Forum de Paris sur la Paix : l’Afrique face aux défis du multilatéralisme

Les 11 et 12 novembre se tenait la 4e édition du Forum de Paris sur la Paix, une initiative lancée par le président Emmanuel Macron pour renforcer un multilatéralisme mis à mal par la conjoncture actuelle. Entre inégalité vaccinale et fragilités multilatérales, le continent africain qui était largement représenté, avait matière à alimenter les débats...

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(Crédits : Sbyconnection)

Forum sur la Paix, conférence internationale pour la Lybie, réunion au sommet sur la situation au Sahel, la semaine dernière, le multilatéralisme était de tous les débats parisiens, sur fond de crises sécuritaires et sanitaire africaines.

Chefs d'Etat et de gouvernements, représentants d'organisations multilatérales mais aussi membres du secteur privé et des sociétés civiles, s'étaient donné rendez-vous dans la « ville lumière » pour participer au Forum de Paris sur la Paix. Une trentaine de chefs d'Etat et plus de 15.000 participants étaient conviés à ces échanges en partie dématérialisés, consacrés au renforcement du multilatéralisme.

En guest-star hollywoodienne, Forest Whitaker, « le dernier roi d'Ecosse » en personne avait fait le déplacement à Paris. Parallèlement, la présence de la vice-présidente des Etats-Unis, était particulièrement attendue, l'Oncle Sam ayant fait l'impasse sur les 3 premières éditions de cette initiative impulsée par le président Macron en 2018.

Le déplacement officiel de l'Américaine, entamé par une 1ère étape à l'Institut Pasteur (où sa mère avait travaillé jadis), était en parfaite adéquation avec le thème de cette édition 2021, centré sur l'inégalité vaccinale. Néanmoins, la présence de Kamala Harris n'a pas occulté l'absence des présidents russe et chinois, qui avaient également boudé la COP26 de Glasgow, signe que le multilatéralisme a toujours du plomb dans l'aile...

Le contexte sanitaire n'a pas découragé les Chefs d'Etat africains à faire le déplacement dans l'hexagone, à l'instar des présidents Macky Sall (Sénégal), Denis Sassou N'Guesso (Congo), Hage Geingob (Namibie), Alassane Ouattara (Côte d'Ivoire), George Weah (Liberia), Albdel Fattah al-Sissi (Egypte), Muhammadu Buhari (Nigeria), Mohammed el-Menfi (Libye), Azali Assoumani (Comores) ou encore Mokgweetsi Masisi (Botswana).

Où en est le multilatéralisme sur le continent africain ?

Sur le continent, les crises éthiopienne et libyenne viennent rappeler la faiblesse des organisations multilatérales en matière de règlement des conflits.

« Il y existe de nombreuses critiques sur l'utilité même des organisations multilatérales. En Afrique de l'Ouest, la Cédéao n'a peut-être jamais été autant critiquée qu'aujourd'hui par les opinions publiques de la région », observe Gilles Yabi, analyste politique et économiste, fondateur du think-tank Wathi.

Le 25 octobre dernier, les autorités maliennes exhortaient le Représentant spécial de la Cédéao au Mali à quitter le pays. Le 8 novembre, c'est Jeamille Bittar le porte-parole du mouvement M5-RFP qui s'élevait contre les sanctions formulées par l'institution, considérant que « ce n'est pas la Cédéao de nous dire ce que nous devons faire (...) Le Mali est souverain et capable de décider par rapport à son avenir »...

L'Union africaine (UA) fait elle-aussi, l'objet de critiques récurrentes de la part de nombreux acteurs de la société civile africaine. Si Gilles Yabi estime qu' « il existe encore beaucoup de limites à l'action des organisations africaines », il s'interroge néanmoins sur la situation si elles n'existaient pas. « Sans l'intervention militaire africaine sous l'égide de l'UA en Somalie, la situation aurait été certainement plus catastrophique qu'aujourd'hui (...) Concernant la santé, l'UA s'est imposée comme une source fiable de données en matière d'évolution de la pandémie, et a remis à l'ordre du jour la question fondamentale de la production de médicaments sur le continent ». Il considère par ailleurs que les institutions multilatérales doivent particulièrement s'engager sur des « questions concrètes -comme- la santé, l'industrialisation, le climat et la recherche scientifique, où le multilatéralisme africain prend tout son sens ».

