Conférence des donateurs pour la RDC : les risques d’un boycott !

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(Crédits : Reuters)
Kinshasa ne veut pas que des fonds soient demandés en son nom, sans qu’elle soit associée à l’organisation. Mais l’Onu, en partenariat avec plusieurs pays, va l’organiser quand même. Sur fonds de guerre de chiffres et de contre-offensive diplomatique de la RDC, la conférence des donateurs s’ouvre ce vendredi 13 avril à Genève pour tenter de lever 1,7 milliard de dollars pour venir en aide aux personnes en «situation d’urgence humanitaire». Absente, Kinshasa reste dans sa tour du boycott systématique et fait planer un risque sur l’action humanitaire.

«On ne peut pas assister quelqu'un contre son gré !». En dépouillant cette déclaration sur RFI de Lambert Mendé, le porte-parole du gouvernement congolais, de sa négation, l'interrogation fuse : peut-on aider un pays contre son gré ? Pour un pays « en situation de d'urgence humanitaire», la réponse est assurément « oui » pour l'Onu qui organise ce vendredi 13 avril à Genève, une conférence des donateurs pour la RDC.

Réplique kinoise avec des lettres au vitriol

Objectif : lever 1,7 milliard dollars pour venir en aide à 13 millions de personnes dont 4,5 millions de déplacés et plus de 3 millions d'enfants frappés de malnutrition, selon les chiffres onusiens contestés avec vigueur par Kinshasa. Le pays de Joseph Kabila estime ces chiffres « exagérés », portent atteinte à l'image d'un pays qui n'a pas été associé à l'organisation de la conférence.

Un temps retranchée dans la « tour du boycott », la diplomatie congolaise avait fini par apporter une réplique interne doublée d'une offensive diplomatique auprès des pays invités à contribuer à la « sébile » onusienne à destination de Kinshasa. D'abord, Léonard She Okitundu, le chef de la diplomatie congolaise avait annoncé la mise en place d'un fonds financés sur fonds propres de 100 millions de dollars dont 10 seraient décaissés tout restant ouvert « à la solidarité internationale ».

Ensuite, ses hommes ont obtenu le désistement des Emirats-Arabes-Unis, principal bailleur de la conférence et nouvel allié économique de Kinshasa, après une intense campagne de lobbying et d'envoi de lettres de protestation des autorités aux pays invités à la conférence. Pour Kinshasa des pays comme la Suède ou les Pays-Bas sont coupable d'une attitude « inamical » et d'une « démarche sectaire ».

« Le gouvernement de la République démocratique du Congo voudrait rappeler qu'il est le seul représentant légal et légitime des populations congolaises », peut-on lire dans les lettres au vitriol de la diplomatie congolaise. Qu'à cette protestation ne tienne. L'Onu semble bien décidée à réunir les fonds après plusieurs tentatives de conciliation. Sans la RDC, qui n'y a envoyé aucun officiel pour protester contre une « violation de sa souveraineté ». Vraiment ?

Les laissés-pour-compte de la crise, prisonniers du clash ONU-Kinshasa

« La justification de déni de souveraineté nationale ne tient pas du tout. Le gouvernement de Kabila a plongé un pays immensément riche dans l'une des crises humanitaires les plus aiguës de notre décennie et craint que l'heure du bilan soit un exercice qui dévoile son incurie et la prévarication érigées en normes de pouvoir, analyse Régis Hounkpè, le directeur exécutif d'InterGlobe Conseils, spécialiste de géostratégie et de communication politique. Cette conférence internationale des donateurs par l'ONU et certains pays n'a pas vocation à brider le pays de sa souveraineté. Elle aurait pu se faire bien avant et tenir compte du respect scrupuleux des résolutions de l'Accord de la Saint-Sylvestre. Mais cette bouffée d'oxygène tient davantage de l'humanitaire que du politique».

Pour autant, il faut pointer une certaine politisation de la question humanitaire par des partenaires affiliés ou périphériques à l'Onu qui se sont fendus de commentaires sur les élections générales de décembre 2018, la question des droits de l'Homme et d'autres sujets « subsidiaires » pour l'objectif de la conférence. Si la crise humanitaire avait été traitée en dehors de ces sensibilités, elle aurait peut-être eu lieu de façon dépassionnée, semblent penser certains.

Le risque est en tout cas grand de déclencher un bras de fer entre Kinshasa et l'ONU même après la conférence si la RDC venait à prendre des mesures de rétorsion qui brideraient la progression des humanitaires dans les zones en proie à la crise humanitaire. Cela pourrait envenimer la situation déjà compliquée sur le terrain. Ce serait alors les laissés-pour compte de cette crise qui seraient pris entre l'enclume de l'Onu et le marteau de Kinshasa. Jusqu'à quand ?

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