Les Solutions « off grid »  : quelles perspectives en Afrique ?

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(Crédits : CR)
L'électrification de l'Afrique est un chantier colossal qui demandera des investissements et du temps. En attendant, ce sont plus de 620 millions de personnes qui sont privées d'électricité. Les solutions Off-Grid (hors réseau), en particulier les «Solar Home System», se présentent de plus en plus comme des options d'électrification crédibles. L'offre est technologique, connectée, innovante et accessible. Portons un regard sur ce marché.

L'accès à l'électricité constitue un immense défi en Afrique, principalement en zones rurales. Plus de 620 millions de personnes n'en ont pas, et parmi elles un grand nombre ne pourra pas être raccordé à un réseau électrique à moyen terme. C'est dans ce contexte que des solutions dites «off grid» se développent, en particulier les «solar home systems» (SHS). Il s'agit de solutions d'électrification légère qui donnent la possibilité à un foyer de s'éclairer et alimenter quelques prises USB à l'aide d'un équipement photovoltaïque. Les «SHS» ont le vent en poupe et font l'objet d'une attention accrue de la part des médias spécialisés, des industriels et des institutions internationales. Pourquoi ? Et quelles perspectives amènent ces équipements ?

Les «SHS» ou « kits solaires » ne sont pas nouveaux et sont utilisés pour l'électrification rurale dans de nombreux pays depuis les années 2000 - avec un succès mitigé dans certaines zones, en raison de problèmes techniques (usure accentuée par les conditions climatiques) et/ou économiques (coût de l'investissement, de la maintenance, faible taux de recouvrement). Cependant, depuis 2008, la baisse du prix des technologies photovoltaïques a favorisé l'émergence de nouveaux produits. On voit apparaître des SHS de plus en plus technologiques, fiables, connectés, ergonomiques et accompagnés de modèles économiques innovants (pay-as-you-go, crowfunding, etc.). De nombreuses startups - certaines africaines - inventent de nouveaux modèles. Bien que légère, cette électrification apporte énormément aux populations qui en bénéficient : de la lumière pour lire, faire les devoirs, travailler après le coucher du soleil,  ou encore charger un téléphone pour accéder à internet et lire l'actualité, se connecter aux réseaux sociaux. Elle peut également servir les collectivités pour éclairer les rues et les places du village. Cela peut paraître banal, mais il faut aller sur le terrain, dans un village, pour se rendre compte à quel point l'obscurité tombe vite, à 17h, loin de la ville. L'activité s'arrête presque complètement en l'absence d'éclairage urbain.

Grâce à leurs innovations technologiques et économiques, les SHS offrent à ces populations une solution concrète à un de leurs problèmes majeurs. Pour autant, il convient de rester attentif. D'une part, ces nouveaux modèles ne sont pas encore éprouvés et il reste encore de nombreux obstacles à franchir pour les faire parvenir à maturité : environnement des affaires, prix de l'électricité, financement, qualité ... Tout reste à démontrer sur le long terme. Certains villages sont de véritables « cimetières » de panneaux solaires, vestiges de précédents programmes d'électrification rurale financés par les états ou les bailleurs de fonds. Cette réalité doit nous encourager à la prudence et à la persévérance pour renforcer et améliorer la robustesse des modèles. D'autre part, les SHS délivrent une puissance limitée et ne répondent pas aux besoins d'activités génératrices de revenus, qui nécessitent une fourniture d'électricité plus puissante et stable (capable d'alimenter un moteur ou un réfrigérateur par exemple).

Le réseau national ou les réseaux locaux («mini grid») demeurent encore les solutions privilégiées pour le développement d'activités économiques. Partant de là, il est important de rassembler les différentes initiatives d'électrification sur un territoire (réseau national, mini-grids, SHS, etc) sous une même vision stratégique et une gouvernance adaptée. Un impératif qui n'est pas toujours facilité par le relatif éclatement institutionnel qu'il peut exister dans certains pays (plusieurs agences et opérateurs, publics et privés, agissant dans le secteur et à différents niveaux territoriaux).

Malgré des offres réellement innovantes et enthousiasmantes, nous n'avons pas aujourd'hui suffisamment de recul pour prédire un avenir aux SHS. Quoi qu'il en soit, leur développement s'inscrit dans un mouvement encore plus large d'innovation en Afrique, où plusieurs technologies, tendances et secteurs convergent (internet mobile, fintech, big data, financement participatif,... ), et méritent certainement l'attention qu'on leur porte.

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