Pour un passeport culturel francophone

Le prochain sommet de la Francophonie se tiendra à Djerba les 19 et 20 novembre 2022. Amal Lakrafi, députée de la 10e circonscription des Français de l'étranger, promeut l'idée d'une francophonie forte, fédératrice et moderne, et la création d'un passeport culturel francophone.
(Crédits : DR.)

Les grandes idées sont un peu comme les vieilles montres : il arrive des moments où il faut les remonter.  La francophonie idéale des Senghor, Bourguiba ou Norodom Sihanouk a besoin aujourd'hui d'un nouveau souffle pour la revitaliser. Les lauriers sont tombés depuis longtemps, victimes de l'apathie des fonctionnaires, du tâtonnement des décideurs, de la Françafrique et des démagogies faciles des dirigeants et des peuples.

On a souvent vu en la francophonie, un instrument d'influence néocoloniale ou une nostalgie française d'une époque révolue. Beaucoup ont dénoncé ses silences face à des situations où les droits de l'homme et la démocratie étaient menacés. Beaucoup ont froncé les sourcils devant son élargissement à des pays où le français est quasi-absent.
Et pourtant que de perspectives ouvre cette idée généreuse de peuples divers ayant en commun une langue ! Cette même diversité qui est une grande richesse : plus de 80 pays, des milliers de langues, près de 300 millions de locuteurs du français...

La francophonie a besoin d'une nouvelle âme, une forte raison d'être, une passion qui la guidera, car ce n'est pas le seul partage d'une langue qui crée une communion et une force fédératrice.

Fédérer autour de la langue française

La langue française ne saurait être fédératrice qu'en embrassant les idées diffusées par cette langue à travers le monde ; par les Lumières que furent les grands philosophes français Voltaire Rousseau, Diderot ; par les idéaux de la Révolution française, Lamartine, Hugo, Jean Jaurès. C'est cet idéal d'égalité et de liberté, jamais obsolète, qui peut être la fondation de la francophonie.

La seconde grande idée, déjà défendue - mollement - par le discours de la francophonie officielle, est celle du respect des diversités. La mondialisation menace chaque jour l'existence des cultures et des langues. L'américanisation, ou la sinisation demain, risquent bien d'avaler les différences, de faire taire ce qui dans les civilisations est originel et original. Chaque culture est une « exception » et doit être respectée. « L'exception française » comme on dit ici doit s'étendre aux peuples et aux cultures divers.

Le rôle de la société civile dans l'engagement francophone

Cet engagement francophone devrait être porté d'abord par les organisations de la société civile dans les pays ayant en partage la langue française. Ce sont elles qui pourront se libérer du fardeau des susceptibilités politiques et. Ce sont elles qui porteront la volonté et la passion nécessaires aux grandes idées. Elles ne s'engageront valablement dans cette voie, que si la francophonie en tant qu'idée se détache de la francophonie officielle, en se réclamant indépendante de l'OIF et des gouvernements. C'est cette francophonie parallèle, se revendiquant des idées libératrices, qui fera l'avenir de la francophonie.

La France est bien sûr la force motrice de la francophonie. Mais le discours et l'engagement francophone sont absents du débat politique français. La France ne se voit pas dans le miroir francophone. La francophonie pour les Français, c'est pour les autres ! Et en littérature, la séparation se fait nette entre écrivains francophones et écrivains français, les premiers étant parfois vus comme une bizarrerie folklorique. Il a fallu un siècle pour couronner un auteur du monde noir du prix Goncourt ! Et pourtant, quels talents nous apportent ces génies venus d'ailleurs !

Je me rappelle cette conversation entre Alain Robbe-Grillet et Tahar Ben Jelloun, où le grand écrivain français s'étonne d'être considéré comme un écrivain francophone. Comment pouvons-nous oublier que le lien essentiel entre les personnes et les peuples est la langue et que la langue est un pays, une nation ?

Pour un passeport culturel francophone

Une avancée majeure serait création d'un passeport culturel francophone, document qui permettra à tous les écrivains et artistes reconnus du monde francophone à circuler librement dans cette aire qui est la leur, parce qu'elle est celle de leur langue.
Il ne saurait cependant être question d'oublier la francophonie institutionnelle. L'OIF a un rôle important à jouer. Elle restera une instance essentielle de coopération entre les pays et les peuples. Pour cela, elle devrait être revitalisée et renforcée.

(*) Députée des Français de l'Etranger

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