Sud-Soudan : Machar décline sa nomination au poste de vice-président et retarde le processus de paix

 |   |  775  mots
(Crédits : Reuters)
Son retour programmé le 12 novembre prochain à Juba, est déjà compromis. Alors qu’il devrait revenir au bercail pour occuper le fauteuil de premier vice-président dans le cabinet du président Salva Kiir, Riek Machar fait savoir qu’il n’occuperait peut-être pas le poste à date. En cause, un désaccord sur les questions sécuritaires prévues par l’accord de paix signé en septembre 2018. Une surenchère qui risque de précipiter le pays à nouveau dans la crise.

C'est peut-être le signe que la mise en place du « gouvernement d'union nationale » va encore accuser du retard. Sur le chemin de la constitution du Cabinet, les tractations entre les camps du président Salva Kiir et de Riek Machar, son ex et futur vice-président, semblent achopper sur un écueil sécuritaire qui risque de réveiller les démons à demi-endormis du conflit entre les frères ennemis.

Sécurité, fédéralisme, des questions critiques à résoudre

Samedi 19 octobre, Riek Machar s'est rendu à nouveau à Juba, sa deuxième visite depuis celle de la mi-septembre dernière, afin de lever les derniers obstacles pour le retour de la paix dans le plus jeune Etat du Continent. A des émissaires de l'ONU, l'ancien chef rebelle a confié qu'il déclinerait son poste de vice-président si la question de l'intégration de ses effectifs à l'armée régulière n'était pas réglée. « Les questions critiques doivent être résolues. Les arrangements de sécurité doivent au moins avoir été mis en place. Sans quoi, le cessez-le-feu dont nous bénéficions depuis un an sera rompu », a lancé le chef Mouvement de libération populaire du Soudan (SPLM-IO, acronyme en anglais).

En lieu et place, le chef rebelle propose une rallonge de la période de pré-transition prévue dans l'accord de paix afin d'accorder plus de temps de préparation aux deux parties dans l'aboutissement des questions de sécurité et de fédéralisme. Sur la question de la sécurité, le second retour de Riek Machar dans la capitale sera sans doute un moment déterminant.

En juillet 2016, au moment de célébrer la cinquième année de l'indépendance du Sud-Soudan, des affrontements particulièrement meurtriers avaient éclaté entre les forces loyales et des troupes rebelles après le retour de Riek Machar qui avait fui le pays après une guerre civile fratricide qui avait fait 400 000 morts et plus de 4 millions de déplacés. Ce denier épisode avait à nouveau obligé le chef rebelle à quitter Juba avec soldats et armes.

Outre les conditions de retour de l'opposant et futur vice-président, la question du cantonnement des troupes rebelles est au cœur des enjeux. Selon le plan de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), le bloc politique de l'Afrique de l'Est, l'objectif minimum était de parvenir à former au moins 50 % des 83 000 soldats de la future armée unifiée. Cela passe par le cantonnement, le désarmement, la formation, l'intégration dans les effectifs, des troupes rebelles fidèles à Riek Machar, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays. Le délai de fin septembre est aujourd'hui largement dépassé pour atteindre l'objectif.

Efforts décisifs de l'IGAD et de l'ONU

La tâche n'est pas mince, car aux écueils sécuritaires s'ajoutent les questions politiques. Sur le plan du fédéralisme, l'ancien chef rebelle conteste un « ksaucissonnage » des 619 745 km2 du pays en 32 Etats - alors qu'il n'en comptait que dix à l'origine - à l'avantage, selon son camp, du président Salva Kiir et de son groupe ethnique, les «Dinkas». De l'ethnie Nuer, Riek Machar estime que le découpage régional devrait se faire plus équitablement pour ne pas diluer la diversité des communautés autochtones. Cela sous-entend une superposition des cartes ethniques aux cartes des ressources du pays, notamment pétrolières.

Le 12 novembre prochain, Riek Machar devrait acter son retour au bercail pour occuper le fauteuil de premier vice-président du président Salva Kiir, après quoi, devrait être mis en place un gouvernement de large consensus, d'abord prévu en mai puis reporté à novembre, selon l'accord de paix signé en septembre 2018. A leur rencontre le 11 septembre dernier, la poignée de main et l'ambiance au palais de Juba laissaient pourtant présager d'un avancement du processus de paix.

Un petit mois seulement sépare les deux camps de l'échéance et déjà la surenchère semble changer la donne. Le risque est de voir ce processus voler en éclats et faire revenir le Sud-Soudan au point zéro. Par deux fois, en 2013 et 2016, le Soudan a sombré dans une guerre fratricide tisonnée par la rivalité entre Salva Kiir et Riek Machar. Un troisième affrontement entre les frères ennemis pourrait compromettre la tendance observée pour le retour des réfugiés, en plus d'être source d'instabilité dans la région. Maintenant, l'espoir repose sur de nouvelles rencontres programmées sous l'égide de l'ONU et de l'IGAD. Toute la question est savoir si cette ultime médiation va réussir à concilier les positions.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :