Assefa Mulugeta : « Le Maroc a une grande expertise en agriculture dont l'Ethiopie pourrait amplement s'inspirer »

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Assefa Mulugeta, directeur général du Foreign Trade Expansion, l'office de promotion des exportations au ministère éthiopien du Commerce.
Assefa Mulugeta, directeur général du Foreign Trade Expansion, l'office de promotion des exportations au ministère éthiopien du Commerce. (Crédits : DR)
L'Ethiopie, grand pays agraire, a été représentée en force au Salon international de l'agriculture du Maroc dont la 14e édition se tient cette année du 16 au 21 dans la ville chérifienne de Meknès. Le pays est-africain a développé un ambitieux programme en faveur de la transformation agricole et la hausse de la valeur ajoutée sur les produits. Assefa Mulugeta, directeur général de l'Office de promotion des exportations, à la tête de la délégation éthiopienne, nous détaille dans cet entretien les dispositions prises pour augmenter la contribution de l'agriculture à l'économie.

La Tribune Afrique : L'Ethiopie a répondu présent au SIAM avec l'un des stands les importants du salon. Quels sont vos principales impressions pour cette édition 2019 ?

Assefa Mulugeta : Je représente le ministère éthiopien du Commerce et de l'industrie à cette 14e édition du SIAM. Je suis accompagné d'une importante délégation et nous avons installé un stand d'une superficie de 240 m². Nous sommes venus exposés nos divers produits locaux au salon afin de les faire découvrir aux visiteurs et entreprises présentes. Nous sommes très heureux d'être là. Notre stand a été particulièrement prisé par les visiteurs au cours de ces deux premiers jours et nous espérons davantage de flux dans les prochains jours.

Nous sommes venus avec plusieurs variétés de produits du terroir dont le plus emblématique est sans doute le café. Comme vous le savez, nous avons le meilleur café arabique au monde. Le pays produit plusieurs types de cafés qui se déclinent sous forme de neuf variétés et exporte plus de 200 000 tonnes de café chaque année.

Le café est certes le premier produit d'exportation agricole de l'Ethiopie, mais de manière générale, votre pays cultive une large gamme de produits destinés au marché interne et à l'exportation. Qu'est-ce qui fait la force du modèle agricole éthiopien ?

L'Ethiopie a la particularité d'avoir une grande variété de produits agricoles. Aujourd'hui, nous cédons la plupart de ces produits agricoles sur les marchés mondiaux sous forme de matières premières brutes. Nous voulons inverser la tendance. Le pays a élaboré un programme axé sur la création de la valeur ajoutée sur les produits agricoles à l'export. Ce qui se fera à travers l'amélioration des processus, en les rendant plus conformes aux normes et standards internationaux et par l'accélération du développement industriel.

Nous avons un plan de développement du secteur textile notamment, visant à apporter plus de valeur ajoutée à la filière cotonnière. Nous nous sommes également focalisés sur l'industrie sucrière et nous voulons développer grâce à notre production agricole, une industrie pharmaceutique locale, sachant que l'Ethiopie importe de grandes quantités de produits pharmaceutiques.

Pour atteindre ces objectifs, nous devons investir dans l'acquisition des matériaux de production, mais aussi dans la mise en place d'unités de transformation. Ce sont là les prochains points d'action pour apporter de la valeur ajoutée aux produits d'exportation.

Nous avons déjà entamé le processus avec la mise en place de gigantesques projets, notamment les parcs industriels. L'Ethiopie a construit le plus gigantesque parc industriel dédié au secteur textile en Afrique. Nous avons plusieurs autres parcs industriels à travers le pays. Ils sont modernes et dotés de toutes les modalités comme des résidences, des routes, de l'électricité, des espaces aménagés, dans un cadre sécurisé. Par ces implantations, nous essayons de mettre en place un système industriel solide et en faire profiter le secteur agricole.

Pour revenir à la production agricole, comment évaluez-vous le niveau de productivité de l'Ethiopie ?

L'Ethiopie est confrontée à un réel problème de productivité. Le niveau de rendement par hectare reste très faible. C'est la raison pour laquelle nous avons besoin d'améliorer techniquement notre modèle de production. Nous y travaillons en collaboration avec des pays comme le Maroc qui, à travers l'office chérifienne des phosphates (OCP), nous fournit des fertilisants utilisés dans l'amélioration du rendement par hectare. Le groupe marocain, spécialisé dans l'exploitation du phosphate et la production de produits fertilisants, ouvrira prochainement une unité de production en Ethiopie. J'apprécie la gestion marocaine du secteur agricole. Le Royaume a une large expertise dans les processus de production agricole et animalière dont l'Ethiopie pourrait amplement s'inspirer. C'est un pays où les relations entre le gouvernement et le secteur privé sont fort appréciables.

Le développement technologique ouvre de nouvelles opportunités au secteur agricole. Comment l'Ethiopie compte-t-elle utiliser ces technologies pour améliorer son niveau de production ?

En Ethiopie, nous avons une très grande unité de recherche et de développement agricole qui porte le nom de «Ethiopan agricultural research institut». Celui-ci développe toutes les technologies nécessaires à l'amélioration de la productivité. L'Ethiopie y a élaboré un vaste programme d'appui dans lequel nous avons plus de 61 000 experts qui travaillent en collaboration avec nos agriculteurs. Nous avons aussi construit des centres dédiés aux intrants agricoles et procédons à l'achat de fertilisants pour les paysans en leur proposant des formules de financements. Ces innovations vont contribuer à l'amélioration de la productivité agricole.

Mais la force de l'Ethiopie, c'est avant tout son vaste territoire et sa population de près de 100 millions d'habitants qui est la deuxième plus importante d'Afrique, sans oublier son potentiel en termes d'irrigation. Nous avons voulu avoir une meilleure maîtrise de l'eau essentielle à l'agriculture. C'est désormais chose faite grâce au barrage de la renaissance. Avec tous ces éléments, nous espérons mieux avancer, devenir plus productifs, mais surtout créer plus de valeur ajoutée.

Le secteur agricole emploie près de 80% de la population éthiopienne, mais sa contribution au PIB reste limitée. Avez- vous des objectifs précis d'amélioration de cette part ?

Effectivement, l'agriculture emploie plus de 80% de la population. Aujourd'hui, l'économie éthiopienne est constituée de 38% par l'agriculture, 20% par l'industrie, et les services à hauteur de 42%. Dans ce tableau, nous allons augmenter la part de l'agriculture, en passant par l'industrie et la transformation, ainsi que la commercialisation des produits avec de la valeur ajoutée.

C'est une politique résolument tournée vers l'export et à l'international. Quel impact aura l'ouverture économique prônée récemment par le Premier ministre Ahmed Abiy sur le secteur agricole ?

Nous avons besoin d'ouverture sur de nouveaux marchés. Je considère cette décision comme une aubaine pour l'économie éthiopienne. Elle nous permet de saisir les meilleures opportunités d'affaires à l'international. Aujourd'hui, l'ouverture économique est une très bonne chose ; elle nous offre plus de possibilités et de capacités pour renforcer notre production agricole, pour grandir et devenir plus puissant. Nous allons bien entendu ouvrir notre économie, tout en mettant en place des dispositifs pour protéger notre industrie.

Propos recueillis par Maimouna Dia

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