Accord stratégique : le Ghana et la Côte d’Ivoire scellent un mariage de raison

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Le président ivoirien Alassane Ouattara et son homologue ghanéen, le président Nana Akufo-Addo, le mardi 17 octobre à Accra.
Le président ivoirien Alassane Ouattara et son homologue ghanéen, le président Nana Akufo-Addo, le mardi 17 octobre à Accra. (Crédits : Reuters)
Alassane Ouattara n’est pas reparti bredouille de sa visite de 48 heures au Ghana. Avant de quitter Accra, le président ivoirien range dans sa mallette présidentielle, l’Accord de partenariat stratégique signé avec son homologue ghanéen, Nana Akufo-Addo, qui efface le tumultueux épisode de différend maritime. Désormais unies dans la coopération, Yamoussoukro et Accra ont scellé un mariage de raison

La raison plutôt que le cœur. Cela pourrait être le nouveau leitmotiv entre Yamoussoukro et Accra. Les deux pays ouest-africains ont décidé d'approfondir leur intégration plutôt que de regarder le tumulte de leur relations parfois conflictuelles.

«Accord stratégique» pour chasser les derniers nuages de relations tumultueuses

Orageuses ces dernières décennies, les relations ivoiro-ghanéennes ont été définitivement éclaircies par cet Accord de partenariat stratégique, signé ce mardi 17 octobre entre Nana Akufo-Addo et Alassane Ouattara au terme d'une visite de deux jours dans la capitale ghanéenne.

Ce nouveau mariage de raison s'est scellé en soldant d'abord le passif de relations conflictuelles entre les deux géants ouest-africains, alimentées par ce différend territorial sur la délimitation de leur frontière maritime. Le différend tranché par le Tribunal international du droit de la mer, basé à Hambourg en Allemagne, en faveur du Ghana sur cette zone pétrolifère, fera l'objet d'une commission mixte ivoiro-ghanéenne chargée d'appliquer la décision sans froisser les orgueils des deux côtés de la rive.

A Abidjan comme à Accra, les mauvaises langues énoncent officieusement qu'après ce revers judiciaire difficile, le président ivoirien est venu négocier en sous-main la part ivoirienne lorsque les vannes de Tullow Oil cracheront l'or noir du plus grand gisement de pétrole offshore d'Afrique de l'Ouest. Il se murmure même que l'économiste-président pousserait pour un raccordement à cheval sur la frontière ivoiro-ghanéenne des installations pétrolières du géant britannique.

Et pourtant, l'accord stratégique dépasse de loin le cadre de relations de bon voisinage et pousse même dans le sens d'une coopération économique plus élargie. Accra et Yamoussoukro devraient adopter des stratégies communes sur les filières du cacao et sur l'anacarde dont ils sont deux des plus importants producteurs en Afrique.

Mariage de raison, lune de miel économique

Sur le cacao, les deux pays qui souhaitent mettre en place une «OPEP du cacao», veulent garder un œil sur les fluctuations des prix pour éviter la crise qui avait plombé une partie de leurs recettes et déclenché l'ire des cacaoculteurs. Le Ghana comme la Côte d'Ivoire sont à la recherche de financements pour produire du chocolat «made in Africa».

Sur la filière de l'anacarde dont plus de la moitié de la production mondiale provient du Continent, les deux ouest-africains veulent freiner les spéculations sur les prix pour mieux profiter des dividendes à la vente.

Avec l'accord stratégique, l'infrastructure autoroutière prend un sérieux coup de fouet dans l'intégration. Accra et Yamoussoukro ont exhumé le projet régional de l'autoroute -plus de 5 000 km- devant relier Dakar, la capitale sénégalaise, à Lagos, la capitale nigériane. La première partie de cette autoroute régionale (1 028 km) doit relier Abidjan-Lagos. Pour l'heure, le tronçon reliant Abidjan à Lagos en passant par Accra est prêt du côté ivoirien. L'idée est d'accélérer les travaux pour prolonger le bitume jusqu'au Nigéria.

La Côte d'Ivoire et le Ghana souhaitent également une concertation sur des problématiques communes comme la lutte contre la piraterie maritime dans le Golfe de Guinée, l'interconnexion électrique, la coopération industrielle et même la lutte contre la pollution. «Il s'agit d'un même pays, le Ghana et la Côte d'Ivoire et nous devons tout faire pour renforcer cette intégration naturelle par la géographie, par l'histoire, par la culture», allonge Alassane Ouattara. Le début d'une lune de miel pour une meilleure intégration en Afrique de l'Ouest.

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