HEC - Lead Campus :  quand formation rime avec transition

Le groupe HEC célébrait le 8 juillet la clôture de sa dernière promotion Lead Campus, destinée à renforcer les compétences des leaders africains à travers une formation itinérante portée par des universités françaises et africaines, mais aussi par l'AFD et le fonds I&P. A l'heure de l'inévitable transition climatique, comment conjuguer responsabilité environnementale et productivité ?
(Crédits : DR)

« Lead Campus se distingue des autres programmes existants, car il est entièrement dédié à l'Afrique et aux Africains et il se déroule sur le continent dans plusieurs pays. C'est inédit (...) Nous avons construit ce projet avec l'Université Mohammed VI Polytechnique au Maroc (UM6P) et l'Université du Cap en Afrique du Sud (UCT), mais aussi avec l'AFD et le fonds d'investissement à impact I&P (Investisseurs et Partenaires) », explique Christelle Bitouzay du groupe HEC qui célébrait le 8 juillet, la seconde promotion Lead Campus : Sustainable Leadership in Africa  du groupe HEC à Paris, une formation au service de l'entrepreneuriat durable. « Nous voulions réconcilier les dimensions business et environnementale », explique Bénédicte Faivre-Tavignot, qui est co-fondatrice du programme.

Alors que la recherche de durabilité en entreprise est devenue une priorité, mais aussi un pré-requis pour les bailleurs, les entreprises cherchent à renforcer leurs compétences en matière de transition climatique, tout en préservant leur productivité. C'est précisément ce que leur propose le groupe HEC à travers un nouveau programme, le Lead Campus Sustainable Leadership in Africa lancé en 2020. Une vingtaine de nationalités africaines ont d'ores et déjà été représentées dans les deux premières promotions, d'une trentaine de personnes chacune, dont 20 femmes.

La formation Lead Campus est validée par un Executive Certificate qui comprend cinq modules de formation de cinq jours, dont quatre en présentiel et un cinquième en ligne, au prix de 16 000 euros.

« Il est possible de capitaliser ce diplôme, en poursuivant sa formation par un Master (pour un montant global de 32 000 euros, ndlr) », explique Christelle Bitouzet. Ces tarifs apparaissent prohibitifs pour une majorité d'Africains (la moyenne annuelle des salaires étant de 1 212 dollars en Afrique subsaharienne selon la Banque mondiale), mais « des bourses sont distribuées aux profils qui n'ont pas les moyens de financer ce programme », précise-t-elle. Leur nombre représenterait près de la moitié des inscrits selon Bertrand Walckener, le directeur général adjoint de l'Agence française de développement (AFD) qui finance une partie de ces bourses d'études.

Le programme Lead Campus démarre au Maroc au sein de l'UM6P, se poursuit en Côte d'Ivoire (dans le bureau local d'HEC) puis en Afrique du Sud au sein la prestigieuse Université du Cap (UCT) et s'achève en France sur le campus d'HEC.

Former les « green business leaders » africains de demain

« Cette formation m'a permis d'en apprendre plus sur le changement climatique, qui est un sujet très présent en matière de réassurance. La dimension environnementale est au cœur de la stratégie de l'entreprise dans laquelle je travaille, la Namibia National Reinsurance Corporation (NamibRe) qui entend s'aligner sur les engagements de la Déclaration de Nairobi (2016) pour faire progresser l'agenda du développement durable de l'Afrique », explique Ntwala Mwilima, General Manager, Corporate Affairs and Strategy au sein de NamibRe Ltd.

Pour Claire Hazoumé, une entrepreneure béninoise de 37 ans, cette formation accompagne la structuration à la base de sa société. Enseignante, associée-gérante d'une école « Le Petit Poucet » basée à Cotonou, elle a ouvert un laboratoire d'innovation pédagogique au sein de l'établissement, en septembre dernier.

« En cherchant une formation en management pendant que je créais ma société, je suis tombée sur une annonce à Sèmè City (la cité internationale de l'innovation et du savoir du Bénin, ndlr). Je me suis interrogée sur la façon de créer une entreprise qui soit à la fois durable et rentable. Je voulais développer une éducation sur les bases du développement durable, mais je n'imaginais pas la complexité du défi, avant d'intégrer cette formation », précise-t-elle. « Aujourd'hui, nous sommes en mesure de proposer des formations continues sur le développement durable, aux enseignants béninois », se félicite-t-elle.

Medhi El Kesri, chargé de mission au cabinet du PDG du groupe marocain OCP (leader dans l'exportation de phosphate brut, d'acide phosphorique et d'engrais phosphatés dans le monde), n'a pas hésité à suivre cette formation accélérée. « Il existe un lien très fort entre le groupe OCP et l'Université Mohammed VI qui a participé à la création de ce programme ; lequel m'a permis d'échanger sur les best practises en matière de durabilité, de confronter les points de vue entre les acteurs et de mettre en perspective les enjeux du groupe OCP ».

Un investissement de 875 millions d'euros en douze ans

L'idée de Lead Campus est née lors du Sommet Afrique-France de 2013. Pascal Canfin, alors ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé du Développement, Emmanuel Fabert, ancien directeur général de Danone, ainsi que Jay Naidoo, personnalité politique sud-africaine (ANC), avaient rendu un rapport dans lequel apparaissait une proposition en matière de formation des leaders africains. Depuis, l'idée a fait son chemin. « La première phase de Lead Campus avec Science Po Paris comme chef de file, a duré trois ans. Nous sommes entrés dans la 2e année de la deuxième phase portée par HEC », précise Bertrand Walckener, directeur général adjoint de l'Agence française de développement (AFD) qui investit massivement dans les programmes de formation sur le continent africain.

« Globalement, depuis 2010, nous avons financé des programmes de formation à hauteur de 875 millions d'euros dans 33 pays africains. On retrouve des projets infrastructurels (construction ou réhabilitation de bâtiments, ndlr) dans ce montant, parallèlement à la composante "soft" qui regroupe des compétences pédagogiques, des formations d'enseignants et d'élèves ou la mise à disposition de matériel », précise Bertrand Walckener.

Le 8 juillet, les étudiants de Lead Campus présentaient les projets sur lesquels ils avaient travaillé pendant huit mois, avant de recevoir leur certificat (formation non diplômante à ce jour). « Avoir des leaders de haut niveau représente une garantie de succès des programmes de développement que nous portons en Afrique », souligne le DGA de l'AFD, non sans préciser que le projet intègre des expertises locales afin d'éviter la simple duplication de modèles européens.

A l'heure de l'intégration régionale, ce programme itinérant réunit l'Afrique anglophone et l'Afrique francophone autour des grands enjeux de développement de l'Afrique comme l'évolution des fonctions entrepreneuriales pour une meilleure adéquation des modèles économiques avec les enjeux de développement durable (marketing, ressources humaines, finance), la recherche de financements ou encore les opportunités et les défis consécutifs à la révolution numérique.

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