Financement : 4,3 milliards de dollars levés lors de la Conférence des partenaires pour le développement des Comores

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Plus de 4,3 milliards de dollars d'engagements financiers ont été annoncés lors de la clôture de la Conférence des partenaires pour le développement des Comores (CPAD), organisée pour soutenir le Plan Comores Emergent 2030 (PCE). Partenaires bilatéraux et multilatéraux d'une part et acteurs du secteur privé d'autre part se sont respectivement engagés à investir 1,6 milliard et 2,7 milliards de dollars.

« Amélioration du climat des affaires » et « transparence » ont ponctué les déclarations de la délégation comorienne pour mobiliser les acteurs internationaux autour du développement des Comores. Un discours qui a vraisemblablement convaincu les investisseurs publics et privés présents à Paris, dont les promesses atteignaient déjà 3,7 milliards de dollars à l'issue de la première journée. In fine, la levée de fonds de la CPAD 2019 aura totalisé 4,3 milliards de dollars d'engagements mardi soir (contre les 4,2 escomptés).

Ce sont 170 millions d'euros annoncés par la France, 185 millions de dollars par les Émirats arabes unis (EAU), 300 millions de dollars par la Banque Islamique de Développement (BID), 172,7 millions de dollars par la Banque africaine de développement (BAD), 164 millions de dollars par le PNUD et 175 millions de dollars par la Banque mondiale.

La délégation des Comores repart donc avec des promesses d'engagements à hauteur des ambitions présidentielles. Azali Assoumani, le Chef d'Etat de l'Union des Comores, a déclaré qu'il veillerait personnellement au mécanisme de suivi afin de s'assurer du décaissement intégral des fonds.

Le Maroc réaffirme son soutien à l'Union des Comores

Si les Émirats arabes Unis et le Japon ont marqué l'événement par leur présence, le Royaume du Maroc s'est particulièrement illustré lors de la CPAD 2019, soulignant son indéfectible soutien à l'Union des Comores et dépêchant Nasser Bourita, le ministre des Affaires étrangères à Paris. Près de 40 entreprises marocaines avaient fait le déplacement dans l'hexagone, pour soutenir les secteurs-clés du PCE 2030 (construction, tourisme, secteur halieutique et agriculture).

Les Comoriens ont profité de cette occasion pour annoncer leur intention d'ouvrir prochainement une Ambassade à Rabat tandis que Nasser Bourita devrait se rendre à Moroni dans les semaines à venir. Par ailleurs, une commission mixte maroco-comorienne sera organisée dès le premier trimestre 2020.

Le rendez-vous parisien de l'Union des Comores aura également été l'occasion pour la CGEM (Confédération générale des entreprises du Maroc) et pour l'Union des chambres de commerce, d'Industrie et d'agriculture des Comores (UCCIA) de signer une convention de coopération afin de faciliter les échanges commerciaux et le partage d'expérience entre les deux pays.

Enfin, un partenariat en matière de formation devrait bénéficier dès l'année prochaine à quelque 3 000 nouveaux étudiants boursiers comoriens qui souhaitent poursuivre leurs études au Maroc.

Une douzaine de projets pour transformer l'archipel

La CPAD 2019 fut l'occasion pour les Comores de présenter le PCE 2030. Les initiatives consacrées au développement du tourisme (identifié comme l'une des pierres angulaires du PCE 2030) bénéficieront d'un budget de 686 millions d'euros afin de faire passer le nombre de visiteurs annuels de 35 000 visiteurs à 200.000 d'ici 2030.

Le PCE 2030 inclut également le projet « Unir les îles par la mer » doté d'une enveloppe de 65 millions d'euros, pour améliorer les connexions maritimes. « C'est une question d'unité », explique Ali Saïd Chayhane, le ministre des Finances et du Budget des Comores. « Nous devons faire en sorte que la mer nous unisse [...] Il nous faut faciliter les déplacements inter-îles afin de soutenir le commerce, car notre objectif et de faire évoluer le volume de marchandises de 80 000 tonnes à 240.000 tonnes d'ici 2030 » a-t-il confié à La Tribune Afrique.

Pour soutenir leur développement, les Comores ont fait le choix de la « boucle énergétique » reposant sur le mix énergétique et dotée d'un budget de 337 millions d'euros. Une Smart City comorienne bénéficiera de 100 millions d'euros pour soutenir l'amélioration de l'environnement des affaires. Au niveau social, le projet El Maarouf, supporté par un budget de 120 millions d'euros, permettra aux Comores de se doter d'un hôpital d'une capacité de 650 lits, contre 150 à ce jour. « Le centre hospitalier hérité de la colonisation n'a jamais été vraiment rénové [...] Ce projet réduira la facture sanitaire pour l'Etat et nous pensons qu'il permettra de diminuer de 80% le nombre des évacuations sanitaires, aujourd'hui réparties entre Mayotte, Maurice, la Tanzanie et même l'Inde », a précisé le ministre.

Pour finir, les projets structurants du PCE 2030 couvriront le développement des infrastructures portuaires, le renforcement de l'attractivité des Comores à travers « Moroni Finance City », l'urbanisation et la construction de routes, le renforcement du secteur agricole et enfin la gestion des déchets.

La Banque mondiale annonce 175 millions de dollars d'engagements financiers

Alors que l'archipel vient de sortir des PMA (pays les moins avancés), les défis de l'émergence restent considérables. « La pauvreté extrême touche près de 2 Comoriens sur 10 » a rappelé Mark Lundell, le Directeur des opérations de la Banque mondiale pour l'océan indien. « Les Comores sont sur le bon chemin », ajoute-t-il néanmoins. Une déclaration qui s'est accompagnée de 175 millions de dollars de promesses de décaissement sur les 3 prochaines années.

Les engagements de la Banque mondiale vers les Comores ont considérablement augmenté ces deux dernières années, passant de 20 millions de dollars en 2017 à 125 millions en 2019. « Cela s'explique par une meilleure organisation dans la gestion et dans la mise en œuvre des projets, ce qui a conduit à des financements additionnels [...] cette augmentation concerne d'ailleurs, tous les petits pays insulaires, dont le soutien est passé de 20 millions de dollars en 3 ans à 80 millions sur la même durée, en raison leur enclavement, qui les pénalise fortement en termes de connexions avec les autres pays », précise Mark Lundell.

Tout en maintenant son appui en matière de résilience, la Banque mondiale interviendra surtout dans le domaine des transports et dans le soutien au développement des secteurs de l'agriculture et de la pêche. « Le secteur halieutique est encore très faiblement développé et il n'existe quasiment pas d'exportation des produits de la mer [...] Notre accompagnement se concentre sur le renforcement des capacités des petits pêcheurs locaux et nous constatons que la situation s'améliore peu à peu », souligne Mark Lundell.

Au niveau du secteur agricole et de la commercialisation des produits locaux, les défis demeurent également considérables. « Il faut construire un réseau né de la production locale qui puisse s'imposer sur un marché dominé par les importateurs », explique le directeur des opérations de la Banque mondiale pour l'océan indien.

Autant de défis inscrits dans le PCE 2030, qui devront être soutenus par les investisseurs, car « avec 17 % du PIB, les investissements totaux aux Comores sont inférieurs à la moyenne de l'Afrique subsaharienne et les IDE ne représentent que 1 % du PIB » a-t-il souligné, précisant que la Banque mondiale et ses filiales seront aux côtés de l'Union des Comores pour relever le défi de l'émergence d'ici 2030.

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