Shell et Eni au cœur d’une nouvelle affaire de corruption au Nigeria

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(Crédits : Reuters)
Le Nigeria ne semble plus porter bonheur à l’Anglais Shell et à l’Italien Eni. Des opérateurs qui collectionnent les procédures judiciaires et les polémiques liées à leurs activités dans le pays. Des ONG viennent de publier un rapport comportant des emails ayant fuité, qui prouveraient le versement de commissions pour l’acquisition d’exploitations offshore, lors de la présidence de Goodluck Jonathan.

Les compagnies pétrolières Shell et Eni collectionnent les polémiques au Nigeria. En effet, après les affaires de sous-déclaration des exportations de brut nigérian en direction des Etats-Unis et le recours collectif d'habitants de la zone du Delta accusant l'opérateur britannique d'avoir ravagé leur écosystème, le duo Shell/Eni vient d'être épinglé par un rapport des ONG, Global Witness et Finance Uncovered, qui accusent les compagnies d'avoir décroché un contrat pétrolier dans des conditions douteuses.

Une trame qui remonte au régime Abachi

Une accusation que les deux associations étayent par la fuite d'échanges de mails entre les dirigeants de compagnies pétrolières, comme en témoigne le nom du rapport « Shell savait ». Cette affaire remonte à 2011, juste après l'accession au pouvoir de Goodluck Jonathan (prédécesseur de l'actuel président Muhammadu Buhari). Une fois installé, Goodluck Jonathan aurait repris en main les négociations qui portaient sur la cession d'une zone d'exploitation off-shore, OPL 245, affichant des réserves de plus de 9 milliards de barils, équivalent à près de 500 milliards d'euros.

Une exploitation qui avait déjà fait l'objet de malversations lors du régime de Sani Abachi, où Dan Etete, ministre du Pétrole de l'époque s'était auto-attribué la concession par un tour de passe-passe juridique, en la vendant à la société Malabu Oil & Gas, dont Etete était l'unique actionnaire. Après la chute de régime Abachi, Shell et Eni étaient dans les starting blocks pour récupérer le fameux bloc OPL 245.

Des éléments que pourrait récupérer le parquet de Milan

Selon le rapport, la paire Shell/Eni aurait déboursée 1,1 milliards de dollars « dans un contrat douteux pour l'acquisition d'un bloc particulièrement lucratif ». Une transaction qui a également attiré l'attention de la justice italienne. Des accusations que le management du groupe italien a toujours rejeté en bloc. Il n'empêche que la justice italienne maintient ses accusations et soupçonne les deux opérateurs d'avoir permis à l'ex-ministre de recevoir une commission de 800 millions de dollars pour abandonner ses droits sur la concession.

Face à ces nouvelles révélations, les deux entreprises devront certainement revoir leur stratégie de défense, notamment après la divulgation d'emails entre des dirigeants de Shell, desquels l'on peut citer en exemple cet extrait : « Le président veut régler l'affaire 245 rapidement, compte tenu des conséquences pour Malabu et des contributions politiques qui s'en suivront ».

L'EFCC pourrait également rentrer en jeu

Des éléments qui devront être pris en compte par le parquet de Milan où l'affaire est portée. Ces fuites pourront également être exploitées par la Commission nigériane pour les crimes économiques et financiers (EFCC) qui mène aussi une enquête sur le sujet. Cette structure a déjà mis en accusation en mars dernier, 11 politiciens et hommes d'affaires nigérians dont, Dan Etete.

La production de pétrole représente les trois quarts des recettes budgétaires du Nigeria. Un secteur qui reste gangrené par la corruption et les malversations. Une situation dont a profité l'actuel président Buhari pour se porter au pouvoir en promettant de mener un combat sans répit contre la corruption. Il n'empêche que l'EFCC n'a pu faciliter la condamnation d'aucune personne soupçonnée de corruption en l'espace de 2 ans.

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