Arnaud Ngatcha : « Notre objectif est d'arriver à des solutions concrètes pour préserver les forêts de l'Afrique centrale »

La Ville de Paris organise ce 6 octobre une conférence internationale sur les forêts d'Afrique centrale. Une rencontre qui intervient dans le sillage de la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes et d'une année 2021 marquée par des incendies qui ont ravagé entre juillet et août des milliers d'hectares à travers le monde, provoquant des émissions record de CO2 2021. La Tribune Afrique fait le point sur les enjeux de cette conférence avec Arnaud Ngatcha, adjoint à la Maire de Paris, en charge des Relations internationales et de la Francophonie, à l'origine de cette initiative.

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Arnaud Ngatcha, adjoint à la Maire de Paris, en charge des Relations internationales et de la Francophonie.
Arnaud Ngatcha, adjoint à la Maire de Paris, en charge des Relations internationales et de la Francophonie. (Crédits : Paris)

La Tribune Afrique - Qu'est-ce qui a motivé l'organisation de cette conférence internationale ? Une réponse aux feux de forêt de l'été 2021 qui ont touché de multiples régions du monde, y compris les plus froides comme la Sibérie, causant des émissions record de CO2 ? Pourquoi avoir choisi ce focus sur les 240 millions d'hectares de forêts de la sous-région de l'Afrique centrale, deuxième poumon de la planète après l'Amazonie  ?

Arnaud Ngatcha - J'ai pris la décision d'organiser cette conférence internationale dès ma prise de fonction à la mairie de Paris, en juillet 2020. Il se trouve que l'actualité de l'été dernier a renforcé le sentiment d'urgence sur le sujet. Sur le fond, nous sommes tous de plus en plus conscients de l'importance de préserver les forêts et des enjeux climatiques que nous devons affronter.

C'est à partir de ce constat et au regard de la place prépondérante de l'Afrique sur la scène mondiale que nous avons pensé à l'organisation de la conférence en impliquant les gouvernements locaux de la sous-région, les élus et les acteurs concernés par cette question cruciale de la préservation des forêts. Notre objectif n'est bien sûr pas de nous positionner comme donneurs de leçons, mais de travailler avec ces derniers, de trouver des solutions ensemble. Vous remarquez d'ailleurs que les pays africains sont au cœur du programme et que de nombreux gouvernements seront représentés. Sans oublier que cette initiative s'insère dans un cadre plus global, celui de la place de la ville-monde dans la diplomatie mondiale.

Nous avons pensé à l'organisation de la conférence en impliquant les gouvernements locaux de la sous-région, les élus et les acteurs concernés par cette question cruciale de la préservation des forêts.

Quelles seront les grandes thématiques qui seront abordées par les panélistes au cours de cette conférence internationale ?

La conférence comprend des échanges autour de tables-rondes, avec des spécialistes ; des chercheurs de renom ; les acteurs locaux, c'est-à-dire les maires de villes ; des représentants de gouvernements concernés directement par les questions environnementales. Les intervenants reviendront sur les thématiques liées à la protection de la biodiversité, à l'adaptation de la consommation des produits de la forêt, à la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, aux nouvelles pratiques agricoles et alimentaires, ou encore aux femmes et à leur engagement pour l'enivrement.

La gestion rationnelle des forêts en Afrique centrale requiert une mobilisation de tous, non seulement en matière de bonne gouvernance, mais aussi sur le plan du financement. Les bailleurs internationaux et les institutions d'aide au développement participent-ils aujourd'hui aux efforts de lutte contre la crise de biodiversité dans cette sous-région du continent ?

Oui, les grands bailleurs, les institutionnels et les organisations internationales soutiennent ces efforts, et leur action est prépondérante. Mais il y a aussi les entreprises qui ont un rôle à jouer comme partenaires économiques : la transformation des modèles économiques ne peut se faire sans les entreprises. C'est pour cette raison notamment que nous avons invité le MEDEF ainsi que de grands groupes à participer à cette conférence, comme Orange ou BNP.

Les entreprises ont un rôle à jouer comme partenaires économiques. La transformation des modèles économiques ne peut se faire sans les entreprises.

Devrait-on s'attendre à des actions concrètes sur le terrain à l'issue de cette conférence ?

Certainement. La qualité des intervenants et les experts qui participent à cette initiative devraient déboucher sur des recommandations et un plaidoyer pour faire avancer les efforts de préservation des forêts de l'Afrique centrale. D'ailleurs, une synthèse finale sera produite par le comité scientifique au terme de la conférence, avec des propositions de solutions. N'oublions pas que cette initiative s'inscrit aussi dans l'objectif de la Ville de Paris de rejoindre le City4Forests, une coalition de 73 membres représentés par des villes et des maires, partenaire de la décennie 2021-2030 de la restauration des écosystèmes lancée par les Nations unies.

La qualité des intervenants et les experts qui participent à cette initiative devraient déboucher sur des recommandations et un plaidoyer pour faire avancer les efforts de préservation des forêts de l'Afrique centrale

Vous occupez depuis juillet 2020, les fonctions d'adjoint à la Maire de Paris, en charge des Relations internationales et de la Francophonie. Les villes-mondes deviennent des acteurs géopolitiques. Quels sont les axes de la politique internationale de la Ville de Paris ?

Un des premiers axes sur lesquels nous nous sommes engagés a été celui d'être dans la continuité de cette politique de diplomatie environnementale déjà entamée par Madame la Maire et de son fort engagement sur les questions de transition écologique et de l'infrastructure urbaine verte à Paris, mais également et à travers les villes du monde. Le second axe de notre feuille de route concerne nos relations avec le continent africain. D'abord, parce qu'une partie de l'avenir du monde se joue aujourd'hui en Afrique. Ensuite, Paris représente pratiquement toutes les diasporas du continent et, à travers l'Association internationale des maires francophones, dont Anne Hidalgo est la présidente, la ville est engagée dans d'importants partenariats avec les villes francophones.

Un autre axe important est celui de la diplomatie féministe dans lequel la Ville de Paris est très engagée sur la question d'égalité femme-homme et des droits humains. D'ailleurs, cette thématique fera l'objet d'une table-ronde lors de la conférence.

Avant de rejoindre la Mairie de Paris, vous avez été au cabinet de l'ancienne ministre des Sports Laura Flessel au moment de la candidature de Paris pour l'obtention des Jeux olympiques et paralympiques de 2024. Quels enseignements tirez-vous de cette double expérience ?

Nous avons décroché les Jeux, car l'ensemble des acteurs est parvenu à travailler de concert pour que Paris soit choisi. Cela m'a conforté dans l'idée que pour gagner également dans la lutte contre le réchauffement climatique, il fallait intégrer l'ensemble des forces en présence. C'est dans cet esprit que j'ai imaginé la conférence du 6 octobre prochain, en souhaitant rassembler tous les acteurs africains et français à même de favoriser la préservation de la forêt d'Afrique centrale, qui est le deuxième poumon du monde.

Propos recueillis par Delphine Chêne

Pour consulter le programme et suivre la conférence en ligne :

https://www.initiative-forets-afrique.paris/le-programme

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