Corruption : avant Deby et Museveni, ces présidents africains cités dans des scandales (2/2)

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José Edouardo Dos Santos ; Goodluck Jonathan ; Ali Bongo ; Paul Biya ; et Denis Sassou Nguesso.
José Edouardo Dos Santos ; Goodluck Jonathan ; Ali Bongo ; Paul Biya ; et Denis Sassou Nguesso. (Crédits : LTA)
Pour 2 millions de dollars, Idriss Deby, le président du Tchad aurait cédé une concession pétrolière à une entreprise chinoise. Pour moins (500.000 dollars), Yoweri Kaguta Museveni, le chef de l’Etat ougandais, aurait accordé des avantages commerciaux à la même société dans le secteur banquier et énergétique. Pourtant, bien avant ces deux présidents africains, certains de leurs pairs ou ex-pairs ont été éclaboussés par des scandales de corruption. Voici la deuxième partie de cette liste non exhaustive.

L'affaire de corruption éclabousse Idriss Deby du Tchad et Yoweri Kaguta Museveni d'Ouganda. Pendante devant la justice américaine, dans un scénario proche d'une guerre économique américano-chinoise, elle n'est pas sans rappeler d'autres présidents africains qui auraient trempé les mains dans des esclandres du même acabit. (Première partie à lire ici)

Denis Sassou Nguesso : stratégique SNPC

La réélection en mars 2016 et les législatives qui s'en sont suivies se sont faites dans  une contestation réprimée. Pour la survie du clan, Denis Sassou Nguesso, au pouvoir depuis trois décennies, n'a pas hésité à jouer sur la peur.

Après les révélations des «biens mal acquis» en France qui visent deux fils du clan Sassou Nguesso, l'ONG suisse «Public Eye» a documenté les 30 millions de dollars de pots-de-vin présumés, versés par le négociant Gunvor à des personnalités influentes de l'Etat et leurs intermédiaires, dont Denis Christel Sassou-Nguesso, le fils de Denis Sassou Nguesso et directeur de la Société nationale du pétrole du Congo (SNPC).

Un monnayage qui met au jour un système rodé de corruption à tous les étages dans le partage des ressources du sous-sol du Congo Brazza. Et ce ne sont pas les enquêtes rouvertes sur Julienne Sassou Nguesso ou encore celle visant Denis Christel qui vont faire taire les détracteurs du régime, pas plus que les longues enquêtes qui n'ont pas encore révélé tous leurs secrets.

[Lire aussi : Au Congo Brazzaville, la SNPC mène grand train, malgré la crise pétrolière]

Les révélations de l'office anti-corruption congolais sont bien en deçà des estimations de sommes qui ont disparu des caisses étatiques. Il faudra peut-être chercher l'explication dans la prédation économique, les détournements, le bradage et le marchandage des marchés publics de gré à gré, régulièrement pointés pour démêler l'écheveau de décennies de corruption dans ce pays.

Paul Biya : rigueur aphone et usure du pouvoir

En 35 ans de règne, la promesse du principe de rigueur qui a accompagné le début de mandat du second président du Cameroun s'est noyée dans le bruit des casseroles. A l'épreuve des faits, sous le régime de cet ancien séminariste, les scandales de corruption, de favoritisme et de népotisme se succèdent dans les régies étatiques les plus stratégiques. La presse camerounaise étale à longueur d'articles le train de vie dispendieux des fonctionnaires dont certains se sont fait construire des châteaux au Cameroun.

Jamais pourtant, l'ancien Premier ministre devenu président, réputé pour ses très longs séjours en Suisse, n'est éclaboussé, son entourage étant toujours pointé d'un doigt accusateur. L'homme qui dirige le pays pouvait-il ignorer la répétition des scandales tous plus retentissants les uns les autres ? Plus de trois décennies aux commandes, Paul Biya est le symbole d'un pouvoir vieillissant, encore populaire, mais qui s'appuie sur une classe dirigeante corrompue.

[Lire aussi : Cameroun : avis contradictoires entre Paul Biya et le FMI sur la gestion des finances publiques]

Les initiatives ne manquent pas pourtant avec la multiplication des offices de lutte anti-corruption -bien souvent sans force de poursuites- qui mènent des opérations «mains propres». Ces dernières ont conduit à l'arrestation de plusieurs hauts fonctionnaires, anciens ministres ou proches collaborateurs. Mais leur suite sans procès ni peine de prison a été interprétée comme une volonté de tenir au pas les membres de l'appareil d'Etat.

Ali Bongo : le masque de la lutte anticorruption

« Mamba» ! C'est le nom de code de cette opération qui fait trembler dans les cercles politiques gabonais. Sous couvert de lutte contre la corruption, plusieurs anciens ministres et conseillers du président gabonais, soupçonnés d'avoir «trempé les mains dans le pot de confiture», ont été mis aux arrêts. Pour autant, Ali Bongo Ondimba est-il converti à une «gouvernance saine et vertueuse» ?

