Kenya : l'approche rigide de la Banque centrale dérange les opérateurs économiques

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La dévaluation du naira nigérian et du rand sud-africain a poussé la Banque centrale kényane à adopter des mesures strictes pour la gestion de sa monnaie nationale, le shilling.
La dévaluation du naira nigérian et du rand sud-africain a poussé la Banque centrale kényane à adopter des mesures strictes pour la gestion de sa monnaie nationale, le shilling. (Crédits : Reuters)
Les autorités financières kényanes semblent résolues à maintenir la stabilité du shilling coûte que coûte. Bien que le système de change du shilling soit libre, des opérateurs et analystes locaux dénoncent la position rigide de la Banque centrale en émettant leur appréhension quant à un scénario à l’égyptienne. Une rigueur monétaire qui a permis au Kenya d’éviter les contre-chocs subis par les pays émergents, mais risque de favoriser l’éclosion de marchés parallèles.

L'approche adoptée par la Banque centrale du Kenya pour protéger la valeur de sa monnaie commence à faire grincer des dents du côté des opérateurs économiques. Ces derniers critiquent une répression de la vente, des prédictions baissières voire des couvertures par les autorités monétaires. Un mode de gestion également critiqué par les analystes.

Un sujet tabou

Selon l'Institute of economic affairs, un centre de recherche indépendant basé à Nairobi, les questions entourant la gestion du shilling sont devenues un sujet tabou qu'il faut éviter d'aborder. Les opérateurs dénoncent même des cas de représailles de la part des autorités monétaires. Une gestion particulière de la situation monétaire qui risque par ailleurs d'être malmenée en cas de violences post-électorales.

Ce constat est également partagé par les analystes de Bloomberg. Ces derniers rejoignent l'avis des opérateurs et analystes locaux qui imputent cette «gestion autoritaire» de la question monétaire à une phobie des autorités de vivre un scénario à l'égyptienne. En effet, le Kenya fait partie des rares pays émergents à avoir réussi à se prémunir de l'agitation monétaire qui a poussé Le Caire à libéraliser sa monnaie sous la pression du FMI.

L'épouvantail de la dévaluation forcée

La dévaluation du naira suite à la chute des cours de pétrole ou encore la perte de valeur du rand sont autant d'éléments qui pousseraient la Banque centrale à faire usage de la plus grande fermeté sur les questions entourant le shilling. Une monnaie dont le taux de change est officiellement libre, mais peine à être budgétisée depuis des mois, avec une volatilité qui a atteint un tiers de la moyenne de l'indice de référence du marché émergent en juillet dernier.

Les opérateurs ont également fait cas de directives de la Banque centrale contre toute spéculation sur le shilling. Le régulateur imposerait aux banques locales de justifier les contrats de couverture conclus avec leurs clients souhaitant une protection contre de futurs contre-coûts du shilling. Une situation qui oblige un certain nombre d'exportateurs à opérer sans protection.

Une stratégie qui marche, mais à court terme

L'autorité des marchés financiers a par ailleurs retardé l'introduction de produits financiers, comme les contrats à terme sur devises et les taux d'équité, pour éviter qu'ils ne nuisent au taux de change. La Banque centrale a de son côté interdit à près de 80 000 Kényans d'échanger des devises via des plateformes en ligne, notamment les transactions impliquant le shilling. Une tactique qui a tout de même permis à Nairobi de contenir la baisse du shilling à 2,4% (104 shillings/1 dollar), contre une perte de valeur de 6,4% enregistrée par l'Ouganda, 10% pour le Ghana ou encore 50% pour la livre égyptienne.

Il n'empêche que I'nstitute of economic affairs a fait montre de son inquiétude face à ce cette pression qui pourrait encourager le développement d'un marché noir de devises. Certains opérateurs optent déjà pour l'acquisition de dollars de l'Ouganda. Une situation qui a également suscité l'appréhension des investisseurs étrangers, comme en témoigne la hausse des sorties de stocks de la place de Nairobi au deuxième trimestre, selon les données de la Standard Investment Bank.

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