Industrie de la mode : le Cameroun en retard sur presque tous les plans [Etude]

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En France, l'industrie de la mode génère 150 milliards d'euros de chiffre d'affaires et quelque 58 000 emplois directs.
En France, l'industrie de la mode génère 150 milliards d'euros de chiffre d'affaires et quelque 58 000 emplois directs. (Crédits : Shutterstock)
Avec le récent boom du wax à travers le monde, l’industrie de la mode en Afrique connaît un nouvel engouement depuis quelques années. Mais certains pays, bien qu’ayant tout le potentiel souhaité, restent en marge de cette «révolution». Parmi eux, le Cameroun. Une nouvelle étude relève le retard qu'accuse ce pays d’Afrique centrale sur presque tous les plans. Détails.

La mode est difficilement synonyme de business au Cameroun. C'est le triste constat dressé par le rapport statistique sur le secteur de la mode au Cameroun, fraîchement publié par le magazine lifestyle C'Koment et réalisé en collaboration avec le cabinet d'étude Dina Online Surveys.

D'énormes lacunes

Basé sur une enquête réalisée auprès d'un échantillon de 409 consommateurs au cours du mois de mai et étayé par des analyses d'experts, le rapport met en lumière l'état d'un secteur porteur encore inexploité. Pour 55% des Camerounais en effet, la mode locale ne peut être évoquée en tant qu'industrie en raison de l'absence d'organisation et d'orientation vers une économie d'échelle. Pourtant 94% d'entre eux pensent que ce secteur peut représenter un véritable boosteur de l'économie. Paul Marius Nkeng, consultant en branding et stratégie, rappelle qu'en France, l'industrie de la mode représente 1,7% du PIB, soit 150 milliards d'euros de chiffre d'affaires avec plus de 58 000 emplois directs, selon une étude de l'Institut français de la mode (IFM). «Si la mode devient une véritable industrie, que les investisseurs commencent à comprendre son apport, non seulement social avec des milliers d'emplois qui peuvent être créés, mais aussi financiers, nous avons là la belle opportunité de développement», commente-t-il.

Le rapport pointe également l'absence de centres de formation compétents, ainsi que la mauvaise perception des métiers de la mode dans les mœurs camerounaises, surtout en ce qui concerne le mannequinat qui reste perceptiblement plus développé que la création, le stylisme ou encore la photographie.

Par ailleurs, 67% des Camerounais estiment que les médias locaux ne jouent pas leur rôle dans le développement de l'industrie de la mode et pointent particulièrement «le manque accru de magazines spécialisés» où les concepteurs sont des journalistes de formation spécialisés dans le domaine. En outre, le manque d'événements dédiés d'envergure garde les professionnels existants (tous métiers confondus) dans l'ombre.

L'autre insuffisance radicalement décriée par les sondés est le manque d'implication de l'Etat camerounais dans le développement de l'industrie de la mode locale. 98% d'entre eux pensent que le gouvernement ne fait pas assez.

«Beaucoup de nos dirigeants sur le plan personnel font leur shopping auprès de grandes marques à l'étranger. Pourquoi ne pas le faire ici ?», s'interroge Yves Eya'a, directeur du Centre des créateurs de mode du Cameroun.

La piste d'une création de standards à la camerounaise

Selon les sondés, le développement du secteur de la mode camerounaise pour en faire une véritable économie devrait passer par la formation, la réglementation et l'événementiel ainsi que les réseaux de distribution, entre autres. En outre 99% d'entre eux estiment que le Cameroun devrait créer ses propres standards de mode adaptés à sa culture et ses réalités locales.

«Je pense que la mode, comme toute industrie locale, doit être fortement ancrée dans les us et coutumes. A fortiori, dans les secteurs créatifs et culturels, nos identités, nos histoires, nos savoir-faire d'exception sont les éléments intrinsèques qui vont permettre de créer réellement de la valeur ajoutée et de la différenciation», explique Laura Eboa, présidente de Cluster Mode Africa France.

Elle préconise notamment des mesures protectionnistes afin de lutter contre les importations d'articles de seconde main «qui asphyxient les acteurs locaux», incapables de les concurrencer en terme de prix et de réseaux de distribution notamment.

«Les entrepreneurs de la mode sont des entrepreneurs à part entière»

Selon Gaëlle Onana, directrice de publication de C'Koment et initiatrice de cette étude, l'objectif était de «montrer à quel point la mode est très peu exploitée au Cameroun en tant que business» et combien les créateurs sont encore très peu accompagnés en tant qu'entrepreneurs.

«Nous nous sommes rendu compte qu'au Cameroun, l'on a encore du mal à percevoir de ce que la mode peut apporter à l'économie », déclare-t-elle dans un entretien avec La Tribune Afrique.

«Ici la mode se cantonne aux simples couturiers et tailleurs. C'est vraiment quelque chose d'archaïque. Les marques qui naissent n'ont pas de plans de développement, il n'y a pas d'encadrement favorisant la création d'une vraie chaîne de valeur, pas de politique pour la mise en place d'une vraie chaîne de production...».

Pour Gaëlle Onana et son équipe, ce rapport représente «une prémisse à une vraie sensibilisation autour d'un secteur oublié».  Ils préparent actuellement la présentation de cette étude aux autorités du pays, notamment le ministère des Arts et culture ainsi que celui des PME. Leur rêve, voir les professionnels de la mode au Cameroun, vivre de leur art comme c'est déjà le cas dans plusieurs autres pays africains, notamment à l'ouest, au sud et même au nord du continent.

«Les entrepreneurs de la mode ont besoin d'un accompagnement qui soit propre à leur secteur d'activité. Ils ont besoin de vraies solutions qui permettent un encadrement des métiers et le développement d'une véritable industrie».

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