Dissidence africaine contre la CPI : Kofi Annan et Ouattara à contre courant !

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L'ancien secrétaire général de l'ONU a mis en exergue le fait que sur les neuf enquêtes ouvertes par la CPI, huit l'ont été à la suite de la sollicitation des pays africains eux-mêmes.
L'ancien secrétaire général de l'ONU a mis en exergue le fait que sur les neuf enquêtes ouvertes par la CPI, huit l'ont été à la suite de la sollicitation des pays africains eux-mêmes. (Crédits : LTA)
Alors que le débat sur la légitimité de la CPI bat son plein en Afrique, l’ancien secrétaire général de l’ONU et le président ivoirien se posent en défenseur du retrait des pays du continent. Dans deux sorties médiatiques différentes mais à quelques jours d’intervalles, Koffi Annan et Alassane Dramane Ouatarra ont mis en avant des arguments qui s’inscrivent à contre-courant de l’opinion qui domine largement en Afrique.

Le débat sur la légitimité de la Cour pénale internationale (CPI) n'est pas prêt de s'estomper avec l'amplification des arguments entre les « pro » et les « anti » retrait des pays africains du traité de Rome.

En visite officielle de travail en France où il a rencontré ce mardi 22 novembre son homologue François Hollande, le président ivoirien Alassane Dramane Ouattara s'est de nouveau joint au débat en faisant part de son opposition au retrait des pays africains de la CPI.

« Je ne le pense pas et je ne le souhaite pas » a répondu le président ivoirien à une question d'un journaliste sur le risque de contagion auprès des autres pays du continent, de la décision prise dernièrement par certains pays de se retirer de la Cour internationale. Pour Ouattara, il s'agit certes de décisions souveraines  « mais la Côte d'Ivoire ne quittera pas la CPI et je pense que la plupart des pays sont dans cette volonté ». Le président ivoirien se réfère  ainsi aux décisions prises ces derniers mois par le Burundi, l'Afrique du Sud et la Gambie qui ont tous notifié leur départ au secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon.

Dans des propos rapportés par l'AFP et qu'il a tenu au sortir de son entretien à l'Elysée, le chef d'Etat ivoirien a également fait savoir qu'il s'agit « de lutter contre l'impunité, dans notre intérêt ». Il a estimé  par la même occasion que les pays africains doivent « commencer par la justice au plan national et si possible ensuite au plan régional et continental mais ce n'est pas le cas aujourd'hui au niveau du continent ».

« La Cour pénale internationale fait son travail, souvent d'ailleurs à la demande des pays africains et des autorités africaines ». Alassane Dramane Ouattara

 Arguments contre arguments

Les déclarations du président de la Côte d'ivoire rejoignent dans une large mesure les propos tenus, il y a quelques jours, par l'ancien secrétaire général de l'ONU, Koffi Annan. Dans un entretien qu'il a accordé la semaine dernière au journal britannique The Guardian, Kofi Annan a vigoureusement pris la défense de la juridiction fondée par le traité de Rome. « La CPI s'est impliquée dans ces affaires africaines parce que les autorités nationales n'ont pas mené d'enquêtes sur les crimes massifs commis » a soutenu l'ancien secrétaire général de l'ONU, un argument qui vient d'être repris par le président de la Côte d'Ivoire. Kofi Annan a profité de cette tribune pour rejeter en bloc les principales critiques que formulent les dissidents à l'endroit de la Cour notamment son impartialité et sa fixation sur l'Afrique.

« La CPI ne supplante pas les juridictions nationales, elle n'intervient que dans les cas où le pays concerné est incapable ou peu disposé à juger ses propres citoyens. Les Africains méritent la justice autant que n'importe qui d'autre, même si leurs gouvernements ne peuvent pas toujours la leur fournir » a déclaré Kofi Annan, le président de la fondation éponyme.

Dans un tweet qu'il a posté par la suite, il a maintenu que la CPI demeure actuellement l'institution la plus crédible en dernier ressort pour les crimes les plus graves.

Plaidoyer argumenté de Kofi Annan

L'ancien secrétaire général de l'ONU a aussi mis en exergue le fait que sur les neuf enquêtes ouvertes par la CPI,  huit l'ont été à la suite de la sollicitation des pays africains eux-mêmes. Dans ce lot, six États africains ont saisi d'eux-mêmes la CPI et ce sont les pays africains qui ont aussi voté en faveur du renvoi devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, des cas du Darfour et de la Libye. « Le Kenya reste le seul pays africain pour lequel la Cour s'est autosaisie » a-t-il rappelé ajoutant que le continent  n'est pas le seul domaine d'intervention de la CPI. Cette dernière a ainsi ouvert  des enquêtes en Géorgie et a conclu des enquêtes préliminaires en Afghanistan, en Colombie, en Ukraine, en Irak et en Palestine.

Selon l'AFP, Koffi Annan a également suggéré que « la justice pour les Africains devrait rester la priorité des États africains ».

" L'Afrique veut cette cour. L'Afrique a besoin de cette cour. L'Afrique devrait continuer à soutenir cette cour. C'est pourquoi je lance un appel aux gouvernements démocratiques d'Afrique pour qu'ils prennent position cette semaine à l'Assemblée des États parties réunie à La Haye pour renforcer la CPI, un jalon historique pour le cheminement de l'humanité vers la justice internationale ". Koffi Annan

Il a toutefois reconnu certaines lacunes que la CPI devrait corriger pour renforcer sa crédibilité et sa légitimité. Il a cité notamment l'absence de trois des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, sur la liste des pays signataires du traité de Rome.

­La position des deux leaders africains n'est pas une surprise. Plusieurs pays africains comme le Nigéria ou le Sénégal s'inscrivent également dans cette logique du maintien des pays africains au sein de la CPI. Cependant, en plus d'ajouter au débat ambiant, elle traduit le large fossé qui subsiste entre la décision de certains dirigeants africains et l'opinion de leurs pays comme c'est le cas avec le débat sur le Franc CFA. La preuve, ces sorties médiatique de Ouattara et de Koffi Annan ont provoqué de vives critiques sur les réseaux sociaux, donnant au débat qui ne cesse de s'enflammer, une nouvelle tournure.

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Commentaires
a écrit le 01/12/2016 à 22:17 :
Nous autres populations sans défense
Tous ceux qui sont menacés par des politiciens qui ont suggéré à leurs militants une idée simple
Tuer en masse ne peut être surtout quand on le fait en groupe
A tous les moutons noirs

Préparez vous bientôt votre bouclier sera.................

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