OMC : après le retrait de la Sud-Coréenne, Ngozi Okonjo-Iweala bien partie pour diriger le commerce mondial

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(Crédits : Flickr)
La candidate soutenue par les Etats-Unis, la Sud-Coréenne Yoo Myung-hee, s’est retirée de la course vers la direction générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), laissant champ libre à Ngozi Okonjo-Iweala. Un retournement de situation qui joue en faveur de la candidate africaine qui s’est rapidement arrachée le soutien de l’administration Biden.

C'est officiel. Ngozi Okonjo-Iweala reste finalement la seule en lice pour la direction générale de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) et a reçu vendredi le soutien des Etats-Unis, assurant ainsi la nomination de l'ex-ministre des Finances du Nigeria à la tête du commerce mondial.

« L'administration Biden-Harris est heureuse d'exprimer son soutien ferme à la candidature de M. Ngozi Okonjo-Iweala à titre de prochain directeur général de l'OMC » a déclaré le Bureau du représentant américain au commerce dans un communiqué, saluant la compétence d'une femme « largement respectée pour son leadership efficace et [qui] possède une expérience éprouvée de la gestion d'une grande organisation internationale dont les membres sont diversifiés ».

Plusieurs heures plus tôt, Yoo Myung-hee, ministre coréenne du Commerce a annoncé son retrait de la course.

« Dr. Ngozi Okonjo-Iweala félicite Yoo Myung-hee pour sa longue campagne et salue l'engagement de la Corée du Sud en faveur de la reconstruction et du renforcement du multilatéralisme », a déclaré à Reuters un porte-parole de l'ex-ministre nigériane des Finances, en réaction à ce revirement dans le processus de désignation de la future patronne du commerce mondiale. Sur twitter, elle a personnellement réagi à sortie médiatique américaine.

Le retrait de la Sud-Coréenne bruissait déjà il y a quelques mois avant la confirmation de ce jour. Rappelons que Yoo Myung-hee était la candidate soutenue par l'administration Trump qui avait d'ailleurs bloqué le processus à l'OMC, malgré le large consensus obtenu par la candidate Nigériane. En Corée du Sud, certains pensent que le retrait de la ministre du Commerce est consécutif à un prétendu retrait du soutien des Etats-Unis par Joe Biden qui, d'après les commentaires de plusieurs internautes aurait décidé de trancher avec les convictions de son prédécesseur.

Ces dernières semaines, plusieurs personnalités influentes issues du monde politique, universitaire et du secteur privé aux Etats-Unis avaient multiplié les appels auprès du nouveau président américain pour qu'il soutienne la candidature de Ngozi Okonjo-Iweala, mettant en avant la nationalité américaine de cette dernière et sa capacité à « accorder l'attention voulue aux préoccupations de nombreux Américains concernant le commerce mondial ».

« La diplomatie à ses raisons que la raison ignore »

Ces multiples sons de cloche ont-ils porté leurs fruits ? Le retrait la Sud-Coréenne impliquait-il le soutien de l'administration Biden à la Nigériane ? Dans une analyse prospective antérieure à l'annonce américaine, Dr Papa Demba Thiam, économiste international, interrogé par LTA expliquait : « Rien n'est mathématique ou automatique dans ces démarches, car la diplomatie à ses raisons que la raison ignore. D'autant que l'administration Biden partage les mêmes préoccupations que l'administration Trump à propos de l'OMC et dans le cadre de la guerre économique qui s'est installée, laquelle va être aggravée par la sortie de la crise de Covid-19 ». Cet ancien fonctionnaire international, de son expérience, pensait qu'il y aurait de nombreux éléments à prendre en compte pour comprendre ce qu'il se passe. Ainsi disait-il: « si le retrait de la Sud-Coréenne serait le résultat de tractations diplomatiques entre les Etats-Unis et la Corée pour soutenir la candidature de Ngozi Okonjo, alors le soutien de Biden à Ngozi Okonjo serait automatique ».

« Si ce cas de figure n'est pas celui qui s'applique, ajoutait-il, les Etats-Unis n'auraient-ils pas  eu à reconsidérer la question au regard de leurs intérêts stratégiques au niveau de l'OMC ? D'autant que l'administration Biden a semblé dire que l'administration Trump n'était pas très dure dans son opposition aux pratiques commerciales de la Chine. Si cet agenda reste en place, il faudrait savoir quelles garanties les Etats-Unis pourraient obtenir de la part de Ngozi Okonjo pour que leur agenda concernant la Chine et l'OMC puisse être tenu en compte dans le cadre de la nomination de Ngozi Okonjo ».

De l'avis de l'économiste, les voix qui se sont élevées en faveur de l'ex-directrice générale de la Banque mondiale se sont certainement faites entendre, mais ne seraient pas forcément l'élément déterminant dans l'obtention du soutien de Washington. « Je ne crois pas que la nationalité joue vraiment, parce qu'aujourd'hui, la question de la gestion de l'OMC n'est plus une affaire de diplomatie de façade », affirmait Dr Papa Demba Thiam. Et d'ajouter : « Dans tous les cas, les Etats-Unis pourraient probablement faire en sorte que leur soutien à Ngozi Okonjo soit motivé par la prise en compte de leur agenda ».

Et l'Afrique dans tout ça ?

Et l'Afrique dans tout cela ? Bien qu'elle n'ait pas reçu dès le départ le soutien officiel de l'Union africaine (UA), Ngozi Okonjo-Iweala est devenue la candidate du continent dès lors qu'elle est restée la seule Africaine en lice.

A travers le continent, plusieurs experts ont, à plusieurs reprises, insisté sur le fait que le prochain leader du commerce mondial devrait prendre en compte l'agenda de l'Afrique qui vient de mettre sur les rails le plus grand espace commercial régional au monde (en nombre d'Etats membres), dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale (Zlecaf). Ceci d'autant plus que l'Afrique cherche à progresser dans la chaîne de valeur mondiale, notamment en industrialisant massivement ses économies. Les projecteurs restent donc sur Ngozi Okonjo-Iweala  qui sera la première femme et première personnalité africaine à la tête du commerce mondial, en 26 ans d'existence de l'OMC.

Article modifié le 08.02.2021.

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