RDC : ouverture d’une enquête sur la vidéo du massacre au Kasaï

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Détachement des FARDC en patrouille /Kenny Katombe
Détachement des FARDC en patrouille /Kenny Katombe (Crédits : Reuters)
Après l'émotion -et même la révolte- suscitées par la vidéo d'un massacre supposé d'une centaine de personnes par l'armée congolaise, le gouvernement calme le jeu. Il annonce l'ouverture d'une enquête qui vise l'armée pour tenter de situer les responsabilités. Un couteau à double tranchant qui peine à convaincre. Détails.

La vidéo était devenue virale et avait suscité l'émoi dans le pays. La gravité des faits reprochés a finalement obligé les autorités congolaises à diligenter une enquête. Le gouvernement congolais a affirmé, ce mercredi 22 février 2017, avoir ouvert une enquête dans les rangs de l'armée pour tenter de déterminer l'implication supposée d'éléments des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans le massacre d'individus au Kasaï.

"Le gouvernement est intéressé par toute information supplémentaire sur les faits portés à la connaissance du public dans les réseaux sociaux. Les dénonciations y relatives peuvent être adressées aux services des auditeurs près des Cours militaires supérieures de Mbuji-Mayi et de Kananga", a indiqué Lambert Mende dans un communiqué daté du mercredi 22 février 2017

Les chefs d'accusation prennent leur source dans une vidéo diffusée, le 18 février dernier sur les réseaux sociaux et difficile à dater et à contextualiser. L'élément visuel qui dure moins de 8 minutes montre une voix hors champ qui donne l'ordre à des soldats en uniformes de l'armée congolaise de tirer à bout portant sur des civils désarmés qui venaient d'entonner des chansons en tshiluba, langue du Kasaï.

Le groupe de soldats ouvre alors une rafale de tirs face à une centaine de personnes sans armes. La vidéo est d'autant plus macabre que les personnes non encore mortes à la suite des tirs sont achevées sur place sous un déluge d'insultes en lingala, la langue la plus parlée en RDC.

Le village de Mwanza-Lomba cité dans la vidéo par la voix commentant l'« opération » est situé au Kasaï central, une région en proie à la rébellion de la milice de Kamwina Nsapu, chef coutumier tué en août 2016 lors d'une opération de l'armée congolaise dans la région. Depuis cet événement, ses partisans ont redoublé la virulence de leur rébellion contre le pouvoir de Joseph Kabila avec de fréquentes embuscades contre des éléments de l'armée congolaise.

Bavure militaire ou « montage grossier »

Aux premières heures de la diffusion de la sanglante vidéo qui est devenue virale au Congo et dans la diaspora en quelques heures, le gouvernement congolais par la voix de Lambert Mende avait réagi en qualifiant la vidéo « digne d'un montage de film de Rambo ». « Ce sont des montages ridicules. Quelle est cette armée qui accepte de filmer comment elle tue ? », s'interroge même le porte-parole du gouvernement interrogé par l'Agence France Presse (AFP).

En guise de réaction, la communauté internationale, Washington en tête qui dénonce « d'odieux abus », maintient la pression sur le gouvernement congolais. Acculée par cette pression et par la viralité de la vidéo sur les réseaux sociaux et accablée par Mission de l'ONU en RDC qui attirait l'attention sur un usage excessif de la force, Kinshasa a dû revoir sa position.

L'annonce de l'ouverture de cette enquête entre en droite ligne de cette succession d'événements. Celle-ci devra déterminer l'authenticité de la vidéo qu'elle devra situer dans le temps et dans l'espace. Plus encore, l'enquête devra également déterminer si les faits reprochés dans la vidéo relèvent d'une bavure de l'armée congolaise ou d'un « montage grossier » comme le prétend le gouvernement. Dans l'un ou l'autre des cas, les responsabilités doivent être situées et les auteurs punis avec toute la rigueur de la loi.

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