Post-Brexit : un accord d’association en poche, quelles issues pour le Maroc ?

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(Crédits : DR)
Identifié par la CNUCED comme le principal pays africain perdant en cas d’un Brexit sans accord avec l’UE, le Maroc est le deuxième pays africain à avoir signé, en octobre dernier, un accord d’association post-Brexit avec le Royaume-Uni pour assurer la continuité de la coopération bilatérale. A deux mois de la nouvelle date butoir du Brexit, le 31 janvier 2020, Club marocain d’études en relations internationales (CMECI) a réuni hier, à Rabat, des experts pour débattre des enjeux du divorce Royaume-Uni – UE pour le Maroc, notamment sur le plan économique.

C'est une question de stratégie. Le 26 octobre dernier, le Maroc devenait le deuxième pays d'Afrique, après la Tunisie, à conclure un accord d'association post-Brexit avec le Royaume-Uni. A deux mois de la nouvelle date butoir de la sortie du pays d'Elisabeth II de l'Union européenne, le Club marocain d'études en relations internationales (CMECI) a organisé hier à Rabat, une table ronde visant à apporter un regard à la fois diplomatique, juridique et économique sur un sujet brûlant de l'actualité mondiale, avec la participation de Fathallah Sijilmassi, docteur en économie et ex-ambassadeur du Maroc en France ; Abdelmalek Alaoui, président de l'Institut marocain d'intelligence stratégique (IMIS) et CEO de Guepard Group ; Adib Benbrahim, expert-comptable et directeur associé Horwath Maroc ; Zakaria Abouddahab, vice-doyen de la Faculté de droit de Rabat ; et Hafsa El Bekri enseignante-chercheur à l'Université Euroméditerranéen de Fès.

Le Royaume-Uni est, pour rappel, 7e client et 11e fournisseur du Maroc dans le cadre de l'accord de libre-échange avec l'Union européenne (UE) avec des échanges commerciaux qui se chiffrent à 18,3 milliards de dirhams en 2018, dont près de 8 milliards d'exportations marocaines. Ces dernières sont principalement constituées d'agrumes et de produits de la pêche. Au Maroc, le blé tendre et le fromage britanniques sillonnent le marché, tandis que les investisseurs britanniques misent souvent dans des secteurs comme l'immobilier.

« Opportunité »

Alors que les négociations d'un accord Royaume-Uni - Union européenne (UE) semblent stériles jusqu'à lors, le nouvel accord d'association Maroc-Royaume-Uni peut soulever de nombreuses interrogations, notamment quant aux mesures de sécurité qui pourrait être prises côté marocain, d'autant plus que la CNUCED a identifié le royaume chérifien comme le principal pays africain perdant en cas d'un Brexit sans accord avec l'UE. « Cet accord est l'assurance que les deux parties s'inscriront dans la continuité », a tenu à rappeler Fathallah Sijilmassi, ajoutant que tous les accords associatifs étant évolutifs, le nouvel accord post-Brexit ne ferait exception à des réajustements dans le temps en cas de nécessité.

Les intervenants à cette table ronde se sont accordé sur la possibilité pour le Maroc de tirer avantage du divorce Royaume-Uni - UE. Rappelant que la relation du Maroc avec l'UE était le sujet de thèse de doctorat du roi Mohammed VI à l'Université de Bordeaux en 1992 et soulignant les similitudes partagées par les royaumes marocain et britannique, Abdelmalek Alaoui a estimé que le Maroc dispose des « éléments qui lui permettraient de transformer le Brexit en opportunité ».

La piste africaine

Au moment où le Royaume-Uni cherche à renforcer ses assises en Afrique, les experts pensent que le Maroc -qui est, lui aussi, versé dans une stratégie de déploiement sur le Continent- pourrait saisir l'opportunité de déployer ses cartes en Afrique anglophone où les Britanniques disposent d'assises beaucoup plus encrées.

Globalement, de points de vue diplomatique, juridique et économique, les experts estiment que le Maroc a le potentiel pour maîtriser les menaces auxquelles son économie pourrait s'exposer en cas d'effectivité du Brexit, avec ou sans accord Royaume-Uni - UE. « Qui aurait imaginer il y a 20 ans que le premier produit exporté par le Maroc serait l'automobile ? », s'est interrogé Zakaria Abouddaha, soulignant le travail abattu par le Maroc au cours de ces deux dernières décennies et la nécessité de poursuivre les efforts pour prendre le train d'un post-Brexit avec ou sans accord.

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