Togo : des manifestations anti-gouvernementales dégénèrent et se poursuivent

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Un homme tient une pancarte lors d'une marche contre un troisième mandat pour le président sortant Faure Gnassingbe à Lomé le 12 décembre 2014.
Un homme tient une pancarte lors d'une marche contre un troisième mandat pour le président sortant Faure Gnassingbe à Lomé le 12 décembre 2014. (Crédits : Reuters)
Des manifestations antigouvernementales au Togo ce 19 août 2017 ont dégénéré avec des affrontements entre les forces de l'ordre et les populations civiles. On déplore 7 morts au total avec une cinquantaine d'arrestations. Alors que la diaspora togolaise en Afrique et en Europe s'est invitée, les populations sont redescendues dans les rues ce dimanche matin.

Lomé, samedi 19 août 2017, dans la banlieue nord à Agoè-Nyivé, à 10km du centre-ville, déjà autour de 8h50, on a une première victime. A Sokodé (337 km de Lomé au nord), quelques 6 bérets rouges se faisaient prendre par les populations massivement sorties pour protester. Les manifestations antigouvernementales synchronisées sur toute l'étendue du territoire togolais organisées par le Parti national panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam pour réclamer le retour à la constitution de 1992 qui consacre un mandat renouvelable une seule fois à la présidence et le droit de vote de la diaspora, ont déjà tourné au vinaigre. L'affrontement violent, a continué toute la journée entre les forces de l'ordre et de défense et les populations et poursuivraient ce matin de dimanche, après une nuit de samedi très secouée.

Des morts et des blessés, mais un bilan contradictoire

Les affrontements entre militaires, gendarmes et policiers d'une part et populations d'autre part, ont débouché sur un bilan provisoire relativement lourd. Les sources gouvernementales parlent de 2 morts et de quelques dizaines d'arrestations, et dénoncent aussi des disparitions d'armes de guerre.

« A Lomé il y a eu quelques blessés du côté des forces de l'ordre. 27 personnes ont été interpellées et mises à la disposition des unités de police judiciaire. A Anié (environ 250km de la capitale Lomé vers le nord), il y a eu 5 blessés du côté des forces de l'ordre. 9 meneurs ont été interpellés et mis à la disposition des unités de police judiciaire... A Sokodé, il y a eu 27 blessés du côté des forces de sécurité, 9 militaires, 6 policiers et 12 gendarmes, et 2 morts du côté des civils dont 1 par balles... », a déclaré le directeur national de la Police, Téko Koudouwovo, dans le journal de 20 heures sur la chaîne de télévision publique.

Le commissaire divisionnaire a aussi fait état d'importants dégâts matériels à travers le pays. Entre autres, le patron de la police a parlé de pare-brises des véhicules de la police nationale et de la gendarmerie à Anié, de deux bureaux de police incendiés et d'autres saccagés, d'un FAC avec munitions de 7,62 mm et d'un PA avec des munitions de 9 mm qui ont été emportés par les manifestant dans les commissariats brûlés, de 2 FAC et d'autres fusils arrachés aux mains des militaires et des munitions emportées, d'un véhicule de la gendarmerie nationale brûlé, d'une voiture et de 11 motos des agents également parties en feu à Sokodé.

''Mensonge'', crie-t-on dans les rangs de l'opposition. Elle s'inscrit en faux contre le bilan gouvernemental. Le leader du PNP, Tikpi Atchadam a dénoncé de graves violences et parle de 7 morts. Sur la répartition des décès, certaines sources parlent de 3 dans le rang des corps de sécurité contre 4 par balles dans la population.

« C'est l'occasion de nous prosterner devant la mémoire de ces morts, c'est aussi l'occasion de présenter nos condoléances aux familles des victimes », a indiqué le leader du PNP, Tikpi Atchadam

Désaccords d'itinéraires

Très habitué aux marches de protestations depuis son arrivée au pouvoir en 2005, le régime de Faure Gnassingbé a souvent dit qu'il n'est pas contre les manifestations d'humeur de son peuple. Mais pour ces manifestations généralisées, un problème a persisté. Il s'agit des itinéraires choisis par les manifestants. Alors que ceux-ci voulaient occuper la route nationale numéro 1, Lomé-Ouagadougou, les autorités ont proposé d'autres itinéraires.

Lors d'une conférence de presse conjointe à Lomé le jeudi 17 août 2017, les ministres de la sécurité et de la protection civile, Lieutenant-Colonel Damehame Yark et de l'administration territoriale, Payadowa Boukpéssi, s'étaient engagés à réprimer un non-respect des itinéraires.

