Depuis Abidjan, les maires francophones préparent Sharm el-Sheikh

Après avoir abrité la COP15 sur la lutte contre la diversification, Abidjan accueille une centaine de maires à l'occasion de la « Conférence des parties » (COP) sur les villes, les 1 et 2 juillet. La question climatique sera au centre des débats des maires francophones qui entendent bien s'appuyer sur ce nouveau rendez-vous ivoirien pour préparer la prochaine Conférences des Parties sur le Climat de Sharm el-Sheikh.
(Crédits : DR.)

Au lendemain de l'Assemblée générale annuelle de l'association internationale des maires francophones (AIMF) présidée par Anne Hidalgo, la maire de Paris, et dirigée par Robert Beugré Mambé, le gouverneur du district autonome d'Abidjan et vice-président pour l'Afrique du C4O, Abidjan accueille donc la « COP des Villes », initialement prévue à Ouagadougou, mais finalement délocalisée à la suite au coup d'Etat militaire du 23 janvier. Des maires venus du monde entier, mais aussi des opérateurs économiques, des représentants du secteur associatif et des acteurs de terrain, se pencheront pendant 48 heures sur l'avenir des villes francophones, sur fond de pression démographique et d'urgence climatique.

En avril 2022, le rapport du groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) présentait un scénario catastrophe, avec un réchauffement global allant jusqu'à +3,2 °C d'ici la fin du siècle. Alors que les Etats parties de la COP de Paris s'étaient engagés en 2015, à prendre des mesures concrètes et immédiates pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) et pour maintenir la hausse des températures mondiales en dessous de 1,5 °C, cet objectif est aujourd'hui jugé peu probable selon le GIEC. 

Depuis, les COP se sont enchaînées et les engagements aussi, mais les conclusions demeurent en deçà des ambitions initiales. « Glasgow a été la COP de l'échec », a déclaré Anne Hidalgo lors d'un point presse à la mairie de Paris, le 24 juin dernier, en amont de la « COP des Villes » d'Abidjan. C'est également l'avis de Fatimetou Abdel Malick, la présidente de la région de Nouakchott et du CGLU-A (Cités et gouvernements locaux unis d'Afrique). « La prochaine fois, il faut vraiment quelque chose de tangible », a-t-elle lancé le poing serré, en visioconférence, rappelant la dette écologique et les engagements non tenus des pays du nord. « Nous avons accompagné la COP de Paris, mais jusqu'ici on ne voit pas les résultats dans nos pays africains », a indiqué la présidente de la région de Nouakchott, une ville qui enregistre une extension territoriale de 3,6km2 par an, provoquée par la seule pression démographique.

La « COP des Villes » d'Abidjan ou l'antichambre de Sharm el-Sheikh ?

Alors que le continent africain n'est responsable que de 4% des émissions de GES dans le monde, « l'Afrique est le lieu où les impacts climatiques sont les plus importants », a souligné Fatimetou Abdel Malick, tout en précisant que la « COP des Villes » sera l'occasion « d'harmoniser -la- riposte en amont de la COP 27 qui se déroulera à Sharm-el-Sheikh. Nous Africains, nous la voulons différente de Glasgow », a-t-elle prévenu. 

« Crier et alerter ne suffit plus. Agir est la seule façon de s'en sortir à travers des coalitions », estime Anne Hidalgo qui rappelle avoir personnellement affronté la pression des lobbies des énergies fossiles. « Ils sont venus me menacer dans mon bureau lorsque j'ai été élue à la mairie de Paris ». Insistant sur les alliances stratégiques pour relever le défi du green deal en Afrique, la maire a rappelé qu'elle s'était fermement opposée à ce que TotalEnergies soit partenaire des Jeux olympiques de Paris 2024. « Les pouvoirs publics doivent orienter et fixer le cap », assume-t-elle, non sans préciser qu'il « faut avoir conscience de la force des lobbies des énergies fossiles dans les débats publics ». 