Crise libyenne, le cas d'école

« Nous avons besoin d'un soutien de la communauté internationale pour parvenir à la stabilité dans notre pays », déclarait Mohammed el-Menfi, le président du Conseil présidentiel de Libye, le 11 novembre dernier (à la veille d'une grande conférence internationale sur la Libye qui se tenait également à Paris), en dépit d'une décennie de conflits et d'un processus de transition fragile, malgré les efforts déployés par la communauté internationale.

Pour Gilles Yabi, « les vraies décisions au niveau politique restent aux mains des Etats puissants. L'UA s'était impliquée dans le dossier libyen, défendant une approche différente de celle de l'OTAN, mais elle n'a pas été écoutée car les agendas des puissances mondiales étaient différents ». Pour l'analyste, les résultats de l'UA dépendent beaucoup de ses Etats membres. Faute de « locomotives », les résultats ne sont pas au rendez-vous des attentes africaines. « Je ne crois pas au modèle d'une UA très intégrée politiquement qui rejoindrait la vision des Etats-Unis d'Afrique de Kadhafi (...) tant que l'UA aura autant d'ambitions pour si peu de moyens, cela provoquera la désillusion des populations »; poursuit-il.

Plusieurs épisodes ont également fragilisé la présence onusienne en Afrique, ces dernières années. En 2015, affligés par les remontrances de l'ONU en matière de droits de l'Homme et de gouvernance dans le Kivu, les autorités congolaises réclamaient le retrait de la Monusco. En République centrafricaine en 2019, l'ONU vacille suite au scandale, révélé par Le Monde, des viols commis par des casques bleus sur des civiles centrafricaines. Néanmoins, c'est bien la représentativité des membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU (qui ne compte aucun Africain), qui concentre le plus de critiques. « Koffi Annan, l'ancien Secrétaire général des Nations Unies, en avait fait son cheval de bataille mais aujourd'hui, personne n'y croit plus vraiment à court terme. Cela montre bien les limites du multilatéralisme », considère le fondateur de Wathi.

Quand la pandémie souligne les limites du multilatéralisme

Les débats du Forum 2021 se sont concentrés autour de la « réduction des fractures mondiales » à l'heure où la pandémie de Covid-19 a révélé un véritable « apartheid vaccinal », selon Pascal Lamy, le président du Forum de Paris sur la Paix. Une fois de plus, Tedros Gebreyesus, le directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) est monté au créneau pour dénoncer « l'inéquitable distribution des vaccins ».

« A l'heure où l'on parle, seulement 5% des Africains sont vaccinés, ce qui est très faible (...) La pandémie s'arrêtera quand la communauté internationale l'aura décidé car cela ne dépend pas de la recherche ou de la technologie mais de la volonté politique et du courage (...) Trop c'est trop ! », a-t-il lancé.

De Kamala Harris à Emmanuel Macron en passant par Charles Michel et Muhammadu Buhari, l'Afrique était au cœur des préoccupations du Forum 2021, car la pandémie de Covid-19, a mis en exergue les limites du multilatéralisme, comme le soulignait en juin dernier, Nasser Bourita, le ministre marocain des Affaires étrangères, à l'occasion d'une réunion de ministres des Affaires Etrangères sur le thème du multilatéralisme en temps de pandémie mondiale. « Le système multilatéral doit être jugé sur sa capacité à répondre aux besoins des pays en développement, notamment en Afrique », déclarait-il alors. Pour Kamala Harris, la réduction des inégalités ne relève pas de « la charité », c'est un « devoir » collectif. Encore faudra t-il que ces déclarations soient suivies d'effets...

Enfin, revenant sur le « Consensus de Paris », le président Macron pragmatique, a souligné qu'il fallait « aller au bout de la réponse universelle à la pandémie -car- depuis 1 an, beaucoup de progrès concrets ont été faits mais ils ne vont pas assez vite ».

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