Tunisie : enfin un autre accord avec le FMI pour la poursuite du programme d’assistance financière

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(Crédits : Reuters)
Le FMI et la Tunisie sont enfin parvenus à un accord pour la mise en œuvre de certaines réformes qui devront permettre la poursuite du programme convenu en 2016 mais aussi et surtout le décaissement de la quatrième tranche du crédit de 2,9 milliards de dollars sur quatre année, accordé au pays. Malgré la persistance des déséquilibres et le retard dans la mise en œuvre de certaines réformes, les services du FMI ont noté quelques signaux positifs de reprise de la croissance. Il va falloir pourtant accélérer la mise en œuvre des réformes et adopter des mesures socioéconomiques à haut risque politique pour le gouvernement tunisien, sur qui le FMI accentue la pression.

Le gouvernement tunisien l'a encore une fois de plus échappée belle ! Au terme de deux semaines d'intenses et difficiles négociations, les autorités et les services du FMI ont pu enfin parvenir à un accord pour la poursuite du programme convenu avec le pays au titre du Mécanisme élargi de crédit (MEDC) qui en est à sa quatrième phase. « Les autorités tunisiennes et l'équipe du FMI sont parvenues à un accord sur les politiques nécessaires pour achever la quatrième revue dans le cadre du programme MEDC. Les autorités tunisiennes ont souligné leur intention de continuer à agir de manière décisive pour contenir le déficit budgétaire, ce qui permettrait au Conseil d'administration du FMI d'examiner la quatrième revue à la fin du mois de septembre », annoncé le FMI, ce vendredi 31 Août,  au terme de sa visite à Tunis et des discussions avec les autorités.

L'achèvement de la revue devrait permettre au pays de bénéficier, après l'adoption finale de la décision par le Conseil d'administration en septembre prochain, d'un décaissement de 257 millions de dollars, ce qui porterait le total des décaissements au titre du MEDC à environ 1,5 milliard de dollars sur les 2,9 milliards de dollars étalés sur 4 années, qui ont été accordé au pays en 2016 en contrepartie de la mise en œuvre d'un vaste programme de réformes économiques. C'est justement sur la mise en œuvre de ces réformes que le gouvernement tunisien a accusé un sérieux retard et à chaque revue, il a fallu que le FMI monte la pression pour que les autorités s'engagent à en accélérer la cadence. C'est le cas cette fois aussi puisque jusqu'à la veille de la conclusion de l'accord, c'est un flou total qui persistait. La presse économique locale ainsi que certains analystes, avaient même anticipé un désaccord total entre les deux parties, ce qui se serait traduit par un report du prochain décaissement alors que l'économie du pays en a encore et toujours tellement besoin au vue de la conjoncture. Début d'année, la directrice du Fonds, Christine Lagarde, a d'ailleurs longuement échangé avec le premier ministre mais aussi le président Béji Caid Essebsi (BCE), sur la nécessité d'accélérer la cadence des réformes, à l'occasion de sa visite en janvier dans le pays.

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Nouveaux engagements

Cette fois encore, le gouvernement de Youssef Chahed a dû prendre de nouveaux engagements pour maintenir la bienveillance des services du FMI, lesquels fort heureusement, ont relevé quelques « signaux encourageants indiquent que la reprise économique est en bonne voie ». L'engagement des autorités à réduire les déséquilibres budgétaires porte également ses fruits, a indiqué le fonds dans son communiqué qui recommande toutefois aux autorités la marche à suivre à court et moyen terme. « Rester sur la voie de la réduction du déficit budgétaire cette année et l'année prochaine est essentiel pour stabiliser la dette et réduire la demande excessive d'importations, étant donné l'augmentation importante des prix internationaux du pétrole », poursuit le même document.

« Certains signaux encourageants indiquent que la reprise économique est en bonne voie. L'économie tunisienne a connu une croissance de 2,6%, en glissement annuel, au premier semestre de cette année, avec une bonne performance des secteurs de l'agriculture, du tourisme et des services. Le nombre de touristes ayant visité la Tunisie depuis le début de l'année est le plus élevé depuis 2010. L'engagement des autorités à réduire les déséquilibres budgétaires porte également ses fruits. L'exécution du budget sur les six premiers mois de 2018 est conforme avec l'objectif de réduire significativement le déficit cette année. Contenir les déficits contribuera à réduire la dette publique élevée de la Tunisie qui pèse sur l'économie et les générations futures », a résumé, Björn Rother, Le chef de mission du FMI.