Même si on lui reconnaît le courage d'avoir secoué le cocotier politique que son père a installé à coups de prébendes, l'actuel locataire du Palais du Bord de mer traîne des dossiers. Entre 2006 et 2012, quelque 2 700 milliards de Fcfa se sont évaporés des caisses de l'Etat. Cette période correspond à la fin de 42 ans de pouvoir de Bongo père et au premier mandat d'Ali Bongo. Ce dernier profite de son second mandat pour rectifier le tir, est-on tenté de dire.

[Lire aussi : Gabon : Ali Bongo continue à «balayer devant sa porte»]

Pourtant, l'actuel président gabonais traîne l'affaire des «biens mal acquis», vaste enquête de la justice française sur le parc automobile impressionnant, les hôtels particuliers, les villas de luxe, détenus par la famille Bongo en France grâce aux détournements présumés de deniers publics. Il s'y ajoute les dépenses somptuaires de Pascaline Bongo, la sœur aînée d'Ali Bongo ou encore le shopping de luxe présumé de la Première Dame, Sylvia Bongo, chez les bijoutiers et les couturiers de grand-luxe. Dans un geste florentin, Ali Bongo Ondimba a toutefois réussi à faire taire la plupart de ses détracteurs en offrant la plupart des biens de la famille à l'étranger à la «jeunesse gabonaise», les plaçant de facto sous la protection de l'Etat.

Goodluck Jonathan : la corruption comme un chapeau d'ombre

Tout comme son inséparable chapeau Stetson noir, les scandales de corruption suivent le régime de l'ancien président nigérian qui y est régulièrement cité. Les premiers à éclabousser le prédécesseur de Muhammadu Buhari proviennent d'abord de son épouse, Patience Jonathan, qui aurait blanchi via sa société près de 175 millions de dollars et qui a vu quatre de ses nombreux comptes bancaires gelés par l'agence nigériane de lutte contre la corruption.

Dans les prétoires de la justice nigériane, les «affaires» se bousculent concernant des détournements de fonds, des pots-de-vin issus de l'exploitation du pétrole, de blanchiment de produits de corruption qui suivent l'ancien locataire de l'Aso-Rock Villa. De Diezani Alison-Madueke, son ancienne ministre du Pétrole, aux conseillers les plus proches de Goodluck Jonathan en passant par plusieurs des ex-dirigeants de sociétés pétrolières, le régime traîne des esclandres de corruption du temps de la privatisation du secteur pétrolier conduite par l'ancien président.

[Lire aussi : Nigéria : l'ex-président Goodluck Jonathan appelé à la barre dans une affaire de corruption]

Ce dernier est allé jusqu'à réclamer 2,7 millions d'euros pour être témoin lors d'un procès pour corruption dans lequel Olisa Metuh et Sambo Dasuki, deux de ses conseillers, l'ont attrait à la barre. Ces derniers ont reconnu avoir détourné, au su du président, des sommes destinés à financer sa campagne de réélection. Mais quand on s'appelle Goodluck et votre successeur vous dit que vous n'avez rien à craindre...

José Edouardo Dos Santos : népotisme, clientélisme, ma famille d'abord

Avec une pension-retraite qui fait pâlir le troisième âge, José Edouardo Dos Santos a cédé son fauteuil, mais à quel prix ! En 37 ans de règne, «Camarade José» a bien préparé sa sortie. Selon le centre de recherche de l'Université catholique d'Angola, 189 milliards de dollars sont pêle-mêle auraient été sortis du pays rien qu'entre 2002 et 2015 pour être soit injectés dans des circuits financiers difficilement traçables ou versés sur des comptes offshores dans des paradis fiscaux.

Héros de l'indépendance du pays, l'ancien président a été l'artisan de la pacification du pays. Il a aussi été l'architecte d'un système de rentes profitant aux apparatchiks et sa puissante famille qui se sont partagé les revenus de la pétro-république riche en diamants. L'«épidémie» de milliardaires angolais issus de la rente pétrolière commence d'abord par la famille Dos Santos qui tient les rennes économiques du pays.

[Lire aussi : Angola : Dos Santos se fabrique un «parapluie antiatomique» avant sa retraite dorée]

Isabel Dos Santos, «Princesse Crésus» et femme la plus riche d'Afrique à la tête de la Sonangol -avant d'être démise de ses fonctions par le nouveau président- est présente dans le diamant, la distribution, la banque et les télécoms. Son demi-frère, Filomeno Dos Santos, doit faire face à des déboires judiciaires pour sa gestion des 5 milliards de dollars du Fonds souverain du pays. Mais en 38 ans d'arrosage des rentiers du MPLA, le parti-Etat, José Edouardo Dos Santos -qui conserve son pouvoir politique- a construit des liens solides qui assurent ses arrières.

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Commentaires
a écrit le 07/12/2017 à 10:09 :
Il faut se poser la question de la mentalité et culture africaine qui généralise corruption, clientélisme, autocratie et incompétence à tout les niveaux ? Cocktail catastrophique qui a plombé tout le continent depuis la décolonisation. Les peuples sont ils entièrement innocent ?

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