« Nous savons ce qu'ils ont en tête mais ça ne se passera pas comme ça... on va les disperser au point de rassemblement d'une façon propre. Advienne que pourra. S'ils s'entêtent, ce n'est pas à l'autorité de reculer. Si aujourd'hui le gouvernement dit qu'on les laisse faire et que demain d'autres partis aussi décident, on fait quoi ? », dixit le Colonel Damehame Yark.

Tikpi Atchadam dénoncera quelques minutes plus tard une décision contre le droit et maintiendra les itinéraires initiaux fixés par son parti. Le matin du 19 août déjà les zones concernées étaient sous surveillance policière et gendarme.

« Ce désaccord est né du choix des itinéraires que doivent emprunter les manifestants dans les villes de Lomé, Anié, Sokodé, Kara et Bafilo. Malheureusement ce matin, avant même l'heure prévue, les militants du PNP ont convergé aux points de rassemblement conformément à leur itinéraire dans trois localités, notamment à Lomé, Anié et Kara. Cela a obligé les forces de sécurité après les sommations régulières, à disperser la manifestation », a expliqué le directeur national de la Police.

Il ajoutera quant aux moyens utilisés que les forces de sécurité ont dispersé avec les grenades lacrymogènes et également utilisé les fourgons à eau. Des moyens légaux selon lui, pour disperser ce genre de manifestations. Une précision qu'on juge incorrecte et contradictoire dans l'opposition et auprès des défenseurs de droits de l'Homme où on parle aussi de balles en caoutchouc, vu le bilan du commissaire divisionnaire lui-même à la télévision qui parle d'un mort par balles.

Un appel suivi dans la diaspora

Si les manifestations ont été programmées de manières simultanées et synchronisées sur toute l'étendue du territoire togolais, l'appel de Tikpi Atchadam a été aussi suivi par la diaspora togolaise. Les citoyens togolais en Allemagne, en Belgique et au Ghana par exemple, ont manifesté devant les ambassades de leur pays en nombre considérable.

« La Coordination des mouvements et associations de la diaspora réitère tout son soutien à tous les compatriotes épris de justice et de paix et tient à rappeler aux autorités togolaises que la liberté de manifestation a été chèrement acquise de hautes luttes par le peuple togolais », peut-on d'ailleurs lire dans un communiqué conjoint des organisations de la société civiles diasporiques du pays, en Suisse, au Canada et aux Etats-Unis, à l'issue de la marche.

Le gouvernement s'attend à plus de violences ce dimanche

Alors que toute la nuit a été glaciale pas seulement en raison de l'amertume provoquée par les décès, mais aussi à cause des patrouilles aux allures de couvre-feu imposée surtout à Sokodé, les militants sont encore dans les rues ce matin. « Aujourd'hui, il revient au peuple togolais, dans son ensemble et comme un seul homme, de se lever demain dimanche 20 août 2017 », a lancé dans la soirée du samedi Tikpi Atchadam, reformulant les exigences.

L'homme politique demande à la population de manifester pour, exiger la libération sans condition des personnes arrêtées et la mise aux arrêts des auteurs des violences meurtrières pour leur présentation devant la justice, défendre la liberté de manifestation et porter les revendications du retour à la constitution de 1992 et de l'effectivité du droit de vote de la diaspora. « Chacun de nous a été de ce qu'on peut désormais appeler la barbarie du 19 août 2017 », a-t-il conclut.

Cet appel est déjà suivi ce matin. A Sokodé les populations sont encore dans les rues, alors que les militaires postés un peu partout se refusent de les voir. Certaines rumeurs font état d'une bastonnade systématique dans la ville et à Agoè, des arrestations qui continuent et des tirs de gaz lacrymogènes. Une fois encore, l'autorité avait "prévenu".
Dans son intervention à la télévision publique, Téko Koudouwovo a exprimé ses préoccupations.

« Des armes circulent entre les mains de manifestants qui ne sont pas encore identifiés. Une marche demain aura un caractère très violent », a prévenu le directeur national de la police togolaise.

« Nous voulons appeler les organisateurs de cette marche à la retenue et à surseoir à cette marche parce que la paix n'a pas de prix. Entre Togolais, il faut que les problèmes se règlent de façon pacifique », a-t-il ensuite exhorté. Pendant ce temps, le chef de l'Etat togolais Faure Gnassingbé, en déplacement par Freetown en Sierra Léone n'a fait aucune déclaration. Son don de 500.000 dollars au gouvernement sierra léonais pour secourir les populations sinistrées n'a pas mieux fait que d'indigner les manifestants.

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