Tunisie : la fronde sociale contre la vie chère s’embrase

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Des heurts ont éclaté, mardi 9 janvier à Tebourba (une trentaine de kilomètres à l'ouest de de la capitale Tunis) entre manifestants et forces de l'ordre, après l'enterrement d'un jeune homme, décédé lors des manifestations de la veille.
Des heurts ont éclaté, mardi 9 janvier à Tebourba (une trentaine de kilomètres à l'ouest de de la capitale Tunis) entre manifestants et forces de l'ordre, après l'enterrement d'un jeune homme, décédé lors des manifestations de la veille. (Crédits : ZOUBEIR SOUISSI)
Les manifestations contre la hausse de la cherté de la vie en Tunisie ont dégénéré mardi dernier avec la mort d’une personne et l’interpellation de plus de 200 personnes. Les heurts ont éclaté à Tunis avant de s'étendre au reste du pays, provoquant des actes de vandalisme visant les édifices publics. Ce mercredi encore la tension reste vive, malgré les appels au calme de certaines organisations et l'intervention du gouvernement pour apaiser la situation.

La Tunisie fait de nouveau face à un cycle de contestations sociales marquées de violences comme c'était déjà le cas en janvier 2016. Ce mardi, au deuxième jour des manifestations contre la vie chère, des heurts ont éclaté à Tunis la capitale, fief de la contestation, avant que la fronde sociale ne gagne plusieurs autres localités du pays.

Selon les autorités, une personne a été tuée lundi à Terboubra, à 50 km à l'ouest de Tunis, ce qui a amplifié le mouvement. Les manifestants, en majorité des jeunes, s'en sont pris aux forces de l'ordre qui répliquaient avec du gaz lacrymogène. Selon le ministère de l'Intérieur, une vingtaine d'incendies ayant visé des édifices ont été également enregistrés durant les manifestations qui ont fait une vingtaine de blessés, dont des agents de la force publique. Près de 200 personnes ont été interpellées, selon la même source, et les actes de vandalisme se poursuivent encore dans certains quartiers populaires de la capitale où des manifestants ont investi des centres commerciaux.

Alors que le gouvernement tente de contenir la fronde, le Premier ministre a condamné ces actes de pillage et de vandalisme assurant que les auteurs seront poursuivis et sanctionnés conformément aux lois en vigueur. Des mises en garde destinées à freiner l'explosion des violences et surtout les dérapages, puisque certains manifestants profiteraient de la situation pour s'en prendre à des édifices religieux, notamment des synagogues. L'armée pourrait même intervenir dans certains endroits pour calmer les tensions comme la loi tunisienne le stipule en cas de situation d'état d'urgence.

Fronde contre l'austérité

Au départ, les manifestants entendaient protester contre l'augmentation de certains impôts et taxes contenus dans la nouvelle loi des finances qui a provoqué une inflation des produits de première nécessité. Ce que le ministre des Finances, Ridha Chalgoum, a implicitement reconnu, en précisant toutefois que cette hausse ne concerne pas les produits de première nécessité.

Face à la situation économique catastrophique de ces dernières années, le gouvernement tunisien, le gouvernement a dû adopter des mesures d'austérité, notamment une hausse des impôts et taxes. L'inflation qui est de plus de 6% en glissement annuel risque donc de grimper, ce que rejette une large frange de la population. Des partis politiques de la majorité ont appelé au calme, au moment où les actes de vandalisme et de pillage qui ont fait le tour des réseaux sociaux soulèvent des polémiques entre pro et anti-manifestations.

Intervenant sur les ondes d'une chaîne locale, le Premier ministre Youssef Chahed a appelé ses compatriotes à la patience, assurant que c'est bientôt la sortie de crise. «Nous demandons aux Tunisiens de faire preuve de patience. L'année 2018 sera la dernière année où nous allons nous serrer la ceinture. Il y a des indices positifs montrant que la situation sera meilleure après», a déclaré le chef du gouvernement tunisien.

De son côté, le patronat, réuni au sein de l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat (UTICA) a condamné, dans un communiqué publié ce mercredi 10 janvier, «tous les actes de vandalisme, de vol, de subtilisation des biens d'autrui, d'atteinte à des propriétés privées et publiques ainsi que d'agression contre les forces de l'ordre et leurs locaux, survenus dans certaines régions du pays ces derniers jours». Tout en reconnaissant le droit de manifester garanti par la Constitution, l'Union a plaidé pour un apaisement des esprits en soulignant que «le maintien de la sécurité et de la stabilité reste un élément indispensable pour surmonter les difficultés économiques et sociales du pays».

Cette fronde sociale, la énième du genre depuis la révolution de 2011, est une nouvelle épreuve pour le gouvernement et surtout le président Béji Caid Essebsi.

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