Economie : au Cameroun de Biya, Macron veut « diversifier » l’offre française

Passé de 40% à 10% en trente ans, le business français cherche à reconquérir le marché camerounais. Premier stop de la tournée africaine d’Emmanuel Macron, la première économie d’Afrique centrale est désormais la cible d’une diversification de l’offre « Made in France ».
Ristel Tchounand
(Crédits : DR)

Au-delà des classiques de la politique et du sécuritaire, la visite d'Emmanuel Macron au Cameroun les 25 et 26 juillet -première étape de sa première tournée africaine depuis sa réélection- était surtout empreinte de cette volonté de booster la coopération économique bilatérale et plus clairement le business de la France au Cameroun. Lors de la traditionnelle conférence de presse post-réunion à huis clos, le président français l'a signifié. « Nous avons dans certains secteurs défendu des positions, mais je souhaite que nous puissions avancer ensemble sur deux éléments qui me semblent clés pour construire un partenariat gagnant-gagnant comme on dit », a déclaré Emmanuel Macron qui entend par là un partenariat qui profite aussi bien au « Cameroun et sa population » qu'à « la France et ses entreprises ».

Industries créatives et culturelles, sport, numérique ...

« La première chose c'est qu'on œuvre ensemble aux bonnes réformes de gouvernance pour que tous ces contrats soient fait dans la transparence et qu'on ait une lutte efficace contre la corruption partout. [...] La deuxième chose c'est qu'on puisse diversifier notre offre qu'on soit plus présent sur l'agriculture, les industries culturelles et créatives, le sport, le numérique, l'entrepreneuriat et je pense qu'il y a un énorme défi au Cameroun, mais comme partout en Afrique qui est de réussir à sortir une grande partie de l'économie -et en particulier celle tenue par les femmes- de l'informel et lui permettre d'entrer dans le formel et pour cela, il faut avoir des partenariats avec des PME, savoir structurer des financements et des petits tickets et réussir à faire ce développement. Voilà quelques sujets sur lesquels je souhaite qu'on puisse réinvestir la relation et lui donner un nouveau tour, pas seulement quantitatif, mais aussi qualitatif et de confiance », a longuement expliqué le président français pour qui « le Cameroun est un partenaire stratégique ».

Première économie d'Afrique centrale, le Cameroun est aussi la plus diversifiée de la sous-région, ce qui lui confère une relative résilience face aux chocs, contrairement aux autres économies voisines. Avec des terres fertiles pour l'agriculture et un sous-sol riche en matières premières, le Cameroun est un important exportateur de banane, de cacao, de café, mais aussi de pétrole et divers produits miniers. Le secteur privé est animé par de nombreux groupes internationaux, mais aussi d'importantes entreprises portées des hommes et femmes d'affaires camerounais tels que le milliardaire Baba Danpullo, le regretté Fotso Victor dont la descendance perpétue les investissements, la reine du cacao Kate Fotso ou encore l'industriel Francis Nana Djomou ou l'actuel patron des patrons Célestin Tawamba.

Alors qu'au lendemain des indépendances la France pesait encore 40% dans l'économie camerounaise, ce taux a dégringolé à environ 10% ces dernières années, emmené par environ 200 entreprises. En cause bien évidemment : l'arrivée et la montée en puissance d'autres partenaires bilatéraux au Cameroun, tels que la Chine qui a pris un poids conséquent, mais aussi l'Allemagne, l'Inde, le Brésil, ou la Russie, comme l'a souligné le président Paul Biya. Une « concurrence accrue » que Macron estime être « très bien » mais qui devrait être encadrée justement par les deux éléments qu'il souhaite renforcer pour la construction d'un partenariat gagnant-gagnant.

Avec la France, Biya estime nécessaire de « poursuivre nos efforts conjoints dans les domaines de l'agriculture, de l'industrie et des infrastructures, ainsi que de la formation et du développement local, avec en point de mire l'émergence du Cameroun ».

La jeunesse franco-camerounaise, l'autre atout de Paris

Le séjour d'Emmanuel Macron et sa délégation a également été marqué par la rencontre au « Village Noah » du président français avec les jeunes leaders franco-camerounais dans le cadre du suivi du nouveau sommet Afrique -France de Montpellier. Ainsi sous le regard de l'historien Achille Mbembe, des jeunes leaders tels que l'avocat d'affaires Jacques Jonathan Nyemb, président du comité de suivi du nouveau sommet Afrique-France, Michèle Abe, présidente de la Fondation Conseil jeune du Cameroun ou Ileana Santos de Je m'engage pour l'Afrique, mais aussi des artistes et divers acteurs de la société civile ont échangé avec le locataire de l'Elysée sur les nouvelles perspectives dans les relations (économique y compris) entre le Cameroun et l'Hexagone.

A quand la montée des entreprises camerounaises en France ?

Alors qu'il est résolument question de nouvelles perspectives dans la coopération économique bilatérale, à quand le débat autour des opportunités en France des entreprises camerounaises ? 50 ans après les indépendances les acteurs économiques camerounais sont-ils toujours aussi loin de pouvoir rompre avec les exportations brutes et de concrétiser dans l'hexagone des investissements à valeur ajoutée ?

Ristel Tchounand
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