A travers des chiffres alarmistes, Yacouba Soukoma, l'ex-vice-président du GIEC, a quant à lui, rappelé l'étendue des menaces écologiques. « En 2030, 116 millions de personnes seront exposées à l'augmentation du niveau de la mer en Afrique. Avec un réchauffement de l'ordre de 1,8°C, les vagues de chaleur supérieures à 40°C affecteront 360 millions de personnes en 2100 », a-t-il avancé, en alertant sur l'accélération inédite de la menace. Pour Ronan Dantec, sénateur et président de Climate Chance, « l'avenir du climat se joue en Afrique, en particulier dans les villes ». Optimiste, il annonce que « la COP 27 sera celle de l'action ! ».

Des coalitions multilatérales pour les villes de demain

Entre Montréal, Ouagadougou et Paris, les problématiques urbaines sont loin d'être alignées, aussi « les accords de coopération sont sectorisés ; il n'y a pas de plan global appliqué systématiquement à toutes les villes francophones », explique Arnaud Ngatcha, l'adjoint à la maire de Paris en charge de l'Europe, des relations internationales et de la francophonie. Chaque année, la mairie de Paris investit 1,3 million d'euros dans l'AIMF. 

« Nous menons des actions concrètes. Lors de l'explosion sur le port de Beyrouth le 4 août 2020,  nous sommes passés par l'AIMF pour participer au financement de la reconstruction de l'Hôtel Karantina de Beyrouth (...) Nous avons aussi des accords de ville à ville qui permettent d'apporter des solutions souples et rapides », ajoute-t-il. « A Abidjan, les villes poseront les enjeux de la COP 27 », poursuit Arnaud Ngatcha, non sans préciser qu'elle sera aussi l'occasion pour la ville de Paris, de présenterles initiatives qu'elle porte, en particulier sur la question de la préservation de la forêt africaine. 

Le 6 octobre 2021, la mairie de Paris organisait une conférence internationale pour préserver la forêt d'Afrique centrale, qui rassemblait représentants du monde associatif, acteurs locaux et universitaires, mais aussi secteur privé et grands témoins, pour promouvoir la certification du bois importé des forêts d'Afrique centrale. Avec plus de 200 millions d'hectares, la forêt d'Afrique centrale est le second poumon de la planète, dont 60% se situent en République démocratique du Congo (RDC). En 30 ans, la RDC a perdu 20% de sa forêt humide selon le Joint Research Center (JRC). « Si demain, la forêt en Afrique centrale disparaît, c'est nous tous qui en serons affectés. La protection des forêts africaines n'est pas seulement l'affaire des Africains », explique Arnaud Ngatcha

Lors de la COP26, les Etats parties se sont engagés à mobiliser 16,5 milliards d'euros pour enrayer la déforestation d'ici 2030, un horizon qui laisse une décennie de déforestation possible, au grand damne des ONG environnementalistes comme Greenpeace. 

Ce n'est pas les ressources, mais l'organisation, qui pêche en matière de stratégie climatique, pour Anne Hidalgo. « Il nous faut un nouveau modèle, nous sommes majoritaires, mais mal organisés (...) En France, avec 2,4 milliards d'euros par an pour aller vers cette transition, l'argent coule à flots, mais il est mal dirigé », illustre- t-elle. Sur le continent africain aussi, l'heure est à la réévaluation des projets, eu égard aux centaines de millions de dollars investis dans la grande muraille verte (GMV) censée contenir les effets du réchauffement climatique dans le Sahara, qui reste au stade embryonnaire, quinze ans après son lancement (la GMV fait aujourd'hui l'objet d'une réorientation globale vers des projets d'économie circulaire et d'agroécologie). 

Entre perspectives de nouvelles collaborations, renforcement des capacités ou transferts de technologies, les maires francophones réunis à Abidjan, s'attèleront également à préparer la prochaine COP pour le Climat, qui se déroulera dans la ville de Sharm el-Sheikh en Egypte, du 7 au 18 novembre 2022.

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