Togo  : faible mobilisation aux législatives, la polémique enfle

 |   |  920  mots
(Crédits : DR)
Les législatives du 20 décembre au Togo ont connu un taux de participation de 59,96%. C'est ce qu'a révélé la Commission électorale indépendante ce vendredi 21 décembre à la presse. Après le scrutin très controversé, le gouvernement qui s'est félicité d'un déroulement paisible a annoncé vouloir passer à autre chose. Pendant ce temps, la coalition de l'opposition dont la résistance à conduit à la crise politique depuis plus de 16 mois, et qui s'est opposée à la tenue du scrutin, a parlé d'un « scrutin de la honte », dénonçant une complicité de la CEDEAO et des chiffres gonflés sur la participation.

Les autorités togolaises ont commencé à communiquer les chiffres des élections législatives de ce 20 décembre 2018. Les premières données publiées concernent le taux de participation. Selon la Commission électorale nationale indépendante (CENI), le scrutin n'a pas connu une grande affluence et le taux de participation « provisoire et partiel » est de 59,96%, soit donc un taux d'abstention de 40,04%. Ces chiffres s'expliquent d'une part, par une très faible mobilisation dans la capitale togolaise, Lomé ainsi qu'à Sokodé dans la région centrale, des bastions de l'opposition, et d'autre part par une forte mobilisation dans les villes de l'intérieur qui sont réputées être plus proches du parti au pouvoir, l'Union pour la République (UNIR).

Défiance dans les bastions de l'opposition, affluence à l'intérieur du pays

A Lomé (Grand-Lomé, préfecture du golfe) tout comme à Sokodé, c'était le silence total. Les populations étaient chez elles et très peu d'affluence a été notée. Une situation qu'on peut expliquer par la non-participation au scrutin, de la coalition des 14 partis l'opposition (C14) qui a d'ailleurs appelé de toutes ses forces à un boycott du processus.

Les centres de vote étaient déserts et les agents pouvaient ouvertement s'ennuyer. Dans le Golfe donc, le taux de participation s'est établi à 21,07%. A Sokodé, c'était pire. Dans cette ville longtemps sous surveillance des forces de défense, les populations ne sont « carrément » pas sorties, nous a confié une source à la préfecture de Tchaoudjo qui parle d'une ville très opposée au scrutin.

Par contre dans les autres villes de l'intérieur, le scrutin semble avoir suscité beaucoup d'intérêt. Dans la Kozah où le chef de l'Etat Faure Gnassingbé lui-même a voté, on enregistre un taux de participation de 85%. A Sotouboua-Mô, 94,59%, à dans le Kpendal Ouest, 84,91%, dans l'Oti sud, 84,27%, à Doufelgou 88,34% et dans la Kéran, 84,89%, pour les localités du nord du pays. Plus vers le Sud du Togo, Blitta a enregistré un taux de 93,75%, le Moyen-Mono, 86,48%, l'Est-Mono, 74,72%, le Zio, 52,07%, dans le Vo, 49% et Agoè-Nyivé (1 à 6), 52,70%.

Rappelons que les chiffres publiés par la CENI sont fortement contesté par l'opposition qui dénonce un gonflement de chiffre.

« Ce qui en découle, c'est une annulation pure et simple du scrutin qui n'a aucun sens. 5% de la population qui sont allés s'exprimer au cours d'une consultation électorale, cela ne suffit pas pour légitimer un pouvoir en place », a tonné Jean-Pierre Fabre, chef de file de l'opposition et président de l'Alliance nationale pour le changement, membre de la C14.

Elle s'était déjà inscrite en faux contre le nom de personnes qui s'étaient enregistrées et qui s'élevait à plus de 3 millions de Togolais selon la CENI.

Satisfait, le gouvernement veut passer à autre chose

En attendant la proclamation des résultats du scrutin, pour lesquels, la CENI dispose encore de quelques quatre jours, le gouvernement a déjà déclaré sa satisfaction, annonçant vouloir tourner cette page.

« C'est un sentiment de satisfaction ... parce que ce scrutin posait d'immenses et multiples défis», a déclaré le ministre Gilbert Bawara, porte-parole du gouvernement. « Le premier défi était d'ordre sécuritaire au regard de la psychose que la C14 a cherché à instaurer. Il fallait donc assurer efficacement la sécurité et le bon déroulement du scrutin dans la paix, le calme et la sérénité et veiller à ce que tous les togolais (ceux qui participaient au vote, ainsi que ceux qui ne participaient pas) et les observateurs électoraux ne soient inquiétés et exposés de quelque manière que ce soit. Le deuxième défi était d'ordre politique et institutionnel, car ces élections permettent le renouvellement de l'Assemblée nationale, le mandat des députés actuels étant échu depuis six mois », a ajouté le responsable gouvernemental togolais.

S'exprimant aux micros de médias locaux, le ministre a évoqué la suite des événements. « Maintenant, il va falloir fermer la page des débats politiques et des élections législatives. Cela ne signifie pas qu'il ne faut pas continuer avec des efforts d'ouverture et d'apaisement du climat socio-politique, mais il va falloir se concentrer davantage sur les véritables préoccupations et aspirations des togolais, pour de meilleures conditions », a annoncé Bawara.

« Complaisance » de la CEDEAO ?

Du côté de la C14, même si on n'a pas participé au scrutin, on reste très attentif. Les responsable parlent d'un « scrutin de la honte » et se sont réjouis de la réaction du peuple qui « n'est massivement pas sorti pour voter ». Brigitte Adjamagbo-Johnson, la coordination de la Coalition parle même d'un « coup pour rien » du pouvoir.

« Ces élections législatives constituent un coup pour rien. Les togolais ont montré qu'ils sont souverain. Les Togolais ont préféré la guerre froide. Ils ont choisi de résister en restant chez eux. Le régime doit comprendre que le vote de ce jour est une erreur », a-t-elle déclaré ajoutant que « c'est une erreur et il n'est jamais trop tard de bien faire. Le régime viendra à de meilleurs sentiments ».

Pour sa part, le chef de l'opposition a dénoncé une attitude de complaisance de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) vis-à-vis du régime. « Nous avons été déçus, très déçus du silence incompréhensible de la CEDEAO qui confine à la même complaisance ou même à la complicité. Ce silence est étrange », s'est plaint J-P. Fabre.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :