Emerging Valley  :  Aix-Marseille, un territoire tiers de confiance vers l'Afrique pour le monde arabe

 |   |  918  mots
(Crédits : EV)
Emerging Valley, désormais labellisé « Africa 2020 », s'est intéressé aux relations entre l'Afrique et le monde arabe, dans la droite ligne du Sommet des deux Rives initié par le président Emmanuel Macron pour soutenir la dynamique Euro-Med-Afrique. La Tech parviendra-t-elle à relancer un projet euro-méditerranéen qui peine à se structurer ?

« On a été plus fort que la grève, car toutes nos délégations sont venues des quatre coins de l'Afrique et du monde arabe », constate Samir Abdelkrim, fondateur d'Emerging Valley, au lendemain de l'événement. La grève des transports qui a paralysé une bonne partie de l'Hexagone depuis le 5 décembre n'a donc pas découragé les participants du Sommet qui a réuni plus de 1 350 participants venus de 43 pays, dans la région Aix-Marseille entre le 3 et le 5 décembre derniers.

« Emerging Valley constitue un événement incontournable pour découvrir les nouveaux champs d'innovation du Sud, rencontrer les champions de la Tech africaine et construire ensemble des stratégies partenariales entre nos deux continents », a déclaré Mariya Gabriel, Commissaire européen à l'Innovation, la recherche, la culture, l'éducation et la jeunesse, dès l'ouverture des rencontres.

Quelque 46 sessions dédiées au digital made in Africa, une vingtaine de keynotes et de workshops, des speed-datings et des présentations de startups, mais aussi des remises de prix, ont ponctué cet événement créé en 2017 pour soutenir l'écosystème digital africain. Un certain nombre de MoU ont été signés par ailleurs pour soutenir le « soft landing » permettant de faciliter les échanges internationaux en matière de co-incubation.

« La Science a été l'un des grands sujets de cette édition et nous avons annoncé le lancement d'un hackathon dès l'année prochaine sur le continent », ajoute Samir Abdelkrim. Parallèlement, plusieurs ministres du Numérique, de l'Industrie, de la Recherche et de l'Innovation ont partagé leurs expertises en matière d'environnement, d'agritech, de villes durables ou encore de financement qui reste le nerf de la guerre sur un continent africain qui concentre 13 fois moins d'investissements Tech que la Chine.

L'AFD lance un fonds de 15 millions d'euros pour les startups africaines

« Ce nouveau fonds a pour vocation de stimuler la création de startups 100% africaines, ayant toutes un impact positif sur la société. Par cet accompagnement, l'Agence française de développement souhaite accélérer l'innovation non seulement économique, mais aussi sociale et sociétale », a déclaré Bertrand Walckenaer, directeur général délégué de l'Agence française de développement (AFD), au deuxième jour de l'événement.

Le fonds d'amorçage accompagnera les entrepreneurs de 45 pays d'Afrique à travers des soutiens financiers qui s'élèveront jusqu'à 300 000 euros. Cette initiative vient compléter le programme Digital Africa (la plateforme de l'AFD lancée lors de l'édition Emerging Valley 2018) intégré à l'initiative Choose Africa, supportée par l'AFD qui s'est engagée à investir quelque 2,5 milliards d'euros dans les startups africains à l'horizon 2022.

Aujourd'hui, seulement 20 % des PME africaines peuvent prétendre à un prêt bancaire et 87 % des startups n'ont accès à aucun financement. « Au total, l'Afrique capte 1,2 milliard d'euros d'investissements par an, dont l'essentiel est destiné au Nigeria, à l'Afrique du Sud et au Kenya. L'Afrique francophone représente globalement 53 millions d'euros, ce qui équivaut plus ou moins à 2 millions par pays. En un an, l'Afrique reçoit autant que la Silicon Valley en une seule semaine », précise Samir Abdelkrim.

Emerging Valley labellisé « Africa 2020 »

Les rencontres Tech d'Aix-Marseille ont reçu la labellisation « Africa 2020 » par N'Goné Fall, Commissaire générale de cette initiative annoncée en novembre 2017 à Ouagadougou par le président Macron, pour redynamiser une diplomatie culturelle française en perte de vitesse sur le continent.

La Saison Africa 2020 qui se déroulera du 1er juin à la mi-décembre 2020 rassemblera les initiatives des 54 pays du continent autour des Arts et de l'innovation, mais également des sciences, de la Tech et de l'entrepreneuriat.

Suite au Sommet des deux Rives -qui s'est tenu en juin 2019 pour relancer la relation Euro-Med-Afrique- Emerging Valley s'est imposé comme un partenaire de choix en qualité de hub de l'innovation entre l'Europe et l'Afrique et l'événement sera décliné en Emerging Mediterranean au printemps prochain. « Marseille, ville foisonnante et multiethnique, constitue indubitablement une passerelle culturelle privilégiée entre l'Europe et l'Afrique », a souligné N'Goné Fall.

Toutefois, après les années en sommeil du projet euro-méditerranéen, la Tech parviendra-t-elle à relancer la dynamique ?

Vers un renforcement d'une nouvelle relation numérique afro-arabe ?

Pour la première fois, Emerging Valley a réuni les acteurs du digital, venus d'Afrique et du monde arabe. Une quarantaine d'entrepreneurs avaient fait le déplacement jusqu'en région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) depuis la Palestine, le Liban, la Jordanie, l'Egypte, etc. pour évaluer les opportunités africaines. « Les startups du monde arabe sont conscientes que les problèmes qu'elles rencontrent sont les mêmes qu'en Afrique, notamment en matière de mobilité, de pollution, de gestion de l'eau, d'agriculture ou de nanotechnologies par exemple », déclare Samir Abdelkrim. « La plupart des acteurs venus du monde arabe connaissent très mal l'Afrique, mais ils ont identifié Marseille comme un pont stratégique pour se déployer sur le continent. Aix-Marseille est considéré comme un territoire tiers de confiance vers l'Afrique pour le monde arabe », poursuit-il.

Si le triptyque Europe-Afrique-Méditerranée est encore en devenir, force est de constater que les relations économiques arabo-africaines connaissent une croissance exponentielle au point où Dubaï s'est imposée en quelques années, comme la plateforme logistique mondiale du commerce vers l'Afrique. A ce jour, 17 000 entreprises et 500 000 résidents africains sont présents dans l'émirat qui a enregistré une croissance impressionnante de 700 % de ses échanges non pétroliers avec l'Afrique sur les dix dernières années.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :