Croissance africaine : pourquoi les vieilles recettes ne fonctionnent plus

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(Crédits : LTA)
Enfermez dix économistes dans une pièce et demandez-leur de vous dessiner une « fenêtre sur le futur » de la croissance africaine, et il y a de fortes chances pour que vous obteniez dix scénarios différents. La raison à cela est double. D’une part, une montée inexorable de l’incertitude quant aux nouveaux déterminants de la croissance. D’autre part, l’accélération foudroyante de la technologie combinée au raccourcissement des cycles agit désormais comme un voile aveuglant pour tout exercice sérieux de prospective.

C'est pourquoi il est utile, en ce début d'année, de s'interroger sur les politiques poursuivies par les Etats Africains afin de retrouver les chemins de la croissance. Cette dernière, en moyenne, a connu sur le continent un ralentissement important, passant de près de 5% en 2014 à un peu plus de 2% en 2016. Bien entendu, la chute brutale du prix des matières premières combinée à la faible pluviométrie a joué un rôle mécanique et la baisse globale de la demande mondiale a aggravé cette tendance.  Mais au delà de cela, l'on constate surtout que les recettes « classiques » utilisées jusqu'alors ne fonctionnent plus.

Consommation VS Investissement

D'un côté, les pays dépendants des industries extractives ont poursuivi une doxa macroéconomique contre-productive qui favorise la consommation au détriment de l'investissement, comme cela a été souligné par le rapport sur l'Etat économique de l'Afrique récemment publié par Standard Bank . Ce dernier met en lumière -à juste titre- le fait que des pays comme l'Angola ou le Nigéria, moteurs régionaux, ont réduit considérablement le rythme de leurs investissements dans les infrastructures, tout en soumettant leur balance des paiements à un véritable choc.

A contrario, toujours selon ce rapport, les pays qui ont beaucoup misé sur l'investissement semblent s'en sortir légèrement mieux tout en dégradant également de manière significative leurs comptes publics, à l'instar du Rwanda ou de Maurice. Ils restent toutefois très exposés au niveau de leur dette extérieure, dans un contexte où les bailleurs de fonds sont de plus en plus hésitants à ouvrir leur portefeuille.

De manière transversale, il apparaît à l'observateur que les deux corps de doctrine poursuivis se focalisent sur des solutions de court terme afin de réduire la pression sociale. Aucun des deux chemins n'adresse les deux questions fondamentales qui s'imposent désormais à tous : la révolution de l'outil productif et le changement paradigmatique de l'emploi.

Une triple rupture : technologie, climat, et gouvernance

En effet, jamais dans l'histoire de l'humanité, une révolution industrielle telle que celle que vit le monde en ce moment n'avait détruit autant d'emplois, à la fois chez les cols bleus et les cols blancs. Pourtant, presque personne en Afrique ne semble s'en inquiéter, préférant concentrer les efforts sur des instruments anciens inadaptés aux défis du futur, risquant ainsi de ne pas répondre au défi de l'intégration de la jeunesse dans le monde de l'emploi.

Or, l'Afrique devrait prendre de plein fouet trois ruptures fondamentales à laquelle elle n'est pas totalement préparée.

La première est bien entendu technologique avec l'avènement de la quatrième révolution industrielle et ses avatars que sont l'Intelligence Artificielle, les Robots, l'Ubérisation et la Disruption.

La seconde est la montée en puissance irrépressible de la transition climatique, qui oblige l'Afrique dans son ensemble à réfléchir à un nouveau positionnement dans la chaîne de valeur mondiale afin de privilégier le « bien produire » au détriment de la production au plus faible coût possible, tout en investissant dans l'innovation.

La troisième est la substitution de l'agilité à la planification, ce qui implique une révolution culturelle des pouvoirs publics africains afin que ces derniers se mettent dans une posture d'anticiper les changements brutaux dans leurs environnements, et de s'y adapter très rapidement.

Face à cette triple rupture, la question de l'allocation des ressources et de la mobilisation des épargnes intérieures en faveur de secteurs productifs « porteurs d'avenir » est plus que jamais au cœur de tous les enjeux stratégiques. Reste aux Etats et gouvernements -même les mieux préparés et les plus visionnaires- à imaginer la manière de traverser une période de transition qui s'annonce particulièrement délicate.

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