Sénégal : Macky Sall arrache la Mairie de Dakar des mains de Khalifa Sall

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(Crédits : Page Facebook Khalifa Sall)
On en parlait comme du maire de Dakar. Il faut peut-être désormais en parler comme de l’’ex-édile de la capitale sénégalaise. En plus de ses déboires judiciaires dans la ténébreuse affaire de la caisse d’avance pour laquelle sa condamnation vient tout fraîchement d’être confirmée, Khalifa Sall devra faire face à une autre sanction. Cette fois-ci, le couperet est venu du plus haut sommet de l’Etat. Le président Macky Sall a signé un décret pour révoquer le mandat de Khalifa Sall à la Mairie de Dakar

Jusqu'ici, la seule communication avec un individu étranger au pénitencier de Rebeuss, c'est lorsque son directeur de cabinet à la Mairie de Dakar qui lui apporte les parapheurs contenant les dossiers des affaires courantes à signer. Depuis ce vendredi 31 août 2018, Khalifa Sall doit se sentir bien seul dans le confort spartiate de sa cellule dans la prison urbaine la plus peuplée du Sénégal.

La condamnation en appel, principal argument du décret

«Monsieur Khalifa Ababacar Sall est révoqué de ses fonctions de Maire de la Ville de Dakar», écrit l'article premier d'un décret signé de la main de Macky Sall. Le même texte enjoint Aly Ngouille Ndiaye, le ministre de l'Intérieur et Yaya Abdoul Kane, son collègue de la Gouvernance territoriale, «chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret qui sera publié au journal officiel».

Le calendrier judiciaire sénégalais semble raccourcir ses jours. Un peu plus d'un mois après avoir été condamné en première instance, le désormais ex-maire de Dakar a vu sa condamnation alourdie. Aux cinq ans de prison ferme assorti de 5 millions de FCFA d'amende et à la confiscation du cinquième de ses biens prononcés par le Tribunal de Première instance, le juge en appel a ajouté une sanction le condamnant à payer solidairement avec deux de ses co-accusés, la somme de 1,8 milliard de FCFA, soit exactement la somme supposée être évaporée de la caisse d'avance municipale.

A cheval entre l'interprétation du Code des collectivités locales et des compétences régaliennes de l'Etat, c'est justement dans cette dernière condamnation du maire de Dakar que le décret de Macky Sall puise ses arguments pour appuyer sa décision d'évincer l'édile socialiste.« (...) la condamnation du Maire de la Ville de Dakar par les juridictions de fond, en première instance et en appel, entraîne la mise en oeuvre des dispositions (...) qui prévoient, en cas de condamnation, la révocation des maires, adjoints par décret motivé», justifie le texte.

Un destin présidentiel pour Khalifa Sall?

Pour les autorités sénégalaises donc, Khalifa Sall est privé de « capacité juridique et de [son] autorité morale nécessaires à l'exercice de ses fonctions». En lieu et place du maire et des adjoints, le ministère de l'Administration territoriale devrait installer une « délégation spéciale» chargée d'administrer la Mairie jusqu'à élection d'un nouveau maire.

A qui profite cette révocation? Plus que cette révocation qui a surpris jusque dans les cercles les plus fermés, c'est la célérité et cet étrange conjonction d'événements qui ont conduit à son éviction qui posent question. Du temps de Wade comme maintenant que  l'APR (le parti au pouvoir) règne sur le Palais, la Mairie de Dakar a toujours constitué une «prise de guerre électorale» très convoitée. Par deux fois, en 2009 sous Wade et sous Macky Sall en 2014, Khalifa Sall a défait les troupes libérales, décidées à conquérir cette forteresse, située à cinq minutes du Palais présidentiel.

A Dakar, beaucoup subodorent que cette rancune tenace vaut aujourd'hui à Khalifa Sall, maire de Dakar depuis 2009 -année pendant laquelle, pour la première fois la Mairie échappait à un parti au pouvoir-, cette «chasse aux opposants» sous le glaive de la justice. Car l'affaire Khalifa Sall est à mettre en perspective avec la présidentielle de février 2019 à laquelle sa candidature effective est toujours incertaine. De l'issue de sa longue marche entamée vers la Cour suprême, son dernier recours, dans un calendrier judiciaire véloce, dépendra le destin présidentiel du maire qui voulait entrer au Palais.

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