« Luanda Leaks » (1/3) : ces cabinets qui auraient « facilité » la construction de la fortune d’Isabel dos Santos

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(Crédits : DR/LTA)
Sur la base de 715 000 documents, le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) révèle notamment des « montages financiers » complexes et l’existence de sociétés offshore qui auraient permis à Isabel dos Santos de bâtir sa fortune. Dans cette aventure, plusieurs cabinets internationaux de premier plan dont PwC, Boston Consulting Group (BCP) ou KPMG auraient « joué un rôle clé ».

Plus de 400 entreprises et filiales dans 41 pays, « dont au moins 94 dans des juridictions secrètes comme Malte, Maurice et Hong Kong ». Ainsi se résument le patrimoine business d'Isabel dos Santos et son époux Sindika Dokolo, selon « Luanda Leaks », l'enquête du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) révélée hier dimanche 19 janvier et menée sur la base de 715 000 documents dont des rapports financiers, des contrats, des échanges d'emails, des billets d'avion, des structures d'entreprises. Un empire qui se chiffrerait à plusieurs milliards de dollars.

PwC, partenaire de choix de Dos Santos ?

Selon l'enquête qui entend démontrer les « montages financiers » complexes mis en œuvre par le couple pour « détourner » les deniers publics angolais ou mettre en place des stratégies d'évitement fiscal, plusieurs géants internationaux du conseil financier et juridique, dont les Big Four auraient « joué un rôle clé » dans la construction et la protection de la fortune de la femme la plus riche d'Afrique et de son mari, Sindika Dokolo.

« Parmi les Big Four, PwC a joué le plus grand rôle dans l'empire dos Santos, fournissant des services de comptabilité et d'audit aux entreprises liées à dos Santos et à son mari à Malte, en Suisse et aux Pays-Bas. PwC a également fourni des conseils fiscaux et financiers aux entreprises angolaises détenues ou détenues en partie par le couple. Les entreprises du réseau mondial de PwC ont facturé plus de 1,28 million de dollars pour ce travail entre 2012 et 2017 [...] dont plus de 900 000 dollars facturés aux sociétés constituées dans le centre financier offshore de Malte », indique l'ICIJ.

Des signaux d'alarme occultés

Selon les analystes, les comptables auditant les comptes des entreprises du couple ont à plusieurs reprises fermé les yeux sur des lignes rouges qui auraient dû alerter. L'enquête évoque le cas d'Almaerk International Limited, une société-écran basée aux Iles Vierges appartenant à Sindika Dokolo qui avait reçu une « commission de réussite » de 4 millions de dollars, soit une partie des 45 millions de dollars investis par Sodiam (le diamantifère national angolais) « pour racheter la dette de Grisogono et acquérir des parts dans la société de bijoux en difficulté ». Le collectionneur d'art congolais recevait cette « commission de réussite »« pour avoir arrangé l'accord qui le laissait aux commandes » du joaillier, car il était devenu en 2012 avec Sodiam, actionnaires majoritaires de Grisogono. Un versement qu'un comptable de PwC, un spécialiste de la lutte contre le blanchiment d'argent, un juricomptable, un ancien auditeur et un ancien enquêteur des douanes américain avaient jugé « suspect », mais sur lequel le Big Four n'a pas davantage fouillé. Or pour les experts, ce type de transactions cacherait généralement « des paiements liés à la corruption ou des activités illégales ».

L'enquête évoque également le cas de Wise Intelligence Solutions Limited, une société basée à Malte et appartenant au couple dos Santos/Dokolo qui avait signé en 2015 un contrat de 9,3 millions de dollars avec le gouvernement pour l'aider à restructurer Sonangol, dont Isabel dos Santos est devenue présidente en juin 2016 sur nomination de son père, avant son limogeage par Joao Lourenço en novembre 2017.

PwC travaille sur ce projet pour 273 000 dollars. Les avocats de la femme d'affaires ont fait valoir qu'elle avait été choisie pour la restructuration de la compagnie pétrolière nationale « parce qu'elle est l'une des très rares Angolaises ayant une expérience considérable du commerce international ».

Boston Consulting Group [BCG] a, pour sa part, facturé « au moins 4,3 millions de dollars » entre 2010 et 2016 à des entreprises détenues par le couple dont 3,5 millions dollars concernant une seule société Wise Intelligence Solutions Limited. Les investigateurs de l'ICIJ ont également trouvé curieux que deux collaborateurs de BCG dont un ancien chef de projet ayant travaillé sur des missions d'audits de sociétés appartenant à Isabel dos Santos et son mari, soient devenus en 2013 et en 2015, PDG de Grisogono.

KPMG a, quant à lui, mené l'audit de sociétés du réseau de distribution d'Isabel dos Santos. Ses missions se sont également étendues au conseil auprès d'Urbinveste, la société de gestion de projet de la « princesse angolaise », indique l'ICIJ sans préciser le type de conseil apporté.

Plusieurs autres grands cabinets sont cités parmi les partenaires des entreprises d'Isabel dos Santos, dont Deloitte et Ernst & Young. Mais tous nient toute implication dans des malversations, défendant leur solide système de due diligence. Pourtant, l'ICIJ estime qu'en dépit des réticences émises par certaines banques internationales à partir de 2012, comme Citigroup ou Barclays- pour des transferts d'argent, plusieurs cabinets internationaux ont continué à offrir leurs services à Isabel dos Santos et son mari.

La défense d'Isabel sur Twitter

Toute la journée et la soirée de dimanche, Isabel dos Santos n'a fait que démonter le « Luanda Leaks » dénonçant des « mensonges », des « inventions », résultats, selon elle, d'une manœuvre du gouvernement angolais.

Au Portugal, l'enquête ouverte sur l'origine des fonds investis par la fille de l'ex-président angolais suit son cours. Depuis que le bras de fer l'opposant au président Joao Lourenço a pris une tournure importante en juillet 2018, plusieurs analystes s'accordent pour dire que la femme d'affaires perdra. Avec le soutien de sa famille, elle tente coûte que coûte de tenir le cap. A la télévision portugaise la semaine dernière, elle révélait son intention de considérer une probable candidature à la présidentielle angolaise.

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