Selon l'appréciation de la mission, bien qu'en croissance, l'économie reste trop dépendante de la consommation et des importations. « L'investissement a encore été faible cette année. Le chômage chez les jeunes et les femmes, particulièrement les diplômés, reste très élevé », ont relevé les services du FMI pour qui « des réformes économiques supplémentaires, notamment pour renforcer la gouvernance, et l'intensification de la lutte contre la corruption, sont nécessaires pour surmonter les réticences des investisseurs et rétablir la confiance ». Selon l'institution financière internationale, « ces efforts contribueront à libérer le potentiel du secteur privé et à générer plus d'opportunités et d'emplois pour tous les tunisiens ».

Persistance des déséquilibres

La Tunisie a encore du chemin à faire pour relancer sa machine économique grippée depuis des années. « Les déséquilibres économiques de longue date continuent de poser des risques importants pour l'économie tunisienne. L'inflation a récemment connu une légère baisse, mais à 7,5 pour cent, elle reste considérablement plus élevée que les années précédentes. La monnaie et le crédit ont continué à augmenter rapidement et le dinar s'est davantage déprécié, ce qui créera probablement de nouvelles pressions inflationnistes dans les mois à venir », ont ainsi relevé les services du FMI. En outre, l'amélioration attendue du déficit de la balance courante prend plus de temps que prévu. La raison, c'est que les importations sont encore trop élevées par rapport aux exportations et aux autres flux d'entrées de devises. Les réserves de change sont donc encore inférieures aux niveaux généralement observés dans les économies émergentes. Par ailleurs, le FMI note que l'environnement extérieur de la Tunisie est confronté à de nouveaux défis avec, entre autres, des prix du pétrole nettement plus élevés que ce qui était prévu en début d'année et des marchés financiers internationaux devenus plus volatils.

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Le FMI a donc de nouveau insisté sur la nécessité pour les autorités tunisiennes de poursuivre l'objectif de réduction du déficit budgétaire. Au regard de l'augmentation importante des prix internationaux du pétrole, le fonds estime qu'il  sera particulièrement important de poursuivre les réformes des subventions, actuellement peu ciblées, de l'énergie, de gérer soigneusement la masse salariale publique ainsi que de redresser, sur des bases viables, la situation des caisses de sécurité sociale pour les secteurs public et privé. « Ces mesures aideront à contenir les dépenses qui profitent de manière démesurée aux plus nantis. Elles mettront également davantage de ressources à la disposition des investissements publics, ce qui stimulera la croissance et l'emploi, au profit des jeunes et des chômeurs », a plaidé le FMI qui s'est aussi félicité de l'intention du gouvernement d'accroître davantage les dépenses sociales. « La Banque Centrale de Tunisie (BCT) a raison de rester vigilante, vu que la récente baisse de l'inflation pourrait être temporaire », a aussi recommandé le fonds, ajoutant que si l'inflation devait reprendre au cours des prochains mois, des hausses supplémentaires des taux d'intérêt seraient nécessaires pour ancrer les anticipations d'inflation et maintenir la stabilité économique.

Le gouvernement a donc sa feuille de route et rien n'est encore joué notamment au regard des décisions que pourraient prendre par la suite le Conseil d'administration du FMI qui a déjà, par le passé, tapé du poing sur la table. Il reste que la tâche s'annonce compliquée pour le gouvernement avec la crise politique qui persiste, un chef du gouvernement mis à mal par sa majorité et des tensions socio-économiques à la veille des élections de 2019. La mise en œuvre de certaines réformes comme celle des subventions énergétiques nécessiteront pourtant un fort soutien politique au regard de son impopularité et des conséquences politiques qu'elle peut engendrer. La preuve, pendant que le gouvernement poursuit ses négociations notamment sur la réforme de ces subventions, le chef du gouvernement Youssef Chahed a démis de ses fonctions, cette semaine, son ministre de l'Energie ainsi que plusieurs autres responsables de ce département stratégique qui a été restructuré et désormais intégré au ministère du Commerce et de l'industrie.

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