévoit de réduire le taux d’adultes non bancarisés de 46,6% en 2010 à 20% en 2020. Mais depuis le début de cette année, le projet se trouve compromis par le succès de pratiques d’épargne fondées sur le système Ponzi. Alors que les autorités tirent la sonnette d’alarme en vain dans un contexte de ralentissement de l’économie, les Nigérians et les acteurs de ce système illégal semble faire la sourde oreille.

Plus aucune sortie médiatique des autorités financières nigérianes sans évoquer le sujet. « C'est inquiétant de constater qu'en dépit des conseils répétés, beaucoup de gens sont encore victimes des fausses promesses de ces gestionnaires de fonds illégaux », a déclaré lundi 7 novembre, le directeur général de la Société d'assurance-dépôts du Nigeria (NDIC), Alhaji Umaru Ibrahim. Intervenant au Lagos International Trade Fair 2016 placé sous le thème : « Positionnement de l'économie du Nigeria pour la diversification et la croissance durable », il n'a pas pu s'empêcher d'alerter ainsi les Nigérians.

Un établissement en cause

Et pour cause, que ce soit à Lagos, Abuja ou d'autres grandes villes nigérianes, les dépôts d'argent aux revenus faramineux ont le vent en poupe. De plus en plus de Nigérians se détournent du système bancaire classique pour conserver leur épargne dans des établissements financiers fondés sur le système de Ponzi, ce montage financier frauduleux qui consiste à rémunérer les investissements des clients essentiellement grâce aux fonds procurés par les nouveaux entrants.

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L'entreprise la plus célèbre et nommément dénoncée par les autorités est baptisée « MMM Nigéria ». Pour la petite histoire, MMM est à la base une entreprise russe qui, éclaboussée par des scandales d'évasion fiscale et de système de Ponzi, a déclaré faillite en 1997. Mais en 2015, une société du même nom a commencé à opérer en Afrique du Sud, avant l'interdiction des autorités, suite à une enquête. Et c'est depuis début 2016 qu'une autre du même nom a lancé un site web destiné à la « clientèle » nigériane. Une caravane sillonne le pays pour expliquer les avantages de ce système d'épargne qui promet 30% de revenus mensuels aux adhérents.

Dans un contexte économique difficile

Très vite, les autorités nigérianes ont tiré la sonnette d'alarme, mettant en garde les usagers. En mars dernier, la NDIC intervenait, appelant les Nigérians à la vigilance. Mais face au succès de ce système d'épargne, les autorités tentent de sensibiliser de plus belle. En septembre, c'était au tour de la Banque centrale du Nigéria, par le biais de son directeur par intérim de la Communication, Isaac Okoroafor:

« Dans des moments comme cela quand l'économie a subi un certain recul, les Nigérians devraient être très prudent avec leurs interlocuteurs financiers. Toute institution qui n'est pas autorisée par la Banque centrale du Nigéria à accepter des dépôts ne doit pas être donné de l'argent pour garder sous quelque forme. »

A l'occasion de la journée mondiale de l'épargne le 31 octobre dernier, la directrice du département en charge du consommateur à la Banque centrale du Nigéria, Khadija Kassim, a réitéré la non-légalité ce système: « Nous avons entendu parler des activités de MMM, mais je tiens à vous mettre en garde contre cela, car ce sont des banques illusoires qui ne sont pas réglementées »

Lors de son intervention hier, le DG de la NDIC, Alhaji Umaru Ibrahim, s'est voulu encore plus claire : « Pour éviter tout doute, ces gestionnaires de fonds illégaux ne sont ni autorisés par la Banque centrale, ni sous la couverture d'assurance-dépôts de la NDIC ».

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L'objectif de bancarisation des adultes compromis

Avec ses 186 millions d'habitants en 2016, le Nigéria est le pays le plus peuplé d'Afrique et 7ème mondial. Mais 70% de sa population vivant en dessous du seuil de pauvreté, le pays est un terrain fertile pour ce type d'affaires. Et ce système d'épargne basé sur le Ponzi tombe mal, puisque le gouvernement tente d'accélérer son programme de promotion de la finance inclusive. Il a en effet lancé, en janvier 2012, sa Stratégie nationale de finance inclusive qui prévoit la réduction du taux d'adultes non bancarisés de 46,6% en 2010 à 20% en 2020. A quatre ans de l'échéance, les autorités considèrent l'essor du système d'épargne prôné par MMM comme un frein à leur démarche. Face à la sourde-oreille des usagers, les autorités envisagent de fermer ces établissements et n'écartent pas des mesures sévères.

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En attendant de voir le comportement de la population après plusieurs semaines t'intense sensibilisation, la Société d'assurance-dépôt du Nigéria a établi un partenariat avec la commission des universités nationales pour la mise en œuvre d'un projet de deux cours sur l'assurance-dépôt. Ceux-ci seront dispensés dans sept universités à travers le pays. Objectif : Avoir des étudiants avertis qui pourront également montrer le bien-fondé de l'épargne au sein du système bancaire reconnu par l'Etat.

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