Tunisie : la visite de Macron pour dissiper les effluves amers du Jasmin

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Le Président français Emmanuel Macron embrassant le Président tunisien Beji Caid Essebsi alors qu'il quitte l'Elysée, le 11 décembre.
Le Président français Emmanuel Macron embrassant le Président tunisien Beji Caid Essebsi alors qu'il quitte l'Elysée, le 11 décembre. (Crédits : Reuters)
Ce sera sa première visite d’Etat au Maghreb depuis son entrée à l’Elysée. Attendu en début d’après-midi à Tunis, les deux jours de déplacement d’Emmanuel Macron chez Béji Caïd Essebsi (BCE) sont en fait une aubaine pour ce dernier. Dans la crise économique et sociale qui plombe un pays post-révolution en proie à une agitation des rues, BCE s’apprête à jouer son joker. Mais est-ce suffisant ?

Dans les rues assainies et pavoisées de Tunis, l'arrivée d'Emmanuel Macron dans l'après-midi du 31 janvier, est peut-être la meilleure carte de Béji Caïd Essebsi pour désamorcer la crise politico-économique d'une Tunisie qui ne sent plus que des effluves amers de la « Révolution du Jasmin ».

Jasmin fanées devant une profonde crise socio-économique

A la tête d'une escouade d'hommes d'affaires, Edouard Philippe a joué l'« éclaireur présidentiel » avec sa visite début octobre. Lorsqu'il quitte la capitale tunisienne, le premier ministre français emmène dans ses valises, une douzaine d'accords de coopération économique à hauteur de 92,3 millions d'euros. Mais la bouée française est-elle suffisamment gonflée pour renflouer le déficit socio-économique de la Tunisie ?

Sept ans après la révolution, les fleurs du Jasmin semblent fanées. Et le tableau est bien sombre. Le chômage qui était la principale étincelle de la révolution caracole au dessus de la barre des 10% pour les plus optimistes. Malgré un timide retour à la normale, les sites touristiques ne connaissent plus l'affluence des grands jours. Au sein de la société civile, on dénonce un « arbitraire policier » avec une violente répression face à la fronde social mue par la cherté de la vie. On ose même le parallèle avec le régime de Ben Ali. Les multiples reports des municipales ne sont que le vernis qui sert à cacher l'évolution d'une Tunisie à deux vitesses, qui attend de faire un vote-sanction.

C'est dans ce contexte socio-économique complexe que le président français foulera le sol tunisien pour sa première visite d'Etat au Maghreb. A Alger où sa visite de décembre 2017 était rangée dans le cadre de la « visite de travail et d'amitié » et à Rabat où sa visite avait un cachet « familial », on ne décolère pas. Loin de la rivalité régionale pour décrocher la première visite du locataire de l'Elysée en Afrique du nord, il faut dire que Béji Caïd Essebsi (BCE) a joué des coudes pour faire venir son homologue français à Tunis.

Reconversion de dette, coopération dans l'éducation et plus encore

La diplomatie de coulisses de BCE auprès de Macron notamment à Davos pour faire avancer le dossier de la dette tunisienne, a porté ses fruits. C'est un secret de polichinelle que si les protestations de la Tunisie contre son inscription sur la liste européenne des paradis fiscaux ont été entendues, Tunis le doit d'abord à la France. En plus d'un forum économique franco-tunisien prévu en marge de sa visite, le président français devrait formaliser la promesse française de reconvertir la dette en une enveloppe d'investissement de 30 millions d'euros. Mais les enjeux de la visite dépassent cette vitrine d'analyse.

Emmanuel Macron vient avant tout en Tunisie pour « promouvoir la démocratie », reprennent en chœur la plupart des médias français et tunisiens.

« Il faut bien sûr que la France qui a soutenu la révolution tunisienne réitère son engagement en faveur des valeurs démocratiques. Mais le déplacement présidentiel s'inscrit aussi dans le contexte particulier d'une phase de déstabilisation financière d'un des partenaires commerciaux les plus importants que la France veut soutenir», tempère Emmanuel Dupuy, le président de l'Institut de prospective et de sécurité en Europe (IPSE).

Il ne fallait pas manquer le volet stratégique de la visite d'Etat. Dans la délégation accompagnant Emmanuel Macron, plusieurs présidents d'universités françaises et d'universitaires de renom dont le charismatique mathématicien franco-tunisien Elyes Jouini. « La France compte relancer la coopération en matière d'éducation et rattraper son retard sur la collaboration universitaire notamment sur l'Allemagne avec son réseau étoffé  à travers ses fondations implantées en Tunisie », analyse le président de l'IPSE. Point d'orgue de cette visite, l'annonce de la création d'une Université franco-tunisienne ouverte à toute l'Afrique.

Pour la Tunisie, c'est l'occasion d'accentuer son lobbying pour s'impliquer dans des dossiers sécuritaires régionaux notamment un statut d'observateur au sein du G5 Sahel. Pour en poser les bases, elle signera avec la France un accord cadre en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme. « La France et la Tunisie ayant des convergences sur la question libyenne, entendent sceller un accord  de coopération sécuritaire. Celui-ci confirmerait également que la France et la Tunisie ont mutuellement besoin de coopérer dans la lutte antiterroriste. Emmanuel Macron entend engranger le maximum de soutiens émanant des pays périphériques au G5-Sahel», fait encore remarquer Emmanuel Dupuy.

Et enfin, dernier point, le pays de Béji Caïd Essebsi veut engranger des soutiens pour sa future entrée éventuelle dans la Cédéao. De quoi ouvrir le boulevard d'un marché de 300 millions de consommateurs pour ses entreprises. Plus que jamais, l'espoir de sortir le pays de la crise.

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Commentaires
a écrit le 31/01/2018 à 18:32 :
C'est d'abord à la Tunisie de faire des efforts ! Par exemple dans le secteur touristique, la Tunisie continue à vouloir préserver le monopole de Tunisair, quitte à décourager les flux touristiques en provenance d'Europe